archives
07
08

Stefan Kaegi / Rimini Protokoll

Cargo Sofia-Cavaillon


mardi
20 mai
2008
mercredi
21 mai
2008
jeudi
22 mai
2008
vendredi
23 mai
2008
lundi
26 mai
2008
mardi
27 mai
2008
mercredi
28 mai
2008
jeudi
29 mai
2008
vendredi
30 mai
2008
Place François Tourel - Cavaillon

Un théâtre documentaire Nomade(s) éminemment politique et humain. Le spectateur voyage dans un « camion transformé », parcourt un territoire délimité et, sans cesse surpris par ce périple insolite, découvre d’une autre façon cet espace qu’il croyait connaître. Au volant, deux routiers professionnels commentent, se racontent.
Cargo Sofia-Cavaillon ou comment dire « une terre » en mots et en images au plus près des hommes et de leur histoire.


Cargo Sofia Cavaillon @ Anja Mayer
Cargo Sofia Cavaillon @ Anja Mayer
Cargo Sofia Cavaillon @ Anja Mayer
Cargo Sofia Cavaillon @ Anja Mayer
Cargo Sofia Cavaillon @ Anja Mayer
Cargo Sofia Cavaillon @ DR
Cargo Sofia Cavaillon @ DR
Cargo Sofia Cavaillon @ DR
Cargo Sofia Cavaillon @ DR
Cargo Sofia Cavaillon @ DR
Cargo Sofia Cavaillon @ DR
Cargo Sofia Cavaillon @ DR

Le spectacle

Le camion bulgare est garé. Par un petit escalier, on grimpe dans la remorque, entièrement vitrée d’un côté, et on s’installe sur l’une des trois rangées disposées dans le sens de la longueur. Avant le départ, les deux chauffeurs viennent inspecter leur cargaison de passagers. L’un ne parle que le bulgare, mais dispose d’une interprète. Le second s’exprime en anglais basique. Ils rejoignent la cabine et c’est parti pour un trajet au long cours : un Sofia-Cavaillon, via la Serbie, la Croatie, la Slovénie, l’Autriche, l’Allemagne, la Suisse et l’Italie. Un grand écran vient boucher la fenêtre. Sur les images défilent des rues de Sofia, puis des vues de la campagne bulgare. Mais elles laissent vite la place à un montage documentaire qui raconte l’irrésistible ascension de Willi Betz, l’empereur du transport routier européen, qui a bâti sa fortune sur le commerce avec l’Europe de l’Est et le Proche-Orient et sur le dumping social.

On se croit embringué dans un voyage au coeur de la magouille, quand soudain, changement de direction : l’écran se relève et l’on se retrouve pour de bon à quelques kilomètres de Cavaillon. L’un des chauffeurs raconte l’art de passer les frontières. On l’écoute quand l’attention est accaparée par une chanteuse plantée au milieu d’un rond-point, qui entonne un air audible par les seuls occupants du camion. On tourne ainsi pendant deux heures autour de Cavaillon, rencontrant au passage un transporteur local, retrouvant la chanteuse cachée derrière un buisson, repartant en Allemagne du côté du négrier Betz, entre deux anecdotes des chauffeurs (la douche, le péage, les prostituées, la femme et les enfants qui attendent à Sofia...).
Le metteur en scène suisse Stefan Kaegi et sa compagnie Rimini Protokoll ont le chic pour raconter des histoires en multipliant les points de vue.

(d’après l’article de Libération de René Solis pour le Festival d’Avignon 06)

Stefan Kaegi

Né à Soleure, en Suisse, Stefan Kaegi suit des études d’art à Zurich avant de faire des études de théâtre à Giessen, en Allemagne. Il met en scène la réalité de façon à ce qu’elle se mélange à la fiction. Il travaille au départ de recherches sur le terrain, mais il a pour habitude de ne pas les interpréter.

