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Wanted Pétula


" Le « jeune public » tient une place essentielle dans le projet pour le Théâtre de la Ville d’Emmanuel Demarcy-Mota. Il a donc fait appel à Fabrice Melquiot, qui depuis longtemps s’adresse, avec la même liberté d’écriture, à toutes les générations. Qui respecte les fragilités de l’enfance, mais reste hors d’un quelconque but pédagogique. Il ne s’agit pas de former les spectateurs de demain, mais de parler à ceux d’aujourd’hui, leur apporter de quoi rêver, réfléchir, s’émouvoir, rire. Et ce, quel que soit leur âge.

Quel que soit leur âge, à partir de huit ans. Pour cette partie de son oeuvre, Fabrice Melquiot creuse la mémoire de son imaginaire, qui ne remonte pas, dit-il, jusqu’aux premières années. Pourtant, le personnage de Bouli Miro, fils de Daddi Rotondo et de Mama Binocla, est d’abord né d’une photo de lui, bébé joufflu et souriant. Bouli Miro traverse ici le troisième volet de ses aventures. Nous retrouvons le gamin dodu facilement terrifié, amoureux fou de sa cousine Petula (Clark, les adultes apprécieront). Elle a disparu, il la cherche, se démène au milieu d’individus plus insensés les uns que les autres. Lui-même d’ailleurs fait preuve d’une logique des plus personnelles. Celle des gosses, dont les raisonnements s’avèrent parfois définitifs autant que surprenants. De plus, il dispose d’un vocabulaire somptueusement inventif.
Avec les chansons sur lesquelles ils dansent, leurs jeux vidéo, leurs ordinateurs, nos enfants et préados sont entraînés. Les mots étrangers, fabriqués, les bonds avant ou arrière dans le temps, les déformations numériques des sons, de l’image, de l’espace, composent leur univers du fantastique. Ils y circulent avec une belle habileté mentale. Il leur est aussi naturel, et même plus que le château de La Belle au bois dormant, ou
l’Ogre du Petit Poucet.

Tout se passe ici en différents lieux comme sur un écran d’ordinateur, quand on ouvre simultanément plusieurs fenêtres. Mais puisque nous sommes au théâtre, nous n’avons pas à faire à des êtres virtuels dont les comportements sont déterminés de l’extérieur. Nous sommes face à des êtres vivants.
Imprévisibles, complexes, contradictoires. Humains.

Fabrice Melquiot le sait, qui passe beaucoup de temps à rencontrer des élèves dans les écoles et collèges. Il connaît leur capacité à saisir les nuances dans lesquelles se cachent les vérités que nous cherchons. Il connaît aussi les frontières à ne pas franchir :

« Je peux aborder tous les sujets, avec les enfants, en leur compagnie. On peut affronter de grandes peurs au théâtre comme dans les contes de fées, de grandes questions, de grands troubles, parce qu’affronter, dépasser, trouver le courage de se faire face à soi-même, traquer les réponses, c’est
aussi ce qu’on cherche. Mais je ne peux pas asséner le désespoir ; quand j’écris depuis l’enfance, j’espère au moins une promesse. » "

Colette Godard