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Revue de presse

Histoires cachées


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Quatre tranches de vie, quatre histoires cachées dans les méandres de la ville, que l’on peut découvrir en suivant une orange, un journal, une boîte d’allumettes ou un stylo. Des objets bien ordinaires qui passent entre les mains de quatre individus tout aussi anodins. Ils ne se connaissent pas. Leurs vies se frôlent parfois, puis s’éloignent. Muni d’un casque audio, le public suit chacun des personnages, tout en entendant leurs moindres pensées. Il entre ainsi dans l’intimité secrète d’inconnus auxquels d’ordinaire il ne porterait pas attention.
Après ses remarquées et remarquables « Demeurées », Begat Theater propose un spectacle sensible, bouleversant au cœur de l’espace public. Une expérience inédite, une fiction dont le spectateur devient un acteur involontaire et inattendu.

- Télérama - Sortir N°3217, 7 septembre 2011

DES SPECTACLES AU MILLIMETRE METTENT CHALON DANS LA RUE

Du 20 au 24 juillet, les arts de la rue ont investi cette année encore et pour la vingt- cinquième fois les moindres parcelles de l’espace urbain.
Un bout de trottoir, de réverbère, de mur. Il suffit de pas grand-chose pour que l’art s‘intègre dans l’urbain. Une intégration qui se mesure à la porosité de l’un à autre, ne supportant aucune seconde de décalage dans le timing. À ce jeu quatre compagnies ont particulièrement brillé. A commencer par le Begat Theater et ses Histoires Cachées, le spectateur, écoutant le texte casque sur les oreilles est invité à suivre dans les rues un objet qui passe entre les mains de différents personnages dévidant leurs pelotes de vie au sein du labyrinthe de l’intime.
Se révèle alors un jeu de miroir à trois facettes : le réel qui s’estompe, le factice du théâtre s’affirmant comme seule véracité, et le regard sceptique de l’extérieur sur ledit spectateur.
Le moi, le ça, le surmoi ?

- Géraldine Kornblum – l’Humanité – 27 juillet 2011

Le théâtre de rue est passionnant quand il trouble les passants et les habitudes.
Ce matin- là, dans un 11ème arrondissement parisien qui se réveillait plutôt mal embouché, le Begat Theater, discrète compagnie des Alpes de Haute-Provence, proposait une déambulation théâtrale, écouteurs sur les oreilles. Un jeu de piste dans lequel il fallait suivre, non pas un comédien (trop facile !) mais un objet passant de la main d’un artiste à celle d’un autre : une orange, un journal, un stylo... Sur le trottoir opposé au nôtre une jeune femme blonde marche, s’arrête, porte les mains à son visage ... Les écouteurs, en voix off nous transmettent ses pensées, en même temps qu’une pop légère.
L’exercice est ludique, voire littéraire, pas spectaculaire pour deux sous, fragile. Tout peut s’arrêter d’un moment à l’autre et les protagonistes disparaître dans la ville. A une terrasse de café, un comédien en costume et la jeune femme blonde se croisent sans un regard. L’orange et le journal changent de mains ... Est-ce l’effet du casque ? Ou l’habitude de regarder le monde à travers un écran ? Nous les suivons, avec l’impression de participer à un tournage. Focalisant notre attention sur la comédienne, comme un chef op cadrerait son image ; réalisant notre propre travelling, au rythme de la déambulation urbaine. Il n’y a pourtant ni technicien, ni clap de fin sur cette « promenade sonore » ... Les spectateurs s’agglutinent. Les passants, les vrais, ceux qui n’ont pas été initiés au jeu, cherchent des yeux la caméra ...

- Mathieu Braunstein – Télérama N° 3209 du 16 juillet 2011