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Archives saison 2014 - 2015

Le miroir de Jade (cliquez pour agrandir)
 

Le miroir de Jade  

Entretien avec Sandrine Bonnaire

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Quel est votre rapport à la scène ?

En 1989, j’ai joué au théâtre une pièce de Brecht, La Bonne Âme du Se-Tchouan,
mise en scène par Bernard Sobel à Gennevilliers. Cela a été une aventure extraordinaire : c’était une pièce de 4 heures, je jouais deux personnages, un homme et une femme, j’étais en scène tout le temps… Un vrai beau voyage. Ensuite j’ai arrêté pendant très longtemps : j’ai eu des enfants et l’idée d’aller tous les soirs au théâtre ne me plaisait pas. Peu à peu le trac s’est installé et j’ai eu peur de revenir à la scène. Et puis, il y a deux ans, j’ai fait une lecture, des reprises de textes du film Jeanne d’Arc de Jacques Rivette mis en scène et en musique par Jordi Savall. À nouveau un moment très fort : la lecture était accompagnée de musique, j’étais entourée de musiciens extraordinaires.
En ce moment, je vis la scène d’une autre manière. J’ai fait un duo avec Jacques Higelin sur son dernier album et je suis en train de réaliser un documentaire sur lui. Parfois, quand il est en tournée, je filme et je chante avec lui sur scène la chanson que nous avons faite ensemble et cela me plait énormément ! Le rapport à la scène revient et me donne envie d’y revenir.

Comment est né le projet d’une collaboration artistique avec Raja Shakarna ?

Nous nous connaissons depuis que j’ai 10 ans et nous avons toujours partagé de grands moments de danse. Elle voulait être comédienne et moi, danseuse. Raja a fait son parcours dans la danse et moi, j’ai fait par hasard du cinéma. La danse ne m’a pour autant jamais quittée. Le Miroir de Jade est né de cette complicité entre Raja et moi. On a toujours échangé physiquement et verbalement sur le corps. Dans mon parcours, il m’est arrivé par ailleurs il y a quelques années un traumatisme, j’ai été très violemment agressée. J’ai alors été amenée à réparer, soigner toutes ces blessures. J’ai dû me réparer physiquement. En faisant ce travail de rééducation, j’ai développé la conscience de mon corps et je le connais dans ses moindres détails.
Nous avions beaucoup échangé avec Raja à ce sujet, et trouvions intéressant de construire une histoire à partir de ce parcours : un corps brisé, un mental brisé aussi. Une femme qui se relève doucement, grâce à d’autres, grâce aussi à la force que le corps implique car il est vraiment magique.

La question de ce corps, pesant, est au premier plan dans le spectacle. Un corps qui, petit à petit, va se libérer. Qu’est-ce que cela implique dans votre travail d’actrice ?

J’aborde toujours mon métier d’actrice en rapport avec le corps, même en tant que réalisatrice. Lorsque j’ai réalisé un film de fiction, j’ai dirigé mes acteurs sur le plateau non pas sur l’aspect psychologique, travail qui se fait pour moi en amont avec l’écriture mais sur la gestuelle, le rythme du corps. De même, quand je lis un rôle qu’on me propose, je me crée des images, je me dis que c’est quelqu’un qui se tient droit ou au contraire quelqu’un de voûté, ou qui marche vite… Je mets comme ça plein de petits éléments qui m’aident à créer le personnage. Pour Le Miroir de Jade, c’est un peu pareil. La première partie tout du moins. Car la fin, elle, se termine en feu d’artifice, de l’ordre de la danse, une véritable chorégraphie.
Avant, il s’agira plus de s’exprimer par le corps. Cela va être assez physique. Beaucoup de choses vont être au sol, mais comme j’ai fait de la capoeira, c’est quelque chose que je connais.

Spectacle de danse alors ou spectacle de mouvements ?

C’est avant tout une histoire, celle d’une femme détruite qui vit une renaissance. Cette histoire passe par le corps mais aussi par la voix : du souffle, des rires… C’est un mélange de comédie, de mime, de danse… Un personnage certes muet mais qu’on entend quand même. Pour créer ce personnage, il faut connaitre la danse, avoir la notion du corps, des appuis. Je vais avoir deux mois de préparation et trois semaines de travail sur des mouvements très précis.

Avez-vous déjà une idée de ce que sera la mise en scène du spectacle ?

Oui, Raja travaille toujours très en amont : le décor, la lumière, la prise d’espace, les gestes mêmes … Nous travaillons déjà ! Raja est très passionnée, et il s’agit, de plus, de notre projet à « nous deux ». Elle sait quels sont les enjeux pour moi de ce retour à la scène et veut arriver à la proposition artistique la plus juste qui croisera les univers de la danse, du théâtre et de la musique.

Interview réalisée par Catherine Ailloud Nicolas – décembre 2013

 
 
 
 
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