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Le Cri

Propos artistique


« Curieuse sensation que cette pièce aurait dû être la première… Une sorte de mouvement qui va de l’intime
jusqu’à la surface, jusqu’à la disparition. Un chemin qu’emprunte inlassablement chacune de mes pièces,
mais peut-être que celle-ci n’ira pas plus loin, elle se tient à cet endroit, elle contient le cri et prend fin avec
lui… À travers cette pièce, mon propos artistique ne se développe pas, ne s’élargit pas, il se concentre sur
son point d’origine. Moins je m’autorise de mouvement, plus mon espace intérieur se « densifie ».

Une des plus grandes libertés n’est-elle pas de refuser le mouvement pour créer l’instant ?
Il me semble traiter à travers cette pièce d’un mouvement qu’on pourrait qualifier « d’originel » puisqu’on le
retrouve dans bon nombre de danses traditionnelles, une sorte d’imperceptible balancement intérieur qui
croît à mesure qu’il envahit le corps comme pour lui donner une dimension supplémentaire qui l’ouvre
davantage au monde. Un mouvement profond qui se situe en deçà de l’écriture et qui l’anime en quelque
sorte.

L’autre particularité de ce mouvement, c’est son accélération, en effet plus il s’intensifie, plus il s’accélère,
pour aller peu à peu vers l’étourdissement, c’est-à-dire une perte de contrôle progressive qui fait vaciller la
conscience sans pour autant la faire disparaître puisque celle-ci demeure l’ultime attache sans laquelle
l’esprit basculerait autrement dans une transe qui ne me semble pas être de grand intérêt par rapport à ma
recherche. Il s’agit donc d’un simple mouvement intérieur en crescendo qui soulève l’être entier et l’arrache
à sa condition.

Au départ un profond soupir comme pour relâcher l’élan qui nous projette vers l’avant, le corps semble dire
« ici et maintenant », pour commencer on s’arrête comme pour se souvenir à nouveau de la vie et si vivre
n’était pas un verbe d’action ?

Oui cette pièce aurait dû être la première, car elle nous oblige à rester concentrés sur « l’état », aucune
diversion, dispersion. L’état c’est la reconstitution du vide intérieur, c’est-à-dire l’accord parfait entre le moi
profond et tout ce qui vit autour.
Puis peu à peu ce balancement trouve son centre et finit par se retourner sur lui-même, ainsi se met en
place une sorte de mouvement « infini », une trajectoire sans destination. Une marche à l’intérieur de soi.
. Un crescendo dont le paroxysme n’interrompt pas la progression, puisque le point culminant indique lui
aussi une ultime projection qui semble dire que cette action ne peut prendre fin ici-bas.

C’est aussi la première fois que l’écriture d’une pièce a nécessité si peu de temps, quand celle-ci s’est
terminée alors tout a commencé, c’est à ce moment là que nous avons dû prendre la route, c’est comme si
cette pièce ne se développait pas, elle a creusé, creusé en nous, elle puise et jaillit...

Le cri c’est lorsque l’ancrage ne cède pas.

C’est une idée simple, vitale et sans fin... »

Nacera Belaza, octobre 2007