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Laurence Vielle

La Grande Dame


vendredi
19 septembre
2008
Le Pontet - SEPR

A la SEPR (Société Européenne des Produits Réfractaires - Le Pontet), Laurence Vielle, auteure et comédienne, a rencontré employés, ouvriers et cadres dirigeants. Un dialogue inattendu s’est même établi entre direction et syndicats autour de ce qui est, petit à petit, devenu un spectacle en création, qui célèbrera de manière originale les 60 ans de l’entreprise.
Les représentations sont réservées aux salariés et retraités de la SEPR et du CREE (Centre de Recherche) et à leurs familles.

Le projet

La loi sur la réduction du temps de travail et le passage aux 35 heures est un « échec ». Il ne nous appartient pas ici de porter une analyse sur sa portée économique et en matière de création d’emploi, mais s’il est un reproche qu’on peut adresser aux promoteurs de cette révolution, c’est de ne pas avoir organisé en amont un vaste débat public autour de ce « temps rendu » aux salariés. C’était courir le risque (peut-être volontairement…) d’en faire immédiatement cadeau à quelques sataniques chaînes de télévision (question : pourquoi appelle-t-on cela des chaînes ???).
Dans son livre Me(s)tissages culturels (Les Points Sur Les I Editions), le syndicaliste Jean-Michel Leterrier défend que travail et loisir ne doivent plus être opposés, que le travail est « une composante à part entière de la culture », même s’il s’agit de « domaines culturels différents ». Il y renouvelle aussi une certaine vision du travail, où les 35 heures seraient « culturellement qualifiantes, c’est-à-dire épanouissantes et pourvoyeuses de sens ». Le livre est suivi d’une réflexion sur la réduction du temps de travail intitulée Qui a volé l’aertété ?

A l’initiative de la Scène nationale, les mois écoulés ont vu la naissance d’un espace commun de réflexion à plusieurs comités d’entreprise du territoire, parmi lesquels les cheminots de la SNCF, les électriciens et gaziers de la CMCAS, les employés et ouvriers de la SEPR au Pontet. Le groupe va s’étoffer à l’avenir. Il s’est déjà réuni à plusieurs reprises, plutôt autour d’un invité que d’un ordre du jour, pour préserver la recherche du sens. Ainsi, la chorégraphe Julie Desprairies est venue présenter aux membres des CE le film du travail qu’elle réalise avec ses danseurs à la Manufacture de porcelaine de Sèvres. Ainsi, Jean-Michel Leterrier a témoigné de son inlassable militance au service de l’action culturelle à tous les niveaux de son expérience personnelle (entreprises, syndicat, municipalités, etc.).

Le comité d’entreprise de la SEPR (Société européenne des produits réfractaires) entretient depuis toujours une forte présence d’une culture « exigeante » dans son activité. La première fois où nous sommes allé présenter la Scène nationale aux salariés dans le local du CE au Pontet, ils nous montrèrent les photos de Jean Vilar venant parler là-bas dans les années 60 du Festival d’Avignon. De quoi se faire tout petit ! Une section théâtre, entre autres activités culturelles, existe depuis belle lurette au CE de la SEPR. Et entre un Molière et un Lagarce, ils ont décidé que l’heure était venue de parler d’eux, de leur vraie réalité quotidienne, de la classe ouvrière encore bien vivante, des luttes sociales qui ont animé la vie de cette entreprise, passée de plus de 2000 salariés à moins de 800 en quelques années.
Nous leur avons présenté Laurence Vielle, auteure et comédienne, qui a déjà réalisé à l’automne 2007 à l’association Le Village un magnifique travail, fruit d’une résidence d’un an.
A la SEPR, depuis septembre 2006, Laurence a rencontré employés et ouvriers, et même, à sa demande, la directrice des ressources humaines, puis le directeur de l’usine himself. Un dialogue inattendu s’est même établi entre direction et syndicats, les parties décidant de part et d’autre de faire l’union autour de ce spectacle en création, qui célébrera de manière originale les 60 ans de l’entreprise. A côté de Laurence Vielle, du compositeur et guitariste Bertrand Binet et du clarinettiste Vincent Granger, les acteurs amateurs (« ceux qui aiment ») du Théâtre de la Marmite interpréteront La Grande Dame, du 19 au 21 septembre, dans la Halle A de l’usine au Pontet.

Les représentations seront réservées aux salariés et retraités de la SEPR et du CREE (Centre de recherche) et à leurs familles.
Alors pourquoi parler en si belle place de ce spectacle ? Juste pour rappeler que l’activité d’une Scène nationale, ancrée dans la création contemporaine, se doit de « participer dans son aire d’implantation à des actions de développement culturel favorisant de nouveaux comportements à l’égard de la création artistique et une meilleure insertion sociale de celle-ci ». Et la plupart des théâtres publics savent combien il est important, essentiel, de réaliser une si belle mission. Et comme nous ne communiquons pas toujours très bien sur ces faces cachées de nos icebergs, on nous reproche souvent de n’être qu’élitistes, loin des préoccupations quotidiennes des « gens ». Et cela nous agace beaucoup, tant c’est inexact…
En septembre, on ne sait pas très bien qui sera la Grande Dame, l’Usine ou Laurence Vielle ? Peut-être que ce sera aussi la Culture. Et la Citoyenneté.

Distribution

avec : Laurence Vielle, Bertrand Binet, et les comédiens de l’atelier-théâtre "La Marmite" du comité d’entreprise de la SEPR (Fanny, Jean-Jacques Gallucci, Claude Guigue, Hélène Rigaud, Nicole Rives, Patrick Vaniscotte...).

mise en scène : Hélène Ninérola (Cie Carcara)