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Pierrot lunatique : le projet


Interpréter Pierrot lunaire aujourd’hui signifie poser un regard sur ce moment où la musique est devenue contemporaine.
A la fois questionner la voix : comment réciter, dire, chanter, parler le « sprechgesang », cette invention
sans suite directe qui pourtant constitue le prélude du théâtre musical ?
La notion même de Cabaret est aussi interrogée : écrit pour Albertine Zehme, actrice ou
plutôt« diseuse » Pierrot lunaire ne transcende-t-il pas le concept de Cabaret ?
Et encore mesurer le rapport à l’expressionnisme et au freudisme : comment ne pas percevoir derrière
cette voix, au-delà de l’orchestration raffinée et troublante, la question du corps des femmes et l’hystérie
si présente dans la société Viennoise du début du siècle ?

S’il s’agit de poser ces questionnements sur le plateau, c’est bien l’oeuvre de Schönberg qui est au
coeur du spectacle ; elle sera jouée dans son intégralité.

Un chef d’orchestre, un metteur en scène et une chanteuse sont au travail pour « rêver » un Pierrot
Lunaire. Mais personne n’est d’accord ! Moment ténu et moderne de musique de chambre pour le chef,
opéra romantique du corps révélé dans l’esprit de la soprano et cabaret raté aux yeux du metteur en
scène qui ne cesse de répéter : « ça ne peut pas marcher… »
Même l’auteur à qui le texte a été commandé a finalement décliné l’invitation.

Autour d’eux le public les voit s’affronter, se questionner, se contourner. Pris à témoin, les spectateurs
sont invités à entrer dans un cabaret qui n’en est peut-être pas un.
Et au fur et à mesure que le geste s’affine, que l’esprit s’éclaire, dans ce travail où participent
l’inconscient et la volonté de tous, s’accomplit la mise en scène de Pierrot lunaire.

Raoul Lay