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Synopsis "Comme je l’entendS"


ouverture
Bruissements des papiers qui cachent les petits haut-parleurs. Un concert
mystérieux que le compositeur dirige depuis sa chaise : partition pour battements,
frôlements et craquements. Émergent les premières paroles, derrière le public :
« Qu’est-ce que c’est que cette musique, pour moi c’est du bruit »,
« Quelque chose de complètement déstructuré, qui me tape un peu sur le
système nerveux... » Les papiers sont arrachés, les voix rentrent sur le plateau :
« Comment, comment on peut écouter cette musique ? »

largo
Une longue pièce pour guitare, trame hypnotique, enveloppante. Les voix :
un duo entre un homme et une femme, qui prennent le temps. « Tu me donnerais
le cd, je crois que je l’écouterais jamais. » Certes, mais c’est aussi le début d’un
parcours de l’écoute : « Du coup, on est plus attentif au son même, on entend
plus vibrer. » « C’est comme l’intérieur de la terre. » Disparition du musicien dans un grand crépitement.

confession
Dans un rai de lumière, avec la voix transformée qui évoque les confessions
masquées, le compositeur parle au public. Il raconte son amour des grincements,
la solitude qui en découle. « D’abord je voulais même pas faire de musique,
je faisais natation, moi ! » Numéro d’un clown (pas forcément triste) qui livre
son intimité.

danse
« Et bien moi j’ai beaucoup aimé cette musique… j’ai vu un grand, un
immense… un serpent… de velours. Et tout le monde à la fin se jette dans le
velours. » Musique acoustique, petites mécaniques et gestes effleurés.

scherzo en duo
Entre le musicien sur-précis, virtuose, en mode de jeu très bruité, et un jeune
homme aussi survolté. « Encore une fois, c’est NUL ! » Montage de la voix très
rapide avec boucles, articulations. « Presque, presque, on sent presque l’artiste
énervé sur son truc parce que personne le laisse faire ! »

intermède
Dans le noir, un homme raconte l’invraisemblable construction de son banjo
« avec une boîte de bonbons, en fer » et pour tenir les cordes « des sucres ».
« C’est un instrument de musique, il va bien jouer quelque chose. Après, si ça
sera cacophonique ou pas, on verra… mais le principal, c’est le son. »

visions
Pièce lyrique pour guitare et bande (des sinus en perpétuelle ascension),
de grandes vagues, et comme de l’écume, les voix qui tournent autour du public.
Ce sont toutes les images poétiques, absurdes, émouvantes, drôles, que la
musique a fait naître chez les auditeurs, de « l’embouteillage de criquets »
au « rite dans un temple bouddhiste ». Heureusement, « la colonie de vacances
va mieux, elle est passée à travers les éléphants sans encombres. »

intermède 2
Dans le noir, retour de l’homme au banjo. Ses silences et ses hésitations sont
aussi chargés de sens que ses mots. « Une symphonie du clatas/, du catalcl/,
du cal/, j’arrive pas à le dire, mais vous m’aurez compris. Ca-ta-clys-mique. »

explication
Sollicité par une femme qui n’a « pas les clés pour comprendre » (et elle insiste),
le compositeur se retrouve au présent, avec le public. « Bon, je peux vous expliquer.
 » Léger vertige de la sortie du cadre concert, petit temps d’hésitation…
et l’explication est incompréhensible, le compositeur comme les petits hautparleurs
se mettant à débiter tous ensemble les fondements théoriques de son
travail. Mise en mouvement des haut-parleurs qui se balancent et arrosent le
public de concepts, sortie rapide du compositeur jargonnant.

suspension
Retour de la trame dans les petits haut-parleurs qui dansent seuls maintenant.
Trois témoignages d’auditeurs, posés. Ils sont passé dans une autre écoute, où
le plaisir est lié à l’abstraction. « J’aime ce temps qui s’étire », « des surfaces et
des corps », « comme une élégie en littérature, une déclinaison de l’émotion. »

solo et cadence
Retour du musicien dans le silence. Puis dix-sept minutes de musique pure, pour
guitare électrique et bande. Plongée réelle, sans distance cette fois, dans
l’écoute musicale. La forme concert comme un aboutissement.

coda
Le plateau est vide. Quelques ondes sonores, traces de la pièce précédente,
passent encore de temps en temps. Les dernières paroles témoignent de la
diversité des expériences. Une vieille femme constate que « ce sont des musiques
qui nous transportent dans un ailleurs. » Un jeune slameur valide sa première
définition : « contemporain : un conte, et peut-être rien »… une autre : « Et bien
moi j’ai pas écouté ! » Noir.