Les publications de Vincent

 

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Nouba à la maison d'os

jeudi 16 mai 2013, par Vincent

Il n’y avait pas qu’un mais deux spectacles différents, et complémentaires, cette semaine au Théâtre de Cavaillon. Pourtant, l’un et l’autre portaient le même titre : La maison d’os...

Le premier se passait sur scène, en présence des spectateurs et en compagnie de Pierre Richard, tandis que le second se déroulait en coulisses entre deux apparitions sur le plateau d’un important et ultra motivé groupe d’amateurs (comédiens et musiciens, 32 personnes en tout !) habitant Cavaillon et les environs (Cheval Blanc, Oppède, Lacoste, Roussillon, Le Thor, L’Isle-sur-Sorgue, Avignon...).

Comme, jusqu’à présent, nous ne vendons pas de places pour les coulisses (même aux adhérents pécou, c’est dire) voici en exclusivité mondiale les images volées de quelques-unes des saynètes improvisées à l’abri des regards par nos joyeux complices.

Encore merci à Sonia, Nicole, Chantal, Stéphane, Joël, Danielle, Maria-Josée, Cyril, Virginie, Georges, Sandrine, Yamina, Geneviève, Raphaëlle, Céline, Monique, Christophe, Laurent, Gérard, Magali et à tout le groupe musical "Le fraisier" de Velleron !


La prison, à la lettre

lundi 25 mars 2013, par Vincent

L’étonnante "résidence d’écriture" engagée par François Cervantes au Centre Pénitentiaire d’Avignon-Le Pontet se poursuit et s’étoffe (voir l’article précédent La prison, un bout du monde).

Des spectacles de la compagnie L’Entreprise sont présentés à l’intérieur (il y a peu c’était la délicatesse de La table du fond), des paroles et des regards s’échangent, des lettres "passe-murailles" franchissent les murs. Les unes adressées à l’auteur, les autres écrites en retour par François ; et ainsi de suite depuis quelques semaines déjà. De cette correspondance naîtra un texte puis, éventuellement, un spectacle.

" Cela fait longtemps que je n’avais pas envoyé de lettre par la poste : enveloppe, timbre, temps d’acheminement...

Au fil des échanges, deux sensations grandissent en même temps :

- la délicatesse de nos échanges : comme deux personnes blessées qui tenteraient de danser un tango, on y va mollo pour ne pas de faire mal, mais on y va de plus en plus ;

- la perception de plus en plus nette de la violence de la prison : violente diffuse mais violence sûre, et absurde.

Ces lettres pourraient être élargies à d’autres témoignages : il y a ceux qui ont été déposés dans des livres au cours des siècles, mais il y en a d’autres qui sont mis au silence : il y a besoin de paroles sur la prison, il y a besoin de témoigner. "

François Cervantes


En écoute : la rencontre "Education populaire, une utopie d'avenir"

mardi 12 mars 2013, par Vincent

Mardi dernier, nous avons eu l’immense plaisir d’accueillir Nicolas Roméas, directeur de la revue Cassandre/Horschamp et la philosophe Marie-José Mondzain pour présenter les enjeux de l’ouvrage Education populaire, une utopie d’avenir paru en novembre 2012 aux éditions LLL (Les Liens qui Libérent) :

"L’éducation populaire est l’un des mouvements les plus exaltants initié au lendemain de la Libération. Un succès foudroyant qui fut quelque peu remis en cause par ce que l’on a appelé la démocratisation culturelle. Aujourd’hui, nombre d’associations reprennent le flambeau un peu partout en France. N’est-il pourtant pas vital de faire vivre l’idée de la construction d’un être humain pensant, rêvant, imaginant hors de toute injonction économique ou politique ?"

Dans le prolongement des textes proposés dans ce livre de référence sur l’histoire d’un mouvement parfois mal connu des jeunes générations, nos invités ont énoncé les enjeux de ce qui, aujourd’hui encore, lie la question de la démocratie à celle de l’attention à l’autre et à l’accueil de la création.


Questionnaire pour une femme à barbe

jeudi 31 janvier 2013, par Vincent

En attendant la tournée Nomade(s) d’Eloge du poil les élèves de l’école de cirque La Cirk’Mosphère à Cadenet ont adressé quelques questions à la femme à barbe (interprétée par Jeanne Mordoj) et... surprise elle a répondu !

Questions posées durant la semaine du 7 au 12 janvier 2013.

Est-ce que tu es une fille ? (Audrey 11 ans)
Je crois bien que oui

C’est une vraie personne ? Une vraie barbe ? (Tiana 11ans)
C’est quoi une vraie personne ? Oui une vraie personne avec une fausse barbe ou une fausse personne avec une vraie barbe, comme tu veux.

Est-ce que vous travaillez dans un cirque ? Est-ce que vous vous aimez physiquement ? (Noémie 11 ans) (vraie question d’adolescent !)
Elle ne travaille plus dans un cirque. Elle fait son cirque.
Si elle s’aime physiquement ? Oui beaucoup.

Que fait-elle dans la vie ? Cours adulte (vraie question d’adulte !)
Dans la vie, elle rêve, elle erre dans l’imaginaire, elle invente des spectacles, elle les joue, elle voyage, elle vit de ça.

Pourquoi sur la photo elle cache ses mains ? Est-ce que ses mains sont aussi poilues ? (cours adultes)
Elle laisse l’imaginaire de chacun faire son chemin.

