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Oh Boy ! note d’intention


L’histoire de trois enfants adoptés dans un monde de tragédies, d’insouciance et de rires.

Le roman raconte l’histoire de la fratrie.
Nous, nous avons décidé de raconter l’histoire de Bart, parce que cette histoire lui arrive autant à lui qu’à eux et que fondamentalement, intrinsèquement, c’est lui qu’elle bouleverse et change.

Bart nous raconte l’histoire de la fratrie et, à travers elle, sa propre histoire. Il est seul en scène et tout ce qu’il nous dit passe forcément par son prisme à lui. C’est son point de vue que l’on traite, uniquement. Parfois narrateur, parfois personnage, il imite aussi « les autres » pour nous les rendre plus présent. Et pour nous raconter son histoire au mieux, Bart va se servir des objets qui l’entourent (cf. notes de mise en scène).

Dans le roman Le liseur Bernard Schlink écrit : « fuir, c’est aussi arriver quelque part ». Cette phrase pourrait être la devise de Bart, au début de l’histoire.
Parce que son père l’a abandonné avant même sa naissance, et que sa grande demi-sœur Josiane, ophtalmologue respectable, trouve tout ce qu’il fait pathétique, puéril et sans intérêt, Bart a développé, telle une muraille de protection, une insouciance à toute épreuve. Oui, il est irresponsable, et alors ? Quand on ne prend pas de responsabilités, on peut se permettre d’être irresponsable, non ?
Tournant tout en dérision, refusant responsabilités et engagements, Bart avance dans la vie avec désinvolture, prenant les directions qu’il prend non pas par choix mais pour en fuir d’autres. À 26 ans, il n’a ni job fixe, ni relation établie, ni point de vue particulier sur rien et toujours peur de se faire engueuler par ceux qu’il considère encore être « les adultes ». Mais Bart est beau et drôle. Sa maladresse est touchante et son irresponsabilité, attendrissante. Tout le monde s’attache à ce Peter Pan qui refuse de grandir. Les femmes ont envie de le protéger. Les hommes d’être « son pote ». Tout le monde aime Bart, c’est comme ça depuis toujours.

Mais derrière la muraille, Bart a un cœur en or qui ne met pas longtemps à s’ouvrir au contact de cette fratrie qu’ on lui impose.

Au fur et à mesure de l’histoire, Bart va devoir être responsable, jusqu’à vouloir l’être.
Il va vouloir trouver l’adulte en lui, être l’adulte pour ces enfants. Et il va se rendre compte qu’être adulte, ce n’est pas forcément correspondre à quelque chose de particulier, mais simplement apprendre à être là, à se construire la vie qu’on se décide.

Ce qui m’intéresse personnellement dans cette histoire, au-delà du parcours initiatique de Bart, c’est la relation Bart/Siméon. La façon dont cet adulte puéril et cet enfant trop adulte vont chacun apprendre l’un de l’autre, le premier à être plus adulte et le deuxième à être plus enfant. J’aime le silence de Siméon, la façon dont il provoque Bart, lui qui n’est que bruit, bruit à tout prix pour remplir le temps et l’espace, bruit pour justifier qu’il est en vie, bruit pour fuir le vide et les pensées douloureuses. Siméon, lui, n’est que pensées, raison. Siméon assure, assume, décide et gère pour lui, pour ses sœurs et parfois pour Bart, le rôle que ses parents ont abandonné.

Dans le récit de Bart, le silence de Siméon trouve sa place et le révèle.

Catherine Verlaguet