La culture, non essentielle ? #2

 

vendredi 18 décembre 2020

La Garance, comme beaucoup de théâtres et lieux culturels, appelle à la réouverture des lieux d’art, de création et de diffusion du spectacle vivant dans sa diversité. Pour appuyer cette démarche, La Garance a initié un recueil de témoignages auprès de partenaires et du public. Car la culture c’est l’affaire de tous.

Le temps nous tue plus sûrement que les virus .

Je vous livre rapidement une de mes réflexions d’il y a fort longtemps sur la place de la Culture. C’était en 2003… une époque où la question de l’importance de la culture dans la vie était toujours aussi mise à mal. Aujourd’hui le déclassement de la Culture dans les acticités « non essentielles » n’est donc que l’expression du combat perpétuel mené par la Culture entre « utile et futile » ou encore « liberté et censure ».

En juillet 2003, le directeur du Festival d’Avignon, annonçait l’annulation du Festival « IN » ceci pour la première fois depuis sa création en 1947. Après plusieurs jours de discussions et en dépit des efforts déployés par les politiques locaux et les acteurs culturels avignonnais, une des plus grandes manifestations théâtrales au monde était annulée.

Si le festival Off était toutefois maintenu, il régnait au cœur de la ville une atmosphère pesante, comme si tous les repères socio-économiques venaient de disparaître. Habituée à cette frénésie estivale, la cité était choquée par cette décision qui la privait de ces festivités et de cette manne économique qui les accompagnent.

Cela fait écho chez moi, à ce que vivent aujourd’hui nos sociétés soumises aux règles liberticides et aveugles du confinement sanitaire.

A cette époque, comédiens, danseurs, chanteurs… classés professionnellement comme « intermittents du spectacle » revendiquaient leur désaccord face à la réforme gouvernementale de leur régime d’allocation chômage.

Les théâtres successivement fermés, traduisaient un combat engagé et suivi par la majorité de ces professionnels. Des slogans rappelaient ceux clamés lors de revendications ouvrières allant jusqu’à l’emploi du terme fort de « lutte sociale ». La Culture pouvait-elle se