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Archives saison 2013 - 2014

 
 

Living !  

Note d’intention

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L’idée de ce spectacle est née d’une part de ma fréquentation assidue des textes
de Julian Beck et de Judith Malina, découverts il y a maintenant une vingtaine d’années à ma sortie du Conservatoire, et d’autre part du plaisir de leur confrontation avec une équipe de très jeunes comédiens qui sortent eux mêmes de l’école du TNB et qui vont construire le théâtre de demain.
Le processus du travail est né de là : dans un premier temps une immersion dans quatre textes édités en France (malheureusement épuisés et pas réédités) La Vie du Théâtre de Julian Beck, Entretiens avec le Living Theatre de Jean-Jacques Lebel, Chants de la Révolution de Julian Beck et Théandrique
de Julian Beck.

La première phase du travail eut lieu l’été dernier à Avignon pendant le Festival, il était important de commencer le travail au plateau là où s’est nouée une partie de l’histoire
du Living Theatre avec sa perception
en France, je veux parler de l’affaire Vilar-Beck qui cristallisa quelque chose d’un tournant d’une histoire du théâtre contemporain
en 1968 (le départ du Festival de la troupe qui devait y jouer Antigone et Paradise Now).

Les jeunes acteurs ont alors mis en jeu plusieurs heures de spectacle possibles avec des choix très personnels et libres. Nous n’avons rien voulu nous interdire, assumer d’entrer dans le spectre très large de ce que Beck et Malina cherchent, questionnent au carrefour du geste artistique et du geste politique. Le pari est alors de tenter d’échapper au théâtre documentaire d’une part et à l’hommage ou à la nostalgie (Judith Malina : « la nostalgie est réactionnaire ») et de porter cette parole au présent.

La seconde partie du travail à Rennes a consisté à couper dans l’important matériau et à assembler les textes en s’astreignant à ne rien construire de didactique ou de chronologique mais en nous rapprochant d’un abécédaire, d’un spectacle avec différentes entrées possibles, garder une légèreté dans le geste.

Comment résonnent les mots de Julian Beck et Judith Malina ? Comment sont-ils encore vivants portés par de jeunes acteurs qui y trouvent des échos intenses dans leur propre chemin d’artiste en construction ? Alors que le Living Theatre est encore réellement vivant : Beck est mort mais Malina a continué le voyage hors des sentiers de l’institution sans rien abandonner de cette certitude et de ce leitmotiv brandi comme un étendard : la nécessité de changer, de transformer toujours les modes de travail, les rapports au public.

Car c’est bien la question du public qui obsède le Living, c’est le centre de leur quête et leurs différentes métamorphoses, de la rencontre de Judith et de Julian à New York
en 1943 jusqu’à leurs pérégrinations récentes très loin des chemins institutionnels, qui sont le témoignage de cette inquiétude active première : qui va au théâtre et qui n’y va pas ? Comment briser les barrières ?

L’image de l’aventure du Living a souvent été réduite, caricaturée et l’un des enjeux de notre travail n’est, ô grands dieux, non pas une forme de réhabilitation mais un regard porté sur les contenus, la pensée, les rêves d’hommes
et femmes de théâtre qui sont nos contemporains proches et qui nous rappellent
des chemins que nous oublions parfois.

Stanislas Nordey

 

 
 
 
 
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