En 1998, Stefan Kaegi fonde en compagnie de Bernd Ernst le label Hygiene Heute. Pendant cinq ans, ils réalisent ensemble ce qu’ils nomment des „ready-made théâtraux“ tels que „Das Hermeneutische Fitness Studio“ pour le Beusschouwburg à Bruxelles, „Physik“, une pièce sur la gravitation pour le Museumsquartier de Vienne, reproduit à Francfort et à Rotterdam ou encore des audio-guides (Kanal Kirchner au SpielArt-Festival 2001).

Depuis 2000, Stefan Kaegi collabore avec Helgard Haug et Daniel Wetzel et fonde le collectif d’artistes „Rimini Protokoll“. Ensemble, ils mettent en scène „Kreuzworträtsel Boxenstopp“ (Künstlerhaus Mousonturm), pièce dans laquelle quatre femmes de 80 ans parlent de leur passé de pilotes de Formule 1.
Suite à ce travail, Stefan Kaegi, Helgard Haug et Daniel Wetzel cherchent cinq jeunes entre 12 et 15 ans et entament avec eux une étude sur leurs propres stratégies de défense et d’attaque, ce qui mène à la création de „Shooting Bourbaki“. Développé en 2002 au Théàtre de Lucerne, le projet est présenté à Francfort, à Hambourg, à la Sophiensaele de Berlin, à l’Expo.02 (Suisse), à Trondheim (Pays-Bas) et à Bergen (Norvège). „Shooting Bourbaki“ reçoit le premier prix dans le cadre du festival Impulse, en Westphalie-Nord Rhénanie.

En 2002, le trio crée „Sonde Hannover“, une pièce de théâtre d’observation dans le centre ville de Hanovre (Theaterformen 2002). Puis, ils mettent en scène le projet critique du Parlement allemand, „Deutschland 2“, dans le cadre du Festival Theater der Welt en 2002.

Dans „Deadline“ au Schauspielhaus de Hanovre (pièce également invitée au Theatertreffen Berlin en 2004), le collectif met en scène cinq experts présentant différentes façons caractéristiques de mourir en Europe Centrale. Ils poursuivent avec „Sabenation“, créé avec sept victimes de la faillite de la compagnie aérienne belge Sabena au KunstenFestivaldesArts de Bruxelles en 2004, spectacle repris une cinquantaine de fois en tournée européenne.

A l’automne 2004, Rimini Protokoll met en scène „Schwarzenbergplatz“ au Burgtheater de Vienne, puis au printemps 2005 „Call Cutta“, une visite guidée réalisée en direct par téléphone mobile à travers le quartier berlinois de Kreuzberg. Cette structure de dialogue théâtrale sera adaptée en 2008 à huit villes européennes. Parallèlement, „Mnémopark“ est créé au Théâtre de Bâle en 2005 et reçoit le prix du jury du Festival « Politique au théâtre ».

Stefan Kaegi crée également de nombreuses pièces radiophoniques pour des chaînes suisses et allemandes et participe à des projets locaux de mise en espace dans des lieux publics en Allemagne et en Amérique du Sud dont „Torero Portero“ présenté au Brésil, en Colombie et en Allemagne.

:: :

- + d’infos sur le site de Rimini Protokoll

Rimini Protokoll

Quiconque cherche à définir ce que fait Rimini Protokoll, le collectif théâtral d’un trio de metteurs en scène, ne peut éviter les mots réalité et fiction. Les Rimini Protokoll s’inspirent dans les thèmes qu’ils abordent de la vie réelle. Chacun de leurs projets est développé à partir d’une situation concrète, dans un lieu spécifique, sur la base d’une recherche exhaustive. Le groupe conçoit toujours ses productions en collaboration avec des acteurs amateurs. Haug, Wetzel and Kaegi préfèrent appeler ces acteurs, qu’ils dénichent lorsqu’ils effectuent leurs recherches, des "spécialistes".

