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MAGUY MARIN UMWELT

DANSE


Umwelt n’est pas de la danse, mais un fantastique jeu de miroirs et d’illusion, une réflexion sur l’état du monde, sur le temps et la banalité du quotidien, sur la fiction et la réalité.

Cette création, en collaboration avec ses neufs interprètes relève d’un domaine totalement insolite et original.

Un cru exceptionnel.

Extrait « Le Cyclone Marin » - critique de Marie-Christine Vernay
(Libération, mardi 14 décembre 2004)

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RETROUVEZ MAGUY MARIN DANS LA SAISON 06.07

Jeudi 1er mars 2007, pour sa nouvelle création : Ha-Ha

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Avec « Umwelt », sa dernière création, la chorégraphe présente un spectacle battu par le vent, où les danseurs se cantonnent aux coulisses.
Tout est calé, scotché en fond de scène. Des panneaux métalliques séparés par des interstices servent à la fois de décor et d’accessoires. Dès les premiers accents de guitare électrique, ils se mettent à vibrer. Un fort vent souffle de cour à jardin. Il ne fait pas bon se balader. D’ailleurs, il n’y a plus de dehors, plus de rue, de promenoir. Le dehors, c’est la scène elle-même et l’avant-scène abandonnées, espaces morts, inhabités.
Avec Umwelt (« l’environnement »), sa récente création présentée au Toboggan de Décines (Rhône), avec la Maison de la danse de Lyon, Maguy Marin tape fort. La façon de cantonner « l’action » dans le fond, de faire de la coulisse même l’objet du spectacle et de la mise en scène est déroutante.
La radicalité du dispositif, qui induit celle de la chorégraphie, des danses et de la musique, ne plaît pas à tout le monde. La salle se vide. Des spectateurs tentent même d’interrompre ce qu’ils jugent ineptie. Il est rare qu’un spectacle déclenche autant d’ire. Est-ce le principe minimaliste répétitif, développé par une Lucinda Childs dans les années 70 ? Celui de l’accumulation (répétition, série et addition) systématisé par Trisha Brown dans les mêmes années. La déhiérarchisation, visible autant dans la manière d’occuper l’espace que dans la relation entre les danseurs ? La saturation sonore ? On ne sait, sinon qu’on est face à un des spectacles les plus forts de ces dix dernières années. D’autant plus intense qu’il ne met rien en avant, qu’il ne privilégie rien, paraît étale.
Toute la mathématique du projet se déploie latéralement. Ce que l’on voit fait l’effet d’un zapping. Apparaissant et disparaissant derrière les panneaux, danseurs et autres intervenants se glissent par les fentes. Ils marchent contre le vent. Portent des costumes divers, qui vont du bleu de travail à la djellaba, de la jupe courte à la toge, en passant par des panoplies de roitelet. Ce sont les points de vue et les images du monde. Le mouvement est ininterrompu. Et là, se loge toute la danse. Parfois aussi, un individu se détache et foule la scène, droit comme un « i », de face et immobile. Les uns après les autres, ils se présentent ainsi dans le silence gestuel. Derrière eux, au lointain, cela vit encore, clignotant comme la guirlande d’une fête qui ne voudrait pas finir. Pas gênés, les fêtards jettent des résidus sur la scène qui devient une sorte de poubelle.

Marie-Christine Vernay
dans Libération, mardi 14 décembre 2004