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Les Maisons d’enfants en France après la seconde guerre mondiale


Au lendemain de la guerre, les organisations
juives de France se retrouvèrent face au
désarroi de nombreux orphelins, fils et filles
de déportés juifs, la plupart d’origine polonaise,
russe, roumaine mais également salonicienne
ou apatride (Allemands du Reich).
Diverses associations, actives depuis l’entredeux-
guerres, organisèrent des structures
afin de les recueillir, de leur donner une éducation
et une formation pratique, de les insérer
dans la société française tout en leur
offrant la possibilité de se rattacher au judaïsme.
Elles étaient financées majoritairement
par les associations juives américaines (en
particulier le Joint) avec l’aide de l’État.

Il y eut une cinquantaine de ces maisons
d’accueil en France, pour environ 3 000
orphelins de la Shoah. L’histoire de ces « 
maisons de l’espoir » débute pendant la
guerre après les rafles de 1942, lorsque les
associations juives et non juives prennent
conscience de l’urgence de cacher les
enfants. En zone occupée, des réseaux se
constituent sous l’impulsion du Comité de la
rue Amelot, des Éclaireurs israélites, des
groupes Solidarité proches des Juifs communistes,
et grâce à la mobilisation de la population
non juive. En zone sud, seule l’OSE
(oeuvre de Secours à l’Enfance) et dans une
moindre mesure les EIF ont la capacité d’ouvrir
des maisons.

Pendant la guerre, ces lieux ont accueilli jusqu’à
1 000 enfants jusqu’à leur fermeture à la
fin de l’année 1943, et l’on considère en outre
que plus de 10 000 enfants en France ont pu
être cachés chez des particuliers ou dans
des institutions religieuses, ou encore passés
en Suisse et sauvés ainsi des griffes du
nazisme et de leurs auxiliaires français. Mais
on compte également 9 600 enfants juifs de
moins de 16 ans déportés vers les camps de
la mort.

À la fin de la guerre, l’objectif de ces associations
fut de rassembler les enfants éparpillés
dans les campagnes, dont beaucoup
d’orphelins désormais. Ces enfants, qui
représentaient après la Shoah l’avenir et l’espoir
de la survie du peuple juif en France,
seraient élevés et éduqués en collectivités.
Chacune a son projet, en fonction des
grandes orientations qui ont toujours uni et
divisé le peuple juif : traditionalistes ou
laïques, inscrites dans un mouvement
politique ou simples oeuvres d’assistance.
Elles sont pluralistes à l’OSE (oeuvre de
Secours à l’Enfance) implantée en France
depuis les années trente, sionisantes à
l’OPEJ (oeuvre de Protection de l’Enfance
juive) rattachée, de même que la Colonie
scolaire, à la Fédération des Sociétés Juives
de France représentant les juifs immigrés
non communistes.

Les maisons communistes regroupées dans
la Commission Centrale de l’Enfance (CCE)
sont une émanation de l’Union des Juifs pour
la Résistance et l’Entraide (UJRE), très
implantée dans le monde yiddishophone,
lecteur de la Naïe Presse. Le petit Cercle
amical bundiste revendique également une
appartenance politique socialiste, mais se
rattache au judaïsme par le biais de la
langue et de la culture yiddish. Ces lieux de
vie, avec leurs ambiguïtés, leurs échecs et
leurs réussites, ont tous eu la même volonté :
rendre aux orphelins sortis de leurs
cachettes après la guerre une identité qui
leur fût propre, leur donner un cadre de vie
spécifiquement juif et les élever dans un défi
commun à la Shoah.

- D’après Kathy Hazan, Les Orphelins de la Shoah
(Les Belles Lettres, 2000)