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Oh Boy ! note de mise en scène


Comment grandir dans l’absence de ses parents ?

Pourquoi Oh, Boy ! ?

Quand on perd un parent, qu’il meure ou qu’il s’en aille, on se sent abandonné. Seul, l’enfant est confronté à des douleurs d’adultes et doit prendre en charge tout ce que l’adulte ne prend plus en charge pour lui. Il doit avancer, se construire, trouver ailleurs ses repères et faire ses choix de vie.

Dans cette construction à l’aveuglette, l’humour est une arme redoutable : elle permet de cacher au monde – et à soi-même – la douleur. Cette arme, c’est celle de Bart. Le silence permet le deuil, et la reconstruction. C’est le choix de Siméon.
Ayant moi-même perdu ma mère enfant, je me reconnais dans ces deux mécanismes.

Bart ayant jusque-là fuit la douleur d’avoir été abandonné par son père, va réparer ses blessures d’enfance en affrontant la réalité de ses frère et sœur, faisant pour, ou avec eux, des choix.
Oh, boy ! , une histoire contemporaine qui raconte le parcours initiatique de Barthélémy, jeune homme encore enfant.

J’ai envie d’oser aborder avec les plus jeunes des thèmes sensibles comme les secrets de famille, l’homosexualité, ou encore le suicide d’une mère, la difficulté de l’adoption, la maladie… Mais la force de cette histoire, c’est l’humour qu’apporte, envers et contre tout, le personnage de Bart. Profondément ancré dans la réalité des situations, sa personnalité de diva égocentrique, sa lâcheté, sa maladresse et sa force absolue de dérision nous permettent de prendre de la distance, de rompre purement et franchement certaine émotion dramatique par un trait d’humour qui permet d’avancer.

J’ai envie de raconter l’histoire de cette fratrie avec l’humour et la légèreté dont fait preuve le personnage de Barthélémy, comme une proposition de point de vue sur comment prendre la vie.

Comment ?

Barthélémy est seul en scène. Parce que c’est lui que cette histoire fait grandir et change fondamentalement, c’est son point de vue qui m’intéresse. Le comédien passera donc d’un registre à l’autre (conteur/acteur).

Pour raconter son histoire, quelques objets : support d’images, permettant des changements d’échelle et de temps. Dans le théâtre d’objet, quelque chose d’insignifiant devient porteur de mémoire. L’objet, parce qu’il fait partie du quotidien de chacun et parce qu’il concentre infiniment le focus du spectateur, crée une relation de complicité intime entre la salle et la scène. Il est le point de rencontre à partir duquel on s’évade, une clef vers l’univers de l’enfance et notre imaginaire collectif. Mais parce qu’il n’est, au fond, qu’objet, il permet aussi -comme la dérision de Barthélémy - le décalage, dédramatisation immédiate des images et des émotions quand nécessaire.

Seule au centre du plateau, une armoire.

L’armoire est un meuble qui nous accompagne tout au long de notre vie. Enfant, on y cache ses secrets. Adulte, on y fait un peu de place lorsqu’on invite quelqu’un à partager sa vie. On y entasse des souvenirs qu’on viendra rechercher plus tard. C’est là que l’on dépose ses affaires lorsqu’on s’installe dans un nouveau lieu, même provisoire, comme une chambre impersonnelle d’hôtel ou d’hôpital ; On y dépose un peu de son intimité.
La notre est une vieille armoire de chambre d’enfant.
Barthélémy tourne autour, joue avec elle sans oser l’ouvrir, de peur d’y découvrir des secrets sur ce passé qu’il préfère – pour l’instant- laisser derrière lui.
Manipulée par le comédien, l’armoire devient table, lit, mais aussi route, porte d’hôpital, cercueil… le comédien est tantôt devant, derrière, au dessus… elle symbolise l’intimité du personnage ou encore la charge qui lui tombe dessus lorsque ces trois enfants entrent dans sa vie.
Les mouvements de l’armoire dessinent les différents espaces du spectacle, ils suivent les temps forts du récit et accompagnent les étapes importantes de l’évolution du personnage.
Au bout de son parcours initiatique, devenu un homme, Barthélémy ouvre son armoire (comme il ouvrirait une valise) : elle est pleine d’objets d’enfants, qui trouvent enfin leur place, chez lui.

Trois boites noires suspendues entourent l’armoire.

Elles sont comme les étagères de la chambre où Bart va déposer les jouets qui vont remplir sa vie. Isolés par la lumière, ces minis plateaux flottants sont le théâtre de scènes intimes entre le comédien et les objets, entre Bart et les enfants. Quelques Playmobil sur une ardoise deviennent les élèves de la classe qui accompagnent Siméon dans la maladie. Un Donald culbuto est Morgane et ses pleurs incessants. Trois livres, de trois tailles différentes signifient les trois enfants dont Barthélémy va nous parler, etc.

Pour partenaire de jeu également, une petite chaise d’enfant.

Elle devient tour à tour Venise, Morgane, la juge ou même Siméon. Le rapport d’échelle entre le comédien (1,93 mètre) et la toute petite chaise renforce le côté enfantin de Barthélémy et donne une grande tendresse aux images scéniques.

Olivier Letellier