La culture, non essentielle ? #3

 

mardi 22 décembre 2020

La Garance, comme beaucoup de théâtres et lieux culturels, appelle à la réouverture des lieux d’art, de création et de diffusion du spectacle vivant dans sa diversité. Pour appuyer cette démarche, La Garance a initié un recueil de témoignages auprès de partenaires et du public. Car la culture c’est l’affaire de tous.

En 2025, lorsque je demande à mon employeur le dossier de départ à la retraite. Il m’informe que je dois rester au TAF cinq années de plus. 5 années pour participer à l’effort financier du redressement de mon pays, conséquence du Coronavirus de 2020 !
Il me demande :
Que faisais-tu durant cette épidémie du COVID 19 ?
Je réponds :
J’ai mangé, c’était essentiel pour mon corps.
J’ai mangé en privilégiant les petits commerces locaux, c’était essentiel pour éviter de commander sur Internet
J’ai travaillé, c’était essentiel pour la production, en télétravail, parfois plus qu’en présentiel.
J’ai dormi, c’était essentiel pour manger et travailler.
Et quoi d’autres ?
J’ai porté un masque, respecté au cordeau les gestes barrières, évité les relations sociales…
Et surtout je n’ai pas ri, je n’ai pas eu d’EMOTIONS, je n’ai pas pleuré…parce que… parce que… je n’ai pas pu profiter des moments culturels qui étaient mes moments de LIBERTE, de prise de conscience, de PLAISIR, de partage, de BONHEUR, de tristesse, de JOIE… car ce n’était pas essentiel.
Les théâtres sont fermés.
Ce théâtre de La Garance où régulièrement je croise les regards des spectateurs, où je ressens les émotions des uns et des autres, de ce public qui réagit au spectacle, en même temps que moi ou en décalage. Qu’importe, je vis le spectacle avec mon histoire personnelle. Parfois cela fait écho à un autre spectateur. Parfois l’autre, à la fois identique et différent, vit ce qu’il voit, ce qu’il entend avec sa propre histoire…Qu’importe, il PENSE, je PENSE, nous PENSONS ! Ai-je le droit, encore de PENSER ? Est-ce que ma pensée est essentielle ?
Ce théâtre où je croise les personnages de l’équipe de La Garance. Où j’échange, peu mais avec plaisir. Où je suis le temps de cette soirée, chez des amis cultivés et où mon ESPRIT s’éveille, s’émerveille, se bonifie (comme le bon verre de vin blanc que je vais déguster au bar avant la représentation). Ai-je le droit de bonifier ma culture ? Est-ce que mes connaissances culturelles sont essentielles ?
Ce théâtre où j’ai rencontré des metteurs en scène, des acteurs, des décors… de la diction, du JEU, du texte… Ces rencontres artistiques sont-elles essentielles ? La création, la créativité a-t-elle du sens, dans ce pays des Lumières, où il a été imposé une règle, une loi despotique. Du non-sens !
Ils ont dit : « NON essentiel » NON. NON. NON. Une décision arbitraire, incompréhensible pour annihiler mon ESPRIT, ma VIE.
Pour m’empêcher d’être LIBRE… être libre d’aller au théâtre ou de ne pas y aller !

Luce Colson, spectatrice de La Garance (Cavaillon)