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Archives saison 2013 - 2014

 
 

Olivier Favier  

Le théâtre récit

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Le théâtre-récit ne se définit pas comme un théâtre pauvre. Mais la nécessité l’a porté aux origines du théâtre. Toute naissance est archaïque.
Le théâtre-récit est une forme dramaturgique simple, portée par un acteur-auteur venu raconter une histoire. Décors et costumes y sont neutralisés : la scène et les vêtements sont sombres, c’est à dire sobres, l’éclairage réduit à l’essentiel. Une chaise est parfois le seul accessoire présent. L’attention du spectateur, si elle doit être, est portée sur l’acteur, sa parole et son jeu.

Dans le théâtre-récit, la beauté, si elle doit être, jaillit de la simplicité. Dans le théâtre-récit, le risque naît de l’union de la parole et du sens. L’acteur-auteur doit trouver une bonne histoire. Ensuite, il doit chercher une bonne manière de la raconter. Matière mouvante, comme la vie. L’acteur-auteur est un artisan.

L’acteur-auteur est un homme à tête d’homme. Son apparence n’importe guère, tant qu’il porte, comme chacun des spectateurs, un minuscule et fragile corps humain. Dans le théâtre-récit, l’acteur-auteur est la figure sous laquelle le juste se rencontre lui-même. Le corps de l’acteur-auteur est le corps d’un homme à tête d’homme. Il n’est pas un instrument, le pélerin d’autre chose. Il ne se montre pas.

Le théâtre-récit est fait par des gens sans uniforme. Ce n’est pas un théâtre politique, mais un théâtre civil. Le théâtre-récit n’est pas le théâtre-document. Le théâtre-récit ne se définit pas comme un théâtre populaire. Mais les histoires qu’il porte sont destinées à tous. À son tour, le spectateur redevient ce qu’il est : un homme à tête d’homme. Le théâtre-récit est tragique en ce qu’il dit l’irréparable d’une mémoire commune.

Le théâtre-récit est épique en ce qu’il relie le passé proche au futur proche dans le présent du récit. Il est épique au sens où l’historiographie est plus qu’une source d’inspiration, un point d’indifférence créatrice.

Le théâtre-récit fait parler les hommes entre eux. L’acteur-auteur porte en lui plusieurs voix. Plus tard, et même beaucoup plus tard, les spectateurs y joignent aussi la leur. Écrit, le théâtre-récit devient livre, alors qu’il n’est ni pièce ni roman. Enregistré ou filmé, il demeure un récit. Ce récit peut-être écouté, parfois, par des milliers d’auditeurs ou des millions de télespectateurs. Dit, il redevient ce qu’il est, à savoir du théâtre.

Le théâtre-récit n’est assurément pas le seul moyen de faire du théâtre aujourd’hui. Mais dans son archaïsme même, sa simplicité sereine, son refus du spectacle, nul doute qu’il porte une nécessité à laquelle le public peut répondre aussitôt. Le public est plus mûr qu’on ne l’imagine, et la question n’est pas de savoir s’il est populaire ou non.

De ce soir-là, chacun se souviendrait d’une chose très simple, archaïque et oubliée : que durant une heure et longtemps par la suite, dans la mémoire et dans les mots échangés, on a pu retrouver ce que parler veut dire.

Olivier Favier – traducteur d’Italie - Brésil 3 à 2

 

 
 
 
 
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