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Serge Daney


Il naît en 1944 dans le 11ème arrondissement de Paris, un quartier central et populaire dont
la Bastille est l’épicentre, et qu’il habitait toujours l’année de sa mort, en 1992. Critique de
cinéma, il exerça son « métier » aux Cahiers du Cinéma (1973-1981) puis à Libération (1981-1991) et fonda la revue Trafic (1991, éditée par P.O.L.) peu de temps avant sa mort.

Sa passion du cinéma s’ancre dans son enfance. Fils unique, il est élevé par sa mère et sa
grand-mère, son père, juif, ayant disparu pendant la guerre. Ainsi il accompagne sa mère
dans « les salles de cinéma du bout de la rue ».
Commence alors une véritable expérience existentielle à laquelle il ne cessera de se référer.
Toute sa vie sera consacrée à analyser cette expérience pour en déduire une éthique du
regard et tâcher de la transmettre.

En 1962 Louis Skorecki, un camarade de lycée, fonde une
revue intitulée Visages du cinéma pour laquelle Serge Daney écrit son premier article : Rio Bravo - Un art adulte. Ils partent ensemble aux Etats-Unis interviewer les quelques cinéastes
encore vivants et encensés par la Nouvelle Vague et sa revue, Les Cahiers du cinéma, en
espérant la publication des entretiens réalisés. Serge Daney commence ainsi sa collaboration
avec la revue, modestement, irrégulièrement, continuant d’approfondir une expérience de
plus en plus singulière.

À partir de 1968 il entreprend de longs voyages en Afrique, en Inde, marcheur inlassable,
arpenteur confrontant la géographie aux images. En 1973, alors que les Cahiers du Cinéma
traversent une crise tant politique qu’esthétique, on propose à Serge Daney d’en être le
rédacteur en chef. Il accepte et sert pendant 8 ans la revue jusque dans ses impasses
idéologiques, « redressant la barre » ensuite, mais ne renonçant jamais à guetter les films du
monde entier et le cinéma dans ces films, quelles que soient les intentions affichées par
leurs auteurs.

En 1981 il quitte la revue pour entrer au quotidien Libération et participer à la
nouvelle formule du journal. Élargissant considérablement le cercle de ses lecteurs et
l’amplitude de sa réflexion sur les images : films, télévision (la célèbre chronique Le salaire
du zappeur), et médias en général. Il défend, pourfend, lutte avec humour et précision
contre la récupération mercantile ou la disparition programmée de cette culture collective
du regard, donc du rapport au monde, que le cinéma, art populaire et sophistiqué, avait
inventée un siècle plus tôt.

De 1985 à 1990, il anime une émission hebdomadaire,
Microfilms, sur France Culture, où il reçoit un invité pour parler de sujets ayant trait au
cinéma. En 1991, il fonde sa propre revue, Trafic, éditée par P.O.L.
Itinéraire d’un ciné-fils est réalisé en 3 jours, en janvier 1992. Il meurt du Sida avant l’édition
du 4ème numéro de Trafic, le 12 juin 1992.