Il devient difficile de séparer réalité et fiction lorsque les évolutions véritables et imaginaires interagissent et se chevauchent : le public ne sait pas où commence la fiction et où s’arrête la réalité. Il est impossible, et également non souhaité, de déterminer où cette ligne devrait être tracée. Toutefois, le groupe ne se joue pas seulement de cette subtilité ; en effet, cette ambiguïté rend encore plus évident le fait que c’est sur scène que la réalité est sincèrement révélée.

Le théâtre de Rimini Protokoll n’oppose pas la scène et le public mais intègre les deux sphères dans chaque expérimentation. A travers cette démarche, les membres s’intéressent à la perception et à la connaissance du monde, en particulier celle des êtres humains. Le but est de briser la complexité que constitue notre réalité, en montrant toutes ses facettes comme des voies nous permettant de l’interroger. Rimini Protokoll applique ses méthodes au monde avec une immense subtilité et une grande curiosité, rassemblant les gens et les idées dans des constellations qui surprennent toujours. De ce fait, ses membres deviennent les figures centrales d’un mouvement documentaire qui a eu, ces quelques dernières années, un impact considérable sur les théâtres allemands.

Après avoir achevés leurs études à Gießen et présentés leurs premiers travaux sur la scène underground, les membres de Rimini Protokoll ont été salués par le Président du Bundestag allemand de l’époque, Wolfgang Thierse, pour leur fulgurant succès. Sous le titre "Deutschland 2", ils voulaient recréer, le 27 juin 2002, dans la chambre plénière du Bundestag laissé à l’abandon à Bonn, une séance parlementaire qui se déroulait à la base au Reichstag Building de Berlin. Les discours auraient été délivrés par ceux pour lesquels la moitié du parlement délibérait, des citoyens ordinaires. Thierse n’a pas autorisé l’évènement, invoquant la "dignité du parlement". Cette réponse a déclenché une discussion sur la liberté de l’art, les relations entre l’art et la politique et les frontières entre la fiction et la réalité. Depuis, le public connaît le domaine dans lequel opère Rimini Protokoll. L’évènement s’est finalement déroulé au Theater-Halle à Bonn Beuel, avec pour base des paroles prononcées par les parlementaires, retranscrites en direct à l’aide d’écouteurs par des habitants de Bonn essayant de répéter leurs mots aussi simultanément que possible.

Travaillant grâce à des combinaisons variées, le trio conserve son influence grâce à de nouvelles pièces en utilisant le matériel fournit par la vie réelle. "Deadline" (Haug/Kaegi/Wetzel) a été présenté dans une salle qui a fermé par la suite, le Neue Cinema, un espace de performance utilisé par les Deutsches Schauspielhaus Hamburg. Sur la scène – qui cessera juste après d’en être une – se sont présentés une série de personnes qui affrontaient la mort dans le cadre de leur travail : un maire qui était obligé d’assister aux funérailles de ses citoyens, un tailleur de pierre tombale, un orateur funèbre et un étudiant en médecine, expliquant tous leur perception de la fin de la vie. La pièce était structurée si intelligemment, grâce à des contributions individuelles s’enrichissant et se reflétant les unes les autres, que le public s’est vu présenté à la fois un tableau vivant représentant les attitudes contemporaines vis-à-vis de la mort et un aperçu surprenant des inquiétudes et des histoires de chacun."Sabenation : Go Home & Follow the News" (Haug/Kaegi/Wetzel) a été à peu près structuré de la même manière. La pièce s’est basée sur le sort de plusieurs milliers d’employés licenciés par la compagnie aérienne belge Sabena. Une fois encore, les performeurs étaient brillamment choisis, comme le sont toujours les "spécialistes" qui jouent leur propre rôle. Une fois encore, le public en a appris beaucoup sur les faits réels et sur le destin de ces personnes. Une fois encore, l’audience se retrouve confrontée à une réalité aux multiples facettes.

