archives
08
09

Suzanne Lebeau / Le Carrousel

Le bruit des os qui craquent


vendredi
16 janvier
2009
en famille dès 10 ans
Théâtre de Cavaillon

Elikia est une enfant parmi tant d’autres qui a vu sa vie basculer du jour au lendemain dans une guerre civile. La petite enlevée à sa famille devient « enfant soldat ». Victime, elle est aussi bourreau. Comment grandir et rester humain quand les repères s’effacent devant une brutalité quotidienne sans espoir ?

- en famille dès 10 ans

en compagnie des ATP d’Avignon


le bruit des os qui craquent @ Lara Rosenoff
Le bruit des os qui craquent @ François-Xavier Gaudreault
Le bruit des os qui craquent @ François-Xavier Gaudreault
Le bruit des os qui craquent @ François-Xavier Gaudreault

Le spectacle

le bruit des os qui craquent @ Lara Rosenoff

Elikia est une enfant parmi tant d’autres qui a vu sa vie basculer du jour au lendemain dans une guerre civile chaotique et sans lois. La petite enlevée à sa famille devient enfant-soldat. Victime, elle est aussi bourreau dans une situation intenable qui brouille les lois les plus élémentaires de l’éthique. Comment grandir et rester humain quand les repères s’effacent devant une brutalité quotidienne sans espoir ? C’est le petit Joseph, le plus jeune enfant à parvenir au camp de rebelles, qui lui rappelle son enfance, sa famille, son village, son humanité et qui lui donne le courage de briser la chaîne de violence dans laquelle elle a été entraînée.

Le bruit des os qui craquent est un texte à deux voix. Si Joseph et Elikia vivent la fuite, les doutes, les peurs et le retour à une vie civile civilisée où les enfants peuvent grandir comme des enfants, Angelina, l’infirmière qui les reçoit à l’hôpital où ils se réfugient, met en perspective cette réalité douloureuse et ouvre la fenêtre sur une lumière incertaine, mais lumière tout de même.

Le Carrousel

Par le regard qu’il pose sur l’enfance et sur l’art, le Carrousel se démarque depuis plus de trente ans sur les scènes nationales et internationales. Portée par un travail de recherche et de création qui repousse les limites du permis et du possible, la compagnie met au cœur de sa démarche artistique la question du "Quoi dire aux enfants ?" et interroge la place de l’enfant dans le monde.

Une approche singulière qui se manifeste aussi bien par la richesse et la rigueur de l’écriture de Suzanne Lebeau que par la facture résolument contemporaine que Gervais Gaudreault insuffle aux spectacles du Carrousel et qui contribue à magnifier ce point de vue particulier. Partenaires en création, Gervais Gaudreault et Suzanne Lebeau ont donné naissance à un imposant répertoire d’œuvres originales faisant appel au pouvoir évocateur du théâtre et considérées, au Québec et à l’étranger, comme des repères importants dans l’histoire du théâtre jeune public.

« […] depuis près de 30 ans déjà, le Carrousel propose aux jeunes spectateurs un regard lucide sur le monde. Sans compromis. Son travail s’appuie sur la grande poésie des textes de Suzanne Lebeau, qui sait s’inspirer des univers mythologiques du Sud comme du Nord pour nourrir les grands thèmes de son œuvre. Et, bien sûr, sur l’approche méticuleusement éclatée de Gervais Gaudreault, un des metteurs en scène les plus doués que l’on ait ici, toutes catégories de théâtre confondues. »

[ d’après Michel Bélair, Le Devoir ]

Une lettre

" Montréal, le 25 janvier 2008

Chers amis,

Je vous écris aujourd’hui dans l’espoir d’avoir l’occasion de vous rencontrer lors de la lecture de notre nouveau projet de création, Le bruit des os qui craquent. Je sais que ce texte provoque des réactions très fortes, de celles que j’ai eues moi aussi lorsque j’ai rencontré la douloureuse réalité des enfants soldats dans un documentaire qui aurait pu rester, comme tant d’autres, silencieux dans un coin de ma mémoire.

Je n’ai pas pu oublier le regard de ces enfants privés d’enfance, leur profonde solitude dans un après qui ne leur donne pas beaucoup de chances. Je n’ai pas pu oublier qu’ils sont plus de 300 000 et qu’aujourd’hui encore d’autres enfants sont enlevés à leur famille et à leur enfance.

