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Yannick Jaulin


Difficile de parler de la démarche artistique de Yannick Jaulin sans évoquer d’abord l’homme sur scène. L’homme de scène. Car c’est sur les planches – celles, auréolées
de gloire de la Cour d’Honneur en Avignon (avec Wajdi Mouawad), des Bouffes du
Nord, du Théâtre de Chaillot, et prochainement du Théâtre du Rond-Point, mais
aussi celles plus obscures des petites salles de la « France profonde » – que Yannick
Jaulin se donne pleinement. Il y est tout entier, généreux et exigeant, à la fois drôle et
torturé.

Travaillé par sa langue natale, le parlhange, patois de la Vendée d’où il est issu, Yannick Jaulin questionne son humanité : ses racines, ses doutes, ses peurs. Autant d’interrogations qui sont aussi les nôtres et qui nous touchent, nous spectateurs de
l’ombre. Pour Yannick Jaulin, « la scène est l’endroit où je suis à ma vraie place ». Et
c’est vrai que depuis J’ai pas fermé l’œil de la nuit, créé en 2000, Menteur en 2003, Terrien en 2007 et maintenant Le Dodo, le petit belou timide du fond de la Vendée
qu’il fut naguère a su s’imposer sur la scène théâtrale française.

Son parcours atypique – l’homme s’est construit son propre chemin jusqu’à la scène – se double d’une démarche originale. Auteur et acteur protéiforme, Yannick Jaulin est sans cesse en train d’explorer de nouvelles formes artistiques et théâtrales. « Loin
des formes traditionnelles et pourtant obsédé par la réécriture des mythes, des contes et leur replacement dans nos quotidiens, je cherche un lieu commun pour trouver un possible frémissement collectif. J’aimerais me définir comme faisant un théâtre de l’humanité. »

Le Dodo survient à un moment de vie et de carrière où se posent avec urgence les
questions existentielles qui ont toujours traversé les spectacles de Yannick Jaulin, dont
celle-ci : comment concilier l’endroit d’où l’on vient et celui vers lequel on va ? Le sac
avec lequel on naît et la valise qu’on choisit de se constituer.
Entre la tradition du conte où le grand public le connaît bien, et le théâtre
contemporain où il s’est installé depuis plusieurs spectacles, Yannick Jaulin pose ici la
seule question qui fasse sens pour interroger sa pratique multiforme : comment et
pourquoi raconter des histoires ?

Le Dodo est une nouvelle aventure pour laquelle Yannick Jaulin s’entoure de nouveaux compagnons de route. Après Terrien, il revient à une forme en apparence plus traditionnelle, une mise en scène épurée où seule la parole fait le spectacle.

Un univers à la fois surréaliste et fortement ancré…

Le premier savoir-faire de Yannick Jaulin fut surtout de tendre l’oreille. Ce poitevin nomade, funambule de la langue a fait ses classes de conteur, adolescent, en
collectant le parler régional, les contes, les chansons au sein d’un grand mouvement
de culture populaire « Plus je m’enfonçais dans le pays, plus j’avais l’impression de
connaître le monde entier » raconte-il aujourd’hui. Il a depuis fait sienne cette phrase
de Tolstoï : « Si tu veux parler de l’universel, parle de ton village ».
De ces moments de transmission, il a gardé une puissance identitaire ouverte sur le
monde et trouvé sa place : la scène. L’endroit où il se rassemble lui, où il porte la
parole loin.

A 27 ans, il en fait son métier. Il continue à glaner pour bâtir ses spectacles tout en
devenant le fer de lance d’une nouvelle génération de conteurs engagés dans une
modernisation du conte… pour dépoussiérer l’image ringarde de cet art ancestral qui
reste pour beaucoup une pratique simpliste destinée à l’enfance ou à nourrir la
nostalgie.
Yannick Jaulin va chercher, au cœur même des tranches de vie, des tranches de sa
vie, la singularité qui rejoint l’universel. Souvent accompagné de musiciens, il est très
vite désigné comme le conteur Rock and Roll, faisant du récital d’histoires.

Un raconteur d’histoires, passeur de mondes.

C’est Pougne-Hérisson, village des Deux-Sèvres, qui donne le nom au premier
spectacle de la reconnaissance et c’est aussi là qu’il trouve un terrain de jeux pour
tisser le vrai et le faux, autour d’une pierre qui marque le Nombril du monde et une
devise « Il faut le croire pour le voir ». Avec une équipe d’artistes et toute la
population, il crée un festival festif et drôle Le Sacré Nombril qui attire festivaliers,
artistes et médias de tout l’Hexagone.... En 2003 naît le Jardin des histoires  : à la fois
musée d’art brut et lieu d’expérimentation autour de l’oralité, ce jardin emploie six
personnes à l’année.