archives
ss
ce

Note d’intention


Ce qui m’intéresse dans ce rapport aux tout-petits, ce sont les interlocuteurs qu’ils représentent, tendres et sans code. Sans code de l’écriture – le sens d’un mot –, sans code de la « bonne tenue », de l’applaudissement… Soit une vraie zone vierge à laquelle nous devons nous confronter… tout en douceur et en respect, dans le sensible plus que dans le sens, dans l’atmosphère plus que dans le mental.

Il s’agit donc d’écrire, de mettre en scène, de lier… sans rien raconter, ou tout du moins sans chercher à raconter. Pas de début, donc, pas de milieu, et surtout pas de fin. Il s’agit donc de parcourir, ensemble, un espace-temps qui s’étire…, et faire en sorte que nous baignions tous dans une atmosphère fragile, dense autant qu’éphémère, où tout ne serait que suggéré, ouvert à de multiples interprétations ; où rien ne serait dit.

Pour ce faire, je cherche à créer des images, à travailler des sons, à proposer des gestes, à offrir des matières… Je suscite le regard, j’approche la tendresse et je rentre en osmose… sur le simple alibi d’un temps de spectacle, un temps où des artistes agissent au plus près de ce spectateur parmi les plus délicats, dans la plus grande intimité, la plus grande protection... possible.

L’enfant est ici le vrai spectateur, auquel nous devons une exigence artistique absolue, touchant et remuant des éléments fondamentaux de notre « être là », vivant, humain, sensible, en apprentissage à l’autre juste à côté, et au monde tout entier.

Cela implique une motivation intègre, un engagement entier, un désir profond… pour retrouver en nous cette réceptivité et cette perception du monde tout à fait essentielles qui sous tendent l’état d’enfance, notre enfance...

Il est délicat pour un artiste de se livrer ainsi, de se (re)trouver ainsi. Les artistes à l’oeuvre sont par essence fragiles, en hyper sensibilité, or il se peut qu’un enfant pleure, crie, bouge… C’est là la façon qu’ont les enfants d’exprimer ce qu’ils ressentent : la libération d’une angoisse, la manifestation d’un intérêt, d’un enthousiasme… ou d’un ennui. L’essentiel, alors, ici, est de ne pas laisser le tout petit se sentir seul. Notre rôle d’adulte est de l’accompagner, de le rassurer sur
ce moment qui, nous le souhaitons, touche directement à sa vie, à notre vie, aussi.

On est dans une transmission… sensible.

Jean Pascal Viault
Directeur de L’Yonne en scène
Auteur et metteur en scène