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Un atelier de marionnettes à La Garance

vendredi 19 décembre 2014, par Nicolas

Elève terminale en option théâtre du lycée Frédéric Mistral d’Avignon, j’ai eu la chance de participer à un atelier de marionnettes le mercredi 19 Novembre au théâtre La Garance de Cavaillon. Nous étions un groupe d’une vingtaine comprenant des collégiens, des lycéens et des élèves en classes préparatoires venant des différents horizons de la région Paca. Un mélange hétéroclite de personnes aimant le théâtre et motivées pour l’atelier.

Nous avons commencé notre atelier par un réveil corporel qui consistait à frotter chaque partie de notre corps avec nos mains. Nous étions en cercle et l’exercice était de faire passer l’énergie avec un geste de la main et notre regard, sans bruit à notre voisin. La cadence s’accélérait et il fallait être très attentif pour ne pas briser la chaîne.

A noter que le regard est très important pour le marionnettiste qui ne perd jamais de vue sa marionnette et pour insister sur ce point nous avons modifié la consigne pour que l’énergie ne soit donnée que par les yeux et notre intention. Les règles de voisinage ayant été rompues, nous pouvions faire une passe à n’importe qui. Il fallait donc que nous soyons très précis, il fallait « bien viser », pour qu’il n’y ait aucune confusion.
Après ces échauffements nous avons poursuivi notre séance par la manipulation ; dans un premier temps l’animatrice nous a distribué des yeux en polystyrène que nous placions au bout de nos doigts. Il fallait transposer notre regard dans l’objet, qui devenait alors notre guide. La difficulté était de rester neutre, de ne pas exprimer l’émotion à la place de l’objet.

Après notre première découverte en tant que « manipulateur », nous avons poursuivi l’atelier en tant que marionnettiste. Par groupe de quatre ou cinq nous passions derrière une table où nous découvrîmes les premières marionnettes « entières » de la journée, « les marionnettes sac ». Les marionnettes sac sont constituées d’une tête en papier mâché industriel qui donne un visage très détaillé avec à l’arrière du crâne, aligné avec les yeux, un levier qui permet de faire bouger toute la tête, et de deux mains en polystyrène renforcées par du fil de fer à l’intérieur pour éviter qu’elles ne se cassent ou ne se déforment. Le corps lui est un sac en tissu lesté par du sable au fond, afin de stabiliser sa position lorsqu’elle est posée.

Le levier à l’arrière de la tête, dans l’alignement des yeux, nous permet de maîtriser le regard de la marionnette, essentiel pour la crédibilité et pour la mise en vie de celle-ci. Si ses yeux regardent toujours le plafond, alors le spectateur va voir un objet « mort » et va se lasser. L’idée fondamentale dans la manipulation de la marionnette est qu’il faut accrocher le regard du public, lui montrer qu’il existe, ne jamais l’oublier.
Cette constitution permet au jeune marionnettiste d’apprendre à manipuler la tête et les mains sans s’occuper des pieds ce qui, on le verra, est une tâche difficile.
Nous sommes donc passés par groupes, ce qui nous permettait d’être à la fois manipulateur et spectateur et ainsi de prendre du recul par rapport à ce que nous avions fait précédemment.

Dans la deuxième étape de notre découverte de la manipulation de marionnette nous avons pu constater la difficulté de gérer les pieds. Nous étions par deux car manipuler à la fois la tête, les bras et les jambes est une tâche bien trop difficile pour les novicex que nous sommes.
Nous avons utilisé des marionnettes très différentes des précédentes. D’environ 60cm de haut, elles était étaient vêtues de matériaux extravagants : fausse peau de crocodile, velours violet, jaune… leur tête était munie du même système de levier que les marionnettes sac, mais y était ajouté un mécanisme permettant d’ouvrir et de fermer la bouche, très utile dans la situation où la marionnette parle.

Au Japon une hiérarchie est fixée pour les marionnettistes en fonction de leur connaissance dans la manipulation de « bunraku » (marionnette traditionnelle japonaise). Le plus ancien (au moins vingt ans de métier) manipule la tête et le bras droit, le second le bras gauche et le dernier (le novice) s’occupe des pieds.

On a pu nous aussi retrouver cette sorte de hiérarchie dans la mesure où c’est celui qui guide la tête (plus la bouche), et une main qui dirige la marionnette, qui décide si elle doit avancer, reculer ou encore rester sur place, c’est lui aussi qui parle pour la marionnette si parole il y a. Celui qui guide les pieds doit donc se soumettre aux décisions de son « supérieur » et être très attentif à suivre ses consignes sous peine de décrédibiliser le travail de l’autre. Il doit aussi accepter de ne parfois rien faire car la marionnette reste sur place. Ce travail qui à première vue paraît plus facile que celui du marionnettiste de tête, est tout aussi ardu, si ce n’est plus puisque tout le jeu est improvisation et réaction.
La manipulation à deux nécessite donc de bien connaître son coéquipier ainsi qu’une véritable écoute de l’autre.

Après une courte pause chacun a reçu une feuille de papier de soie blanche, format A3. En bougeant dans l’espace nous devions faire connaissance avec la matériau, l’apprivoiser, savoir comment il se déplace dans l’air, sur le sol… Quel bruit fait-il quand je le fais voler au niveau de mon oreille ?
En bref être sensible à l’objet comme si l’on découvrait quelqu’un.

Nous nous sommes séparés en deux groupes. Le premier avait pour consigne d’approfondir la connaissance de l’objet et de lui faire tout ce que l’on voulait. Les uns ont plié, replié, déplié, déchiré, les autres ont froissé, roulé, étiré le papier, chacun évoluait dans son monde, sans se préoccuper des autres. L’autre groupe les observait.

Nous avons fait une autre expérience avec du papier kraft marron de notre taille où il fallait cette fois réaliser notre propre marionnette en une quinzaine de minutes, toujours séparés en deux groupes. Cette fois-ci, on commençait notre voyage avec la matière, allongés sur le kraft. Nous devions d’abord découvrir la matière de dedans, de dessous, après quoi nous nous sommes attaqués à la conception de notre marionnette, toujours de manière individuelle. Pour ma part je n’avais aucune idée de l’apparence que pourrait avoir ma marionnette, je testais, recommençais, sans grande réussite. J’ai alors eu l’idée de faire un origami que je connaissais avec une partie de mon kraft, et de faire une sorte de robe avec un autre bout, des pieds et des bras avec les morceaux qu’il me restait. Une fois que je me suis lancée, les idées sont venues très vite.

En tant que spectatrice j’étais fascinée de voir évoluer les bouts de papier en marionnette. Chacun était dans son univers, certains ont même fait des personnages volants.
Pour présenter notre travail aux autres, nous avons fait défiler nos marionnettes devant tout le monde, une table était à notre disposition , ce qui m’a permis de mettre ma marionnette en situation plus facilement puisque je l’ai faite petite de taille. Ce défilé avait aussi pour but de tester notre création. Toutes les marionnettes étaient différentes, au reflet de chacun. C’est ainsi que s’est achevé notre atelier, nous nous sommes remis en cercle pour clore l’après-midi passée ensemble.

J’ai beaucoup aimé cette journée pour ce qu’elle a pu me montrer d’un monde que je ne connaissais pas et que je n’avais jamais eu l’occasion de découvrir, celui de la marionnette, mais aussi parce que tout le groupe était très motivé, et que l’ambiance y était conviviale.

Colombine

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