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Le « Sprechgesang »


Arnold Schönberg définissait lui-même ce qu’il entendait par Sprechgesang en tête de la partition du
Pierrot lunaire :

« La mélodie indiquée dans la partie vocale à l’aide de notes, sauf quelques exceptions isolées
spécialement marquées, n’est pas destinée à être chantée. La tâche de l’exécutant consiste à la
transformer en une mélodie parlée en tenant compte de la hauteur de son indiquée. Ceci se fait :

1) En respectant le rythme avec précision, comme si l’on chantait, c’est-à-dire, sans plus de liberté que
dans le cas d’une mélodie chantée.

2) En étant conscient de la différence entre note chantée et note parlée : alors que, dans le chant, la
hauteur de chaque son est maintenue sans changement d’un bout à l’autre du son, dans le
Sprechgesang, la hauteur du son, une fois indiquée, est abandonnée pour une montée ou une chute,
selon la courbe de la phrase.

Toutefois l’exécutant doit faire très attention à ne pas adopter une manière chantée de parler. Cela n’est
pas du tout mon intention. Il ne faut absolument pas essayer de parler de manière réaliste et naturelle.
Bien au contraire, la différence entre la manière ordinaire de parler et celle utilisée dans une forme
musicale doit être évidente. En même temps, elle ne doit jamais rappeler le chant. Incidemment,
j’aimerais faire le commentaire suivant, quant à la manière d’exécuter la musique. Les exécutants ne
doivent jamais recréer l’atmosphère et le caractère des morceaux individuels, en se basant non pas sur
la signification des mots mais sur celle de la musique. Dans la mesure où la manière, indiquée dans le
texte, de rendre les événements et les sensations, manière semblable à un tableau tonal, a été
importante pour l’auteur, on la retrouve de toute façon dans la musique. Même si l’exécutant estime qu’il
manque quelque chose, il doit s’abstenir d’apporter des éléments qui n’ont pas été voulus par l’auteur,
sinon il nuirait à l’oeuvre au lieu de l’enrichir. »