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Le spectacle

Il n’y a pas de coeur étanche


Un an à l’hôpital à tisser des liens forts et parfois inattendus, à recueillir des récits de vie et des images qui ne l’étaient pas moins : restait dès lors à écrire, composer, concevoir la dramaturgie et la scénographie du spectacle à venir, sélectionner et monter les images de scène, le tout avant la résidence de création. Restait aussi et surtout à être à la hauteur de ce que les patients avaient livré et donné d’eux-mêmes…

Épaulés de Ninon Brétécher à la mise en scène, de Sam Babouillard au son, de Emanuelle Petit pour la lumière et la scénographie, de Antoine Dezelli pour le traitement de la vidéo, Julie Rey et Arnaud Cathrine ont construit une histoire qui commence comme un documentaire, le documentaire rétrospectif de ce qu’ils ont vécu : deux artistes pénétrant dans un hôpital psychiatrique et cherchant, quatre saisons durant, pour quelle raison intime ils ont souhaité passer cette frontière.

Mais ici s’arrête l’aspect documentaire puisque Arnaud Cathrine et Julie Rey ont choisi de jouer sur scène tour à tour tous les rôles : le leur bien sûr mais également celui des patients qui ont accepté de faire connaissance avec eux. Le tout accompagné en musique, de là à cultiver encore et toujours l’interdisciplinarité que les deux artistes ont déjà exploré sur leurs projets antérieurs, Charlotte Mildray et Frère animal.

Dont acte. Un mur de tulle accueille la vidéo. Un piano. Une guitare. Quelques samplers. Et deux corps ouverts. Échanges, dialogues, monologues entre Julie, Arnaud et les patients se muent en chansons, pièces musicales et moments théâtraux avec pour décor la vie de l’hôpital en projections et les visages qui racontent à eux seuls bien des histoires.

Automne, hiver, printemps, été. Quatre saisons durant lesquelles Arnaud et Julie font la connaissance de cinq « personnages » : Nora (une femme perpétuellement en fuite et sujette à un profond
sentiment de disparition à elle-même), Kléber (psychotique dont les délires verbaux côtoient de façon troublante le jaillissement poétique), Virgile (jeune homme aux prises avec son « éonisme » et donc la femme qui est en lui) et Héloïse (une mère qui bataille avec le souvenir de son fils disparu)…

« Chaque fois que nous venons ici, nous nous posons toujours la même question : pourquoi vous et pas quelqu’un d’autre… Vous, eux… Pourquoi pas nous ? », se demandent Julie et Arnaud. Nora n’a qu’une réponse : « Ça pourrait vous arriver… Nous sommes tous des bilans provisoires. »

Car c’est bien ça, au final, l’hôpital psychiatrique : un creuset d’histoires simples, c’est-à-dire tout simplement humaines. Et aussi beaucoup plus de lumière et de sourire qu’on ne l’imagine d’ordinaire...