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La voix de son maître

un film documentaire de Gérard Mordillat et Nicolas Philibert


vendredi
28 mars
2008
Film documentaire, suivi d’une rencontre
Utopia Manutention (Avignon)

Séance unique au cinéma Utopia Manutention (Avignon), suivie d’une rencontre avec Gérard Mordillat, auteur du roman "Les vivants et les morts" (édité chez Calmann Lévy), dont l’adaptation théâtrale du metteur en scène Julien Bouffier est accueillie à la Scène nationale le samedi 29 mars.

Un rendez-vous annuel au moins, c’est notre rythme avec les cinémas Utopia. Nous sommes tombés d’accord pour accueillir Gérard Mordillat, touche-à-tout iconoclaste et réjouissant, romancier, réalisateur...

Il vient nous présenter le documentaire longtemps censuré qu’il a réalisé en 1978 avec Nicolas Philibert : La voix de son maître .

Douze patrons de grande entreprises parlent, face à la caméra, du pouvoir, de la hiérarchie, des syndicats, des grèves ...

- Cette soirée est présentée en résonance avec la pièce de Julien Bouffier Les vivants et les morts, tirée du roman éponyme de Gérard Mordillat.

- La projection sera suivie d’un débat, en présence de Gérard Mordillat.

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[ extrait de la Gazette d’Utopia - Avignon ]

" Nicolas Philibert et Gérard Mordillat ne choisirent pas n’importe qui : ils interviewèrent les pédégés de Paribas, L’Oréal, Boussac, Thomson, IBM… Et ils en ont fait un documentaire narquois.
Les Trente Glorieuses sont terminées, mais personne ne le sait. La France est alors plus industrielle que tertiaire, le textile et les mines tournent à plein régime et le chômage de masse est inconcevable. Les délocalisations, la précarisation, la désyndicalisation sont des mots absents du dictionnaire. Un pédégé explique à propos des multinationales que leur « puissance réelle est toujours, et sera toujours, limitée par la souveraineté des Etats […] aussi petits soient-ils ». Un autre regrette que les syndicats veuillent « renverser le système », et tous dissertent longuement sur une notion aujourd’hui reléguée aux oubliettes : l’autogestion. On se pince même en entendant Bernard Darty, grave dirigeant à moustaches, décrire l’arrivée d’un syndicat comme un « traumatisme tel qu’il modifie les schémas du chef d’entreprise. Psychologiquement, il ne peut le supporter ». Lui croyait sincèrement que tout le monde était heureux dans son entreprise ! Ce genre de phrases réapparaissent de temps à autre : il faut « mettre notre langage à la portée de nos interlocuteurs, ce qui n’est pas facile du tout », dit l’un en cette époque où le langage n’est pas encore javellisé par la communication.

« Notre projet en tant que projet cinématographique, explique Gérard Mordillat, interpellait le savoir du spectateur. Le spectateur était amené à réfléchir. Or pour tout gouvernement, pousser les citoyens à réfléchir représente toujours un danger. La charge provocatrice de La Voix de son maître n’est pas à chercher ailleurs… »

Mais interrogeons-nous : et si aujourd’hui on tendait le micro aux douze plus gros pédégés français, qu’entendrait-on ? Pas de la condescendance, non. Probablement peu d’hypocrisie aussi. Mais sûrement le mot « profit », qui est étrangement absent dans La Voix de son maître. "