Le canard confi.né #8

 

vendredi 15 mai 2020

L’accueil des groupes scolaires rythme habituellement le quotidien de La Garance. C’est même une forme de rituel dans lequel l’ensemble de notre équipe s’implique. Que ce soit en journée, lors de représentations qui leur sont dédiées, dès la maternelle ou, pour les collégiens et lycéens, en soirée, mêlés à la communauté des spectateurs. Il faut imaginer les plus petits découvrant La Garance, à la fois excités et impressionnés, pénétrant en salle à pas plus ou moins assurés, laissant derrière eux des montagnes de manteaux ; leur enseignant.e avec eux, plus ou moins rassuré.e. Il faut imaginer aussi, les soirs de spectacle, des lycéens pique-niquant dans le hall, partageant le plaisir simple d’une sortie entre amis comme ils vont au cinéma ou au fast food, mais certains habillés comme un dimanche, car « ils vont au Théâtre » ; leur enseignant.e pas trop loin, mais assez pour qu’ils puissent goûter à une forme d’indépendance. Aujourd’hui, La Garance ne résonne plus de ces bruits d’enfants et d’ados, qui quelquefois brisaient le silence, mais qui aujourd’hui nous manquent cruellement.

Depuis mi-mars, nous ne voyons également plus les enseignants, qui sont nos partenaires parmi les plus nombreux, fidèles, engagés, et que l’on a quotidiennement au téléphone ou par courriel. Car il en faut, de l’engagement, pour accompagner sa classe au Théâtre, animer une option ou un atelier artistique, susciter l’adhésion des élèves, et de leur famille.
Depuis mi-mars, tous les accueils de classe ont été annulés, ainsi que les ateliers de pratique artistique, les formations enseignants, les rencontres avec les artistes...
Depuis mi-mars, nos amis enseignants jonglent avec des emplois du temps dantesques, des outils numériques pas toujours adaptés, des élèves n’ayant pas toujours la possibilité de s’y connecter. Mais ils s’adaptent, déploient des trésors d’inventivité et de patience, ne lâchent pas. Leur mérite est immense, et tous les soirs à 20h, nous avons aussi une pensée pour eux.

Les visioconférences rythment désormais mes journées. Plaisir (partagé je pense) de revoir les élèves, de s’entendre dire "merci" parce qu’on vient de répondre à une question, de sentir la difficulté (surtout pour les 6èmes) à couper le lien en fermant la fenêtre de l’ordinateur...Mais on le sait bien, on ne les récupère pas tous, ceux qui peinaient en classe ne sont pas connectés et malgré un travail formidable des surveillants qui appellent chaque famille régulièrement, on les perd... Les difficultés techniques accroissent les inégalités, l’outil est devenu indispensable et isole ceux qui n’en possèdent pas ou qui le maîtrisent mal.
Et puis les mails, la quantité de mails à gérer, en plus des corrections et des cours, pour apaiser les angoisses, pour aider, pour maintenir ce lien si précieux et si fragile à la fois.
Karine, enseignante en collège

Depuis mi-mars, les artistes intervenants n’interviennent plus, dans les options et ateliers, pas plus qu’ils ne peuvent répéter ou jouer. Même si, là où c’est possible, ils font pratiquer le théâtre aux élèves en visioconférence, le plus souvent, toutefois, le confinement a eu raison de la pratique artistique…

Depuis mi-mars, donc, il n’y a plus cette relation entre La Garance, l’école et les artistes, qui nourrit habituellement notre quotidien. Chacun, médiateur, enseignant, artiste, est isolé dans son environnement de proximité, sans possibilité encore de se retrouver. C’est ce qu’exprime avec beaucoup de justesse et de poésie Isabelle Olivier, enseignante en classes préparatoires au lycée Mistral, dans sa lettre que nous publions sur ce même blog.
Elle revient également sur la douleur, partagée par tous, de l’impossibilité pour les élèves de restituer leurs travaux, prévus en mai et juin, et eux-aussi annulés. Des élèves qui, avec leur enseignant.e et les artistes, ont travaillé tout au long de l’année avec, en ligne de mire, une présentation publique sur le plateau de La Garance, lors de la semaine des Prémices. La Garance ne résonnera pas de leurs angoisses, de leurs fulgurances, de leurs espoirs, de leur enthousiasme, mais aussi de leur fierté légitime.

C’est un désarroi que de se retrouver avec des textes annotés, des bouts de scènes filmés, des morceaux de musique, tout ce qui portait la promesse d’un rendez-vous festif et attendu…Il a fallu se persuader soi même de l’annulation, relire dix fois les annonces nous disant qu’effectivement les prémices n’auront pas lieu. Et ensuite en avertir les élèves, leur dire que tous les efforts fournis cette année constitueraient un beau parcours plutôt que d’aboutir à une destination. Les réactions des élèves, on ne les a pas vu, certains ont écrit à la fois leur déception de ne pas jouer et leur plaisir d’avoir fait un joli bout de chemin tout de même. Ce qui nous manque à tous enseignants et élèves c’est évidemment de se revoir. Pour en parler, pour conclure, pour envisager des rebonds prochains ou pour se dire au revoir. On espère tous qu’on aura cette occasion, d’être de nouveau ensemble. Peut être en juin, peut être masqués, peut être à distance mais en troupe !
Catherine, intervenante artistique en option Théâtre

Alors que les enfants reprennent le chemin de l’école cette semaine, nous savons que leur retour au Théâtre n’est pas pour tout de suite. Mais nous espérons que l’automne marquera pour eux le retour à une relative normalité, ponctuée des moments extra-ordinaires que procurent les arts et la culture. Et que résonnent à nouveau très bientôt leurs rires et leurs cris dans le hall de La Garance.