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Archives saison 2007-2008

 
 

Olivier Darné  

Apiculteur urbain

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Pur produit du “9-3”, je ne me considère pas comme « en deuil de campagne ».
Depuis plus de dix ans, ma pratique des images dans l’espace public et ses lieux de frottements urbains, m’a amené à m’interroger sur nos relations à la ville, aux autres, aux espaces et aux temps. Lorsque je découvre l’organisation sociale de la ruche qui renvoie inévitablement à celle des hommes dans la ville, je découvre une manière de poursuivre, avec un autre outil, mon questionnement. Je vois alors à travers l’abeille un « médium » de prospection qui me permettrait de croiser les langages et les disciplines : je ne serai plus un observateur critique du champ urbain et humain, mais peut-être le démultiplicateur d’une cohabitation entre une ressource sauvage de 80 millions d’années et notre genre urbain d’aujourd’hui.
L’écosystème de la ville est alors devenu mon terrain de jeu, avec ses flux, sa faune, sa flore, ses logiques économiques, sociales, politiques, nos « savoirs vivre » urbains…

Que nous raconte l’abeille à propos de la ville ?
L’abeille fait de la ville un miel, résultat condensé de l’espace et du temps de la ville. Dépassant les normes et les standards gustatifs, ce miel révèle les singularités locales et la présence de véritables « terroirs urbains ». Dans les interstices des villes, ses vides pour les urbanistes, l’abeille va trouver des pleins. Et ces anecdotes de butinages éclairent le voyage de graines dont l’homme, plus encore que le vent et les animaux, est devenu le véhicule privilégié. Saint-Denis, par exemple, par sa population, est une ville du voyage, d’où la variété des pollens que l’on y décèle au microscope électronique.
L’abeille qui produit ici jusqu’à 4 à 5 fois plus de miel qu’à la campagne, nous donne à goûter un miel de pays, dit Miel Béton, multi-médaillé depuis plusieurs années au Concours Régional Agricole. Bel éloge de la complexité. Il devient alors possible de manger son quartier et de le comparer à d’autres. De fait, le Miel Béton fait l’objet d’une très forte appropriation de la part des habitants. Un constat qui m’encourage à tenter l’expérience de « cultiver le ciel ». C’est pourquoi je parle de « Zones sensibles », dans le sens de sensibilité, à l’inverse de « quartier sensible », qui laisse entendre que le quartier soit devenu infréquentable, une aberration. Loin d’être redoutable, il y a ici nécessité –et facilité– d’inventer. Le miel, butin du ciel, preuve de richesse, n’est alors qu’une étape.

Olivier Darné

Pour en savoir plus, visitez le site du Parti Poétique

 
 
 
 
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