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Places de la démocratie

Edito


Places de la démocratie ! ou Dégage ?

De l’Algérie à la Méditerranée

L’Exclamation n°2, présentée en mars 2012 à Cavaillon et sur le territoire, se nomme Places de la démocratie ! Lorsque nous avons commencé à réfléchir à ce rendez-vous artistique et politique, le point d’ancrage était l’anniversaire des Accords d’Évian, le 19 mars 1962, entraînant l’indépendance de l’Algérie, dernière colonie française. Une date essentielle dans notre histoire contemporaine, mais aussi une histoire qui reste à écrire, à affronter : des milliers de morts, inutiles comme tous les morts des guerres de partout et de toujours, des manifestations réprimées dans le sang des deux côtés de la Méditerranée, des mensonges, des non-dits, des postures politiques, militaires, policières, bien peu glorieuses. Et puis, l’histoire nous a rattrapés. Comment continuer à travailler sur ce seul lien à l’Algérie alors que l’ensemble des pays de la Méditerranée se mettaient en mouvement ? Nous avons alors pensé qu’il nous fallait interroger ce « centre du monde » à partir du fait que c’est là, à l’Agora d’Athènes, qu’il y a un peu plus de 2600 ans s’inventaient à la fois nos démocraties modernes et quelque chose qui ressemble au théâtre que nous pratiquons aujourd’hui. L’élaboration de l’une rendait nécessaire l’existence de l’autre, la liberté de parole du saltimbanque rendait vivable les contraintes acceptées de la cité, la polis.

Censure et autocensure

En concevant une manifestation artistique à partir d’une réalité très politique, il s’agit aussi d’explorer la question essentielle de la parole de l’artiste au XXIe siècle : est-elle plus audible, plus perçante, que celle du journaliste, par exemple ? Censure et autocensure sont-elles plus faciles à « gérer » pour l’un que pour l’autre ? Et aussi, la situation en Méditerranée est-elle différente de celles de nos démocraties occidentales ?

Oui, bien sûr. Quoique.

La première révolution en Méditerranée fut celle du peuple tunisien, marquée par la fuite de Ben Ali le 14 janvier 2011. Le slogan de cette révolution fut le mot « Dégage ! », universellement repris par tous les rebelles, en Egypte, en Libye, en Syrie, au Yémen… Utilisé partout en
français, alors que cette langue n’est pratiquée dans aucun de ces pays, « dégage » devenait le « marquage culturel » de toutes les révolutions. Le point d’exclamation étant déjà présent, il devenait le titre naturel de notre Exclamation. Et puis beaucoup m’ont fait remarquer qu’une manifestation nommée « Dégage ! » présentée en France quelques semaines avant l’élection présidentielle, ne manquerait pas de provoquer quelques réactions ici ou là… Nous avons donc nous-mêmes été atteints par l’auto-censure, et nous espérons bien, avec cette Exclamation, poser la question de l’état de nos démocraties modernes, ici ou ailleurs, dans quelque pays, a fortiori
lorsqu’il borde la Méditerranée, et « a++fortiori » lorsque les rendez-vous électoraux, bases de l’exercice de la démocratie, sont parfois maltraités de ce côté-ci de la Méditerranée.

Rendez-vous au centre de la Place !

Jean-Michel Gremillet