Assez bizarrement, les hauteurs que les pièces de Rimini Protokoll sont capables d’atteindre sont plus clairement illustrées par "Wallenstein" (Haug/Wetzel), mis en scène au Mannheim Schiller Festival. Ce premier travail, basé sur un texte dramatique classique, a été un triomphe de part son casting. Il était stupéfiant de voir tout ce que cette œuvre avait à dire sur le pouvoir et la résistance, ainsi que tout ce qui a été révélé sur ces sujets par un jeune politicien qui avait été choisi, puis écarté, comme candidat se son parti pour l’élection du maire de Mannheim, un chef de police de Weimar et, surtout, un vétéran de la guerre du Vietnam vivant à Heidelberg. La pièce paraissait si authentique et dense qu’il était difficile de s’empêcher de penser que l’on n’assistait plus à une pièce de théâtre qu’à une fiction astucieusement mise en scène. La réalité a été présentée sans perdre son authenticité.L’intelligence du travail de mise en scène de Rimini Protokoll a été illustrée par "Call Cutta" (Haug/Kaegi/Wetzel). Chaque membre du public s’est vu donné un téléphone portable sur lequel ils pouvaient entendre quelqu’un leur parlant en direct de Calcutta et les guidant à travers les rues de Berlin. Ils ont été dirigés à travers la capitale allemande par un centre d’appels à distance et sont devenus plus ou moins intimes avec les employés. Dans leur travail le plus récent, "Cargo Sofia" (Kaegi), le public, assis dans un camion, découvre le monde de la route, les trajets interminables des camionneurs, et leur relation tout particulière aux stations services. Ce concept les plonge dans l’univers des professionnels du transport qui sillonnent infatigablement l’Europe pour un salaire minime. Jusqu’à aujourd’hui, personne dans le théâtre allemand n’a su placé le public aussi près de la réalité que les Rimini Protokoll.

Peter Michalzik

:: :

- + d’infos sur le site de Rimini Protokoll

Distribution

Un voyage en camion bulgare

avec : Ventzislav Borissov, Nedyalko Nedyalkov, et les autres (Tania Aubert, Marie-Madeleine Martinet, Nikoleta Georgieva, René Molle, Glenn, Jessica, Majda, Claude, Kader, Gilbert Chiron, Jean-Edouard, Jean-Marc, Laurent Bernard... ).

sur une idée de : Stefan Kaegi
direction artistique pour Cavaillon : Jörg Karrenbauer
vidéo : Vladimir Miller
son : Simon Begemann
assistance X : N.N.
chargée de production : Anne Schulz

- avec l’aimable participation du Lycée Professionnel Alexandre Dumas (Cavaillon), du Marché d’Intérêt National (M.I.N) de Cavaillon, des sociétés Transcosatal et Lavage du Pont (Plan d’Orgon), et de l’Hôtel du Parc (Cavaillon).

- avec l’aide amicale de Salima Aatillah, Benoît Crépin-Leblond, Jacques Chardenoux, Hugues Blay, Aurélien Lafont, Jimmy Truffert, Philippe Chalimon, Philippe Bouchoux, de la Police Municipale de Cavaillon, de NBE Emballages (Plan d’Orgon) et de Mme Charpentier (Mairie de Cavaillon).

- remerciements pour leur participation aux repérages : Valentina Dimova, Mr Crozet (Transports Chabas), Thierry Gorlier (société EGTL), Pierre et Julie (société Encheres-net), Corinne Russo (Office de Tourisme de Cavaillon), Helena Maniakis, Mr Costedoat et Mr Deruelle (Services des Douanes de Vaucluse).

:: :

production : Goethe-Institut Sofia and Hebbel am Ufer Berlin.

en co-production avec le Theater Basel, PACT Zollverein Essen, Le-Maillon Strasbourg and THEOREM, association supported by the Culture 2000 program of the European Union.

Supported by Stability Pact for South Eastern Europe, sponsored by Germany, Pro Helvetia, Swiss Cultural Foundation, Bundeszentrale für politische Bildung and Forum Goethe-Institut.