Pourquoi elle a une barbe ? Est ce qu’elle est vraie ?
Elle a une barbe parce qu’elle a décidé de montrer une femme à barbe, de parler d’une femme à barbe. Cette barbe-là est fausse.

Est ce qu’elle existe ? Déguisée ou pas ?
Oui elle existe déguisée et pas déguisée aussi.

Est ce qu’elle est en prison ? (cette question a peut-être été posé car sur la photo, la femme à barbe a ses mains croisées derrière son dos…)
Non elle n’est pas du tout en prison. Pas du tout.

Que mangez-vous pour ressembler à un garçon ? (Mathilde 7 ans)
Ah ah... de tout mais surtout des artichauts poilus.

Pourquoi une barbe mais pas de moustache ? (Mélissa 7 ans)
Chacun ses goûts

Est-ce que ton père est un singe ? (Zac 7 ans)
Tu ne crois pas si bien dire, mon père est un spécimen très velu.

Est-ce que le père Noël amène des cadeaux à la femme à barbe ? Si oui, quoi ? (Milla 6 ans)
Oui bien sûr le père noël apporte des cadeaux à la femme à barbe. Des livres de cuisine et des crèmes de beauté. Elle est très coquette la femme à barbe, et très gourmande.

Est-ce que vous êtes comme les anges ? (Lena 7 ans)
Ah non, elle n’est pas un ange la femme à barbe, elle est très humaine, femme.

Comment faire pour avoir une barbe ? (Antonin 10 ans) (ça c’est une vraie question de pré’ado !)
Pour avoir une barbe, il faut appeler le poil, pour l’appeler, il faut le raser 3 fois par jour, ça le fait venir.

Avez-vous déjà rasé votre barbe ? Est-ce que vous la coiffez ? (Faustine 8 ans)
Cette barbe-là elle s’enlève le soir et elle se remet le matin.

Est-ce que vous voulez ressembler à votre père ? (Nina 10 ans)
Nina, peut être bien que oui car mon père est bien barbu.

Pourquoi cette barbe ? Les mamans normalement n’ont pas de barbe. (Garance 5 ans)
Garance, il y a des mamans sans barbe, des mamans avec un peu de barbe, et il y a aussi des femmes qui n’ont pas d’enfants et qui n’ont pas de barbes ou qui en ont.
Tout existe.

Pourquoi vous avez la tête d’un garçon mais le corps d’une fille ? (Louise 6 ans)
J’ai à 6h la tête d’une fille et le corps d’une fille et hop ! à 8h j’ai la tête d’un garçon et le corps d’une femme, c’est ça le théâtre.

Pourquoi portez-vous des bijoux ? Pourquoi attacher les cheveux ? (Enfant 7 ans)
Et pourquoi pas, une femme met des bijoux, un homme aussi parfois, un homme s’attache aussi les cheveux parfois et une femme aussi...

Le spectacle est accueilli du 7 au 12 février 2013 à Noves, Morières-les-Avignon, Le Thor et Oppède.


La prison, un bout du monde

jeudi 20 décembre 2012, par Vincent

A l’invitation de la Région Provence-Alpes-Côte d’Azur, en complicité avec la scène nationale, François Cervantes s’est engagé dans une relation étonnante, approfondie, avec le Centre Pénitentiaire d’Avignon-Le Pontet et les personnes chargées, là-bas, de l’action culturelle.

Une correspondance a débuté, il y a peu, entre cet auteur et des détenus qui aiment lire. Elle devrait durer plusieurs semaines. Pourtant, ils ne se connaissent pas. Eux sont immobiles, un livre ou un journal entre les mains. Ils font des voyages intérieurs dans leur cellule. François Cervantes, lui aussi, est immobile, un cahier ouvert sur une table. Il écrit.

De cette correspondance naîtra un texte puis, certainement, un spectacle.

Vendredi 7 décembre, nous avons organisé une rencontre à la bibliothèque. Une quinzaine de détenus y ont participé. François Cervantes nous a fait parvenir, ensuite, ces quelques mots :

" J’ai été très nourri par la dernière rencontre avec les détenus vendredi dernier. Pour des raisons que je ne sais pas encore analyser, il m’a semblé qu’à un moment donné nous étions ailleurs, dans un autre espace. La conversation était devenu fluide, elle était sortie du cadre de notre rencontre, et cela m’a fait croire à la pertinence de ce projet, à sa valeur.

Je crois qu’un texte unique pourra sortir de cet ensemble de conversations intimes.

J’ai cru comprendre sourdement quelque chose d’universel dans cette privation de liberté, dans ce lieu qu’est la prison et dans ce qui s’y vit, ce qui s’y joue.

Nous avons parlé de lecture, d’écriture, mais de bien d’autres choses, et les paroles ont circulé, à travers les générations, à travers les différentes solitudes.

J’ai reçu maintenant 5 lettres, auxquelles je suis en train de répondre.

Les premières lettres sont toujours un peu protocolaires : nous faisons connaissance, nous marchons sur des oeufs, mais au fil des lettres, je crois qu’avec quelques uns, nous allons entrer dans un échange qui nous apportera des surprises, à eux comme à moi. J’espère que ces premières rencontres vont continuer à faire tâche d’huile et que ceux pour qui ce projet est fait seront finalement embarqués dedans.

Si je dois parler un peu de cette rencontre et de ce début de projet, ce qui me frappe c’est à quel point la conversation avec l’autre, l’échange de paroles est une façon de s’évader de soi et d’accéder à un autre espace, à quel point briser la solitude permet de s’en aller dans un autre espace ".

François Cervantes
Cie l’Entreprise