Le canard confi.né #2

 

vendredi 3 avril 2020

Cher.e.s ami.e.s et complices, artistes, spectateurs, partenaires de La Garance,

Nous vivons tous en ce moment une expérience inédite. Si nos anciens ont connu de vraies guerres, et que ce ne sont pas des bombes qui nous tombent sur la tête, il n’en reste pas moins vrai que c’est, pour les générations d’aujourd’hui, la première grande crise mondiale collective à laquelle nous sommes physiquement confrontés et qu’un confinement généralisé nous oblige à rester terrés chez nous, comme nos anciens dans les abris.

Ces deux premières semaines de confinement, toute l’équipe de La Garance les a passées à l’écoute des artistes qui ont vu comme beaucoup d’autres leur activité brusquement stoppée,et leurs revenus disparaître en grande partie. Annulation, report la saison prochaine, résolution des situations particulières, préparation de la saison prochaine ont occupé (et occupent encore) tout notre temps.

Nous sommes heureux de vous annoncer qu’à ce jour, nous avons pu reporter la quasi-totalité des spectacles annulés. Et une fois n’est pas coutume, ne boudons pas notre plaisir, nous vous dévoilons déjà ces quelques dates :

  • Un furieux désir de bonheur, Olivier Letellier, le 17 décembre 2020
  • Ligne de Crête, Maguy Marin, le 1er avril 2021
  • Je brûle (d’être toi), Compagnie Tourneboulé - Marie Levavasseur du 12 au 17 octobre 2020
  • Radio Live, Amélie Bonin, Aurélie Charon, Caroline Gillet, le 13 novembre 2020
    Et nous travaillons toujours au report du magnifique projet Home, du Collectif Les Vibrants défricheurs avec Papanosh, Roy Nathanson et Napoléon Maddox.

A travers cette correspondance, nous souhaitons rester en contact avec vous. Merci pour vos messages d’encouragement et de soutien. C’est autant d’énergie positive qui nous aide à rester mobilisé.e.s pour préparer la sortie de cette période de confinement et la suite de notre aventure collective à La Garance.

L’avenir justement ?!

Je suis convaincu qu’à l’issue de cette crise planétaire, le monde de demain ne devra pas, ne pourra pas ressembler à celui que nous connaissions. Il nous faudra réfléchir, créer ensemble des alternatives, agir pour une société différente, ne pas reproduire les errements d’hier et d’aujourd’hui.

En septembre 2016, dans l’édito de plaquette de saison 2016/17 intitulé « Oser l’utopie », j’avais écrit les mots suivants :

« Face à l’individualisme, à la concurrence exacerbée entre les êtres, aux injustices flagrantes, au repli sur soi, au communautarisme, à la peur de l’autre, n’est-il pas temps de défendre enfin l’utopie du désir de l’autre, l’utopie du vivre-ensemble ? (…..) Nous avons grand besoin de lieux dans la cité pour questionner le sens de la vie, le sens de nos existences, le sens de nos actes. Nous avons besoin d’oser rêver à l’avenir, de l’imaginer et de vivre dans un monde plus enchanté. »

Depuis le début de cette épidémie, chaque jour qui passe démontre combien nous avons besoin de nos services publics, si souvent vilipendés, et mis à mal depuis plusieurs années, comme en témoignent les grèves menées depuis de nombreux mois, par les personnels hospitaliers, les pompiers, etc… Dont les appels à l’aide n’ont pas été entendus.
Le secteur culturel est, comme les autres, durement impacté par les conséquences de cette épidémie. Mais nous avons le devoir de rester solidaire pour sortir plus fort de cette période. Car plus que jamais, c’est bel et bien de culture, dont celle portée par le service public de la culture dont La Garance fait partie, dont aura besoin notre société pour se reconstruire.
En conclusion de cet éditorial de 2016, j’avais écrit :

« Aujourd’hui, nous avons grand besoin de lieux dans la cité pour questionner le sens de la vie, le sens de nos existences, le sens de nos actes. Nous avons besoin d’oser rêver à l’avenir, de l’imaginer et de vivre dans un monde plus enchanté. La Garance veut et se doit d’être l’un de ces lieux d’ouverture et de questionnement. »

A l’époque, ces mots, qui témoignaient d’une conviction partagée avec l’équipe de La Garance, pouvaient apparaitre comme une utopie. Aujourd’hui,ces mots affirment une nécessité, une obligation.
Il m’est impossible aujourd’hui de conclure cet édito sans exprimer notre admiration, notre soutien, nos remerciements à toutes ces personnes « en première ligne », personnels de santé et des services de secours, qui risquent leur vie en luttant sans relâche pour sauver les personnes contaminées par ce virus. Cette admiration et ce soutien s’adressent également à ces invisibles, souvent déconsidérés, ignorés, maltraités, et qui font que notre société tient encore debout aujourd’hui dans ce moment de crise exacerbée. Ils sont agriculteur.trice.s, ouvrier.e.s, magasinier.e.s, caissier.e.s, enseignant.e.s, livreur.se.s, conducteur.trice.s de camions, de trains, éboueur.se.s, employé.e.s des sociétés d’électricités, de fourniture de l’eau, etc…. Sans eux, sans leur dévouement, notre petit monde serait aujourd’hui un chaos.

Alors merci à tous. Prenez soin de vous et de vos proches. Restez chez vous et préparons-nous à sortir, plus forts, pour affronter les enjeux de demain, avec l’aide du regard de ces artistes, souvent visionnaires, que nous aurons plaisir à accueillir dans les mois et années à venir.

Didier Le Corre et l’équipe de La Garance.