Je me suis d’abord demandée si l’auteure que je suis et qui a choisi le jeune public pouvait parler de ces réalités à nos enfants qui ne les connaissent pas… ces réalités qui nous bouleversent tant, nous qui sommes adultes ? Comme toujours quand je n’ai pas réponse, je suis allée rencontrer les enfants, ceux à qui je pense en écrivant. J’ai rencontré treize groupes d’enfants de 10 à 12 ans de milieux socioculturels différents. J’ai imaginé leur présenter le documentaire qui m’avait tant secouée sans faire de mise en contexte particulière, réservant l’après pour les commentaires, les questions, les échanges. Je n’avais qu’une question pour enclencher la discussion : est-ce que nous, les adultes, avons le droit de vous parler de ces réalités « dérangeantes » que vous ne connaissez pas ? La réponse a été unanime dans tous les groupes et le « oui, vous avez le droit » s’est rapidement transformé dans tous les groupes en : « vous en avez le devoir ». « Si nous ne savons pas, comment pouvons-nous nous situer dans le monde, comment pourrions-nous éprouver de la compassion, comment pourrions-nous nous préparer pour devenir des adultes conscients et responsables ? À quel âge, aurions-nous le droit de savoir ? »

Cette assurance que les enfants m’ont donnée a fondu devant la page blanche. Si je savais que je devais dire… je ne savais pas comment dire. J’ai vécu ces 15 mois d’écriture avec un doute vrillé à chaque image, des questionnements à chaque scène et une peine immense à tenir la main de la petite Elikia dans ce voyage de retour vers la vie normale qui était, sans qu’elle le sache, son dernier voyage.
À chacune des tentations d’abandonner le projet, et elles furent nombreuses, les témoignages sans équivoque des enfants revenaient en force pour me dire que je n’avais pas le droit de garder le silence. Je ne suis ni médecin, ni politicienne, ni marchande de canons. Je suis auteure, auteure dramatique, et ma passion pour le monde tel qu’il est et tel que je le voudrais, je dois l’écrire. Je me suis mise à écrire sans naïveté en connaissant les embûches qui se multiplient quand j’emprunte des chemins obscurs et peu familiers.

La première lecture que nous avons donnée dans le cadre de la Semaine de la dramaturgie du CeAD en décembre 2006 nous a convaincus que si ce texte a été écrit pour les enfants, il rejoint directement les adultes et pas seulement ceux qui se sentent concernés par l’enfance. La réaction a été unanime et bouleversante. Les adultes qui ont vu la lecture réclament pour eux aussi ce texte qui parle du monde dans les aspects les plus sombres. Depuis que les médias nous permettent d’être présents dans tous les coins du monde de notre fauteuil, la force et l’impact des images présentées sans contexte se diluent dans l’accumulation. La réalité a pris le poids de la fiction alors que le théâtre qui est ouvertement fiction a pris le poids émotif de la réalité. Nous l’avons constaté avec le jeune public : une gifle sur scène a plus d’impact qu’une guerre en direct, avec ses morts et le sang qui coule.

Et puis, il y a vous tous qui avez le choix et le pouvoir de vous associer au projet et à sa diffusion. Je comprends vos doutes, je les ai vécus quotidiennement pendant des mois mais une amie journaliste m’a aidée à aller au bout de ce projet. Elle m’a simplement dit : « Tu crois, Suzanne, que le public ne peut pas voir et entendre ce que d’autres vivent tous les jours dans leur corps et dans leur âme ? »

Je vous invite à découvrir l’histoire d’Elikia, Joseph et Angélina qui vous amèneront dans l’intimité de ce qu’ils ont vécu et à venir discuter librement avec l’équipe de création de la proposition artistique et des enjeux qu’impliquent la diffusion du spectacle. Au plaisir de vous rencontrer très bientôt.

Bonne lecture,

Suzanne Lebeau "

Scolaires

- des représentations du spectacle réservées aux groupes scolaires auront lieu le jeudi 15 janvier à 10h00 et 14h00, et le vendredi 16 janvier à 14h00.

Dossier pédagogique

édité par le CRDP de l’académie d’Aix-Marseille, en partenariat avec la Scène nationale de Cavaillon.

Collection nationale "Pièce (dé)montée"

:: :

- pour aller + loin : découvrir les autres dossiers pédagogiques de la collection nationale "Pièce (dé)montée" sur le site du CRDP Aix-Marseille.

Distribution

texte : Suzanne Lebeau

mise en scène : Gervais Gaudreault
assistance à la mise en scène : Stéphanie Capistran-Lalonde

avec : Emilie Dionne, Sébastien René, Lise Roy

décor : Stéphane Longpré
costumes : Linda Brunelle
lumière : Dominique Gagnon
environnement sonore : Nancy Tobin

régie des éclairages : Dominique Gagnon
régie son et régie générale : Stéphanie Capistran-Lalonde
direction de production : Dominique Gagnon et Nicolas Marion

:: :

Le bruit des os qui craquent est une création de la compagnie de théâtre le Carrousel et du Théâtre d’Aujourd’hui (Montréal), en résidence au Théâtre de la Ville (Longueuil, Québec) et en coproduction avec le Théâtre Jean Vilar de Vitry-sur-Seine et la Fédération d’Associations de Théâtre Populaire (France).

Le Carrousel est subventionné par le Conseil des arts et des lettres du Québec, le Conseil des Arts du Canada, le Conseil des Arts de Montréal et du Ministère des Affaires étrangères et du Commerce international du Canada.