La culture, non essentielle ? #4

 

mardi 22 décembre 2020

La Garance, comme beaucoup de théâtres et lieux culturels, appelle à la réouverture des lieux d’art, de création et de diffusion du spectacle vivant dans sa diversité. Pour appuyer cette démarche, La Garance a initié un recueil de témoignages auprès de partenaires et du public. Car la culture c’est l’affaire de tous.

Je suis non essentiel !
Mon identité a été défini comme « non essentielle ». Oui, parce que mon métier est une grosse part de mon identité, peut-être même la plus importante, parce que je suis tout le temps artiste, même quand je débranche pour ne plus penser à ça, même quand je suis sur la plage en train de bronzer, même quand je m’énerve en voiture, la création continue de vivre en moi, c’est mon identité. Et le gouvernement la définit comme non essentielle.
Comment écrire la sensation d’étouffement qui m’a pris à la gorge quand ce terme a été employé, comment décrire l’abandon qui m’habite, comme si on m’avait achevé sur place, moi qui me battais tant... et soudain mon monde s’arrête de battre. J’ai eu l’impression un moment d’être un chien abandonné sur le bord de la route des vacances, plus essentiel à leur vie. Qui sont-ils pour m’abandonner là ? Pour décider que je sois non essentiel ? Qui sont-ils pour donner un argument à ceux qui disent à leurs enfants qu’artiste n’est pas un métier, qu’ils devraient trouver un vrai, un vrai de vrai de métier ? Quelle répercussion cela va avoir sur le futur ? Combien de doutes cela va amener sur ceux qui décideront de prendre cette voie, et combien de doutes cela a amené à ceux qui l’ont prise ? Combien de personnes vont abandonner pour prendre une voie « essentielle », pour que leur identité ne soit pas remise en jeu aussi brutalement que ça ? Et combien de jeunes n’y penseront même pas parce que « non essentiel » ?
J’ai une envie de crier constante, une envie de crier que leur mépris n’est plus acceptable, qu’ils sont autant « non-essentiel » que moi. Envie de crier à la face de ce monde des grands que je m’en contre-fous de leurs avis. Mais que nos musées, nos théâtres, nos cinémas, nos cirques ne le sont pas et ne le serons jamais, qu’il est essentiel qu’ils redéfinissent leurs termes destructeurs qui marquent sur la durée, essentiels de donner une possibilité d’identification à tous ceux et celles qui se trouvent « non essentiels ».

Maxime Lambert, spectateur de La Garance et artiste (Cavaillon)