archives
07
08

Tes Jambes nues

Compagnie Desprairies


Maintenant c’est toi, Bacchus, que je vais chanter,
et avec toi les fruits de l’olivier qui croît avec lenteur (…)
Viens ici, dieu du pressoir, arrache tes cothurnes
et dans le moût nouveau trempe avec moi tes jambes nues.
Virgile, Géorgiques, Livre II
coréalisation avec Uzès Danse

Le projet

Tes jambes nues est un projet chorégraphique qui suivra une production agricole au fil des saisons, la vigne, dans ses successives étapes d’exploitation.
Il s’agit d’accompagner le travail des champs du point de vue du geste et des mouvements, des temporalités et du rythme, des outils et des matériaux, pour aboutir à une création in situ offerte au public en plein vignoble.
Choisir cette culture, c’est parler d’une actualité du travail agricole en s’inscrivant dans un imaginaire plus large, celui du bassin méditerranéen en tant que berceau de l’art de la représentation.
Cette recherche d’une « danse agricole » sera inaugurée avec les vendanges à la fin de l’été 2007 et se poursuivra régulièrement au gré des travaux saisonniers (taille, relevage, épamprage, piochage et autres traitements), pour aboutir à une première présentation publique à l’occasion du Festival d’Uzès (juin 2008) et une deuxième à l’automne 2008 dans les environs de la Scène Nationale de Cavaillon.

Suivre le travail des champs
Plusieurs producteurs de raisin seront associés à ce projet. Ils transmettront aux danseurs, lors de leurs rencontres, leurs gestes, habitudes et savoir-faire. Les répétitions se dérouleront dans les champs de vigne, à l’affût de la gestuelle et des techniques agricoles et ceci au long des quatre saisons : été, automne, hiver et printemps.
Il s’agira d’élaborer, avec les cultivateurs, un corpus de mouvements prélevés dans le travail particulier du vin : une danse viticole. Le savoir-faire paysan sera au centre de cette recherche chorégraphique.
Les gestes du travail de la terre, leur aridité et leur économie, leurs archaïsmes et leurs innovations, constitueront la base d’une exploration plus large sur les rythmes du travail agricole, son caractère intemporel et fondateur. La recherche chorégraphique s’appuiera sur ses contraintes horaires, ses impératifs climatiques, sa nécessaire adéquation au milieu. _ C’est ici que la démarche in situ rejoint celle du paysan : dans son attention délicate et obstinée portée à toutes les caractéristiques du terrain. Ainsi l’orientation de la pièce, le point de vue du public, le rythme du déroulement du spectacle dépendront des choix du cultivateur : disposition, exposition et calendrier des cultures.

Danser pour un paysage
Le territoire exploré, dont le découpage administratif n’est pas homogène (Gard et Languedoc-Roussillon pour Uzès, Vaucluse et Provence-Alpes-Côte d’Azur pour Cavaillon), m’intéresse dans la mesure où il revoie au travail paysan dans sa dimension intemporelle. Les paysages arpentés sont voisins de ceux décrits par Isadora Duncan dans ses mémoires, évoqués par Pierre Louÿs dans ses poèmes, chantés par Ravel dans son ballet pastoral d’après Longus Daphnis et Chloé. Ce qui fascinait les modernes à l’aube du XXe siècle, c’était déjà le souffle archaïque qui s’en dégageait. A peine on quitte les routes balisées qu’un sentiment d’éternité nous gagne. Si la peinture nous a appris à regarder ces paysages, leur existence est le fait du travail concret du cultivateur qui, pour certaines tâches, reconvoque les mêmes gestes depuis l’Antiquité.
Ecrire une danse pour un paysage de vignes, c’est aussi s’autoriser de libres références à l’Antique, aux fêtes et jeux théâtraux célébrant Dionysos ou Bacchus, et à leur présence récurrente dans l’histoire des arts. C’est aussi concevoir que le cultivateur porte en lui cette intimité au site qui peut nous donner accès, loin de tout pittoresque frelaté, à un fort sentiment primitif.

Le public

Un public d’initiés
Jouant de la bacchanale romaine comme lieu de « mystères d’initiés », j’imagine les représentations comme un rite faisant appréhender par le public les étapes, sensations, expériences que nous aurons vécues au fil des saisons dans les vergers arpentés. C’est pourquoi j’aimerais que Tes jambes nues puisse se dérouler pour un nombre restreint de personnes (une centaine au plus), dans un lieu tenu secret et dont l’accessibilité n’est pas donnée d’emblée. Au détour d’un chemin de terre, après quelques minutes de marche à travers champs, sur une route de campagne ou un chemin de terre, un point de vue soudain dégagé nous transporte en Italie, en Sicile ou en Grèce.
Tes jambes nues pourrait se dérouler en trois parties, à trois moments-clefs du travail des champs : au lever du jour, à l’heure de midi et à la tombée de la nuit. Le public serait invité chaque fois dans le même site, installé selon des points de vue différents, en fonction de l’orientation du soleil, pour une demi heure de spectacle. Accompagner les danseurs sur une journée entière, ponctuée de ces trois rendez-vous, fera mesurer un peu de leur investissement dans les lieux et, par ricochet, un peu de celui des paysans dans leurs terres. C’est aussi donner accès aux sensations (odeurs, fraîcheur, chaleur, sons) des différents moments qui scandent le travail des champs. C’est enfin et surtout croire résolument dans la représentation comme partage, ici dans la durée, d’une expérience sensible entre les artistes et le public.

L'équipe

Julie Desprairies, chorégraphe
Elise Ladoué, Mickaël Phelippeau, danseurs
Barbara Carlotti, chanteuse, accompagnée de guitares et flûtes.
Juliette Barbier, costumière

Galerie photos