archives
ss
ce

Le cantique des cantiques/Hommage à M. Darwich

Genèse du projet


Pourquoi cet hommage à Darwich, et pourquoi le Cantique des cantiques ?

Le mieux est peut-être que je raconte ce qui ressemble bien à une histoire. Il y a d’abord cet appel téléphonique, un jour (nous sommes en 2001) d’Alain Bashung, qui me propose de l’aider à concevoir sa cérémonie de mariage avec Chloé Mons. Il ne s’agira pas d’une cérémonie religieuse, mais il souhaite tout de même qu’elle ait lieu dans une église d’Audinghen, dans le Pas-de-Calais. Le curé est d’accord, mais Alain souhaite que nous enregistrions une maquette et que nous la lui présentions pour le rassurer.
Mon ami Olivier Cadiot vient de participer à l’énorme entreprise de la Bible Bayard, avec d’autres écrivains contemporains. Sa traduction magnifique du Cantique est achevée et je la propose à Alain et Chloé. Nous enregistrons chez moi une maquette de cette lecture accompagnée d’une musique que j’ai préparée la veille. La séance est mémorable : partis pour enregistrer un extrait du texte, nous sommes tous trois emportés et la version dure plus de vingt minutes. C’est elle que nous avons jouée ensemble à leur mariage devant une centaine de personnes.

C’est cette même version qui paraît ensuite, à la demande d’Alain et Chloé, sur mon label Dernière Bande et aux éditions Bayard. Elle figure également dans l’intégrale d’Alain parue chez Barclay. La circonstance privée a donc donné lieu à un disque qui circule et parvient un jour aux oreilles d’Élias Sanbar. Détail pour moi extraordinaire, c’est par Jean-Luc Godard qu’Elias Sanbar a pris connaissance de notre « version » du Cantique.
Il se trouve que j’ai découvert chez mon ami Francis Bueb, à Sarajevo, le film Notre Musique de Godard où figure ce très beau passage d’un entretien de Darwich avec une étudiante juive filmé dans l’aéroport de Sarajevo.
C’est d’abord par ses entretiens, plus que par sa poésie, que j’ai pour ma part découvert l’immense Mahmoud Darwich.

Pour poursuivre l’« histoire », Elias Sanbar prend un jour contact avec moi via un ami commun, Alain Milianti. Nous dînons ensemble et évoquons l’éventualité d’un travail musical autour d’un texte de Darwich traduit par Sanbar, qui s’intitule S’envolent les colombes et dont Elias souligne l’incroyable proximité avec le Cantique.
Une mise en miroir des deux textes mis en musique pourrait avoir lieu à Paris et à Ramallah. Cet hommage ne put être rendu du vivant de Darwich.

Ce projet, continue de me hanter, et je l’évoque notamment auprès de Rayess Bek, jeune musicien venu de Beyrouth, rencontré à Marseille en juin 2009.
Lorsqu’Yvon Tranchant, directeur de la Scène Nationale de Sète, me propose une série de créations en 2010, c’est, je crois, le premier projet dont je lui parle.
Le concert est créé en mars 2010 sur le plateau du Théâtre Molière à Sète. Le Cantique est repris, remusicalisé, dans une version à deux voix, le texte hébreu est récité par Ruth Rosenthal, du groupe Winter Family. En miroir, le poème de Darwich est mis en musique et déclamé en arabe par Rayess Bek.
Les musiciens que je convie pour cette création s’imposent vite : Julien Perraudeau est le bassiste et claviériste qui m’accompagne régulièrement au sein de mon nouveau trio. Yves Dormoy, électronique et clarinette, est le musicien-compositeur avec lequel s’est développé le projet Planétarium. Nous venons notamment d’achever une tournée avec des musiciens ouzbeks.
Mehdi Haddab, extraordinaire joueur d’oud, a été le partenaire clé du projet Before Bach et nous avons souvent joué ensemble. Il a également accompagné Rachid Taha et développe son propre projet, Speed Caravan, dont l’album a été en grande partie enregistré au studio Klein Leberau de Sainte-Marie-aux-Mines.

De Darwich, je citerai simplement cet extrait de ses Entretiens sur la poésie, parus aux éditions Actes Sud :
« Comme vous le savez, j’ai fait mes études dans une école israélienne, et certains livres de l’Ancien Testament étaient au programme en hébreu. J’ai lu la Bible en tant qu’oeuvre littéraire, et non comme une référence religieuse ou historique... Trois textes de l’Ancien Testament sont hautement poétiques, et dénotent une profonde expérience humaine : Job, l’Ecclésiaste, et le Cantique des cantiques... Le Cantique des cantiques est considéré par les plus grands poètes du monde comme un pur chef-d’oeuvre... Il a des antécédents en Egypte pharaonique et en Mésopotamie. »

Rodolphe Burger