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Texte et versification


" Evidemment, s’intéresser à Racine, c’est aborder le problème épineux de la
versification. Pas question ici de martyriser l’alexandrin et de mégotter sur
l’emploi de la syllabe muette. Tout doit être entendu et prononcé, fidèle en cela
aux règles en vigueur au XVIIème siècle. Il s’agit d’une écriture où le fond ne peut pas se dissocier de la forme, et où l’image naît tout autant du plateau, que de la force évocatrice des mots.

J’essaierai pour le moment de recenser les divers traités de versification ; d’y
ajouter les dernières connaissances de la linguistique moderne. Ensuite, nous nous devrons de faire un choix unitaire avec l’ensemble de la distribution, pour trouver un moyen de garder cette clarté absolue, cette maîtrise toute musicale, et d’y adjoindre une vérité et un sens du dialogue sans doute plus fidèle à notre siècle.

Lorsqu’on observe les partitions du début du XVIIème écrites par Monteverdi en
Italie marquants les débuts de l’opéra, on observe un assujettissement de la
musique au texte. Lully, à sa manière, ne fera pas différemment en inventant la
tragédie lyrique française pour la cour de Louis XIV : le mot y gouverne la
musique. En allant plus loin, on observera une alternance de formes assez strictes avec des récitatifs chantés accompagnés librement par le continuo – un groupe de musicien se livrant à une improvisation le plus souvent à partir d’une base chiffrée - . Carrure rythmique et mélodique, contre liberté de la forme. Cette alternance nous guidera dans l’abord de l’alexandrin racinien : nous essaierons de repérer les séquences obligatoires, au rythme marqué, et à la versification équilibrée. Par contraste, nous accentuerons la fluidité de passages plus libres, où l’acteur et le vers se feront moins techniques dans leur interprétation. "

Renaud-Marie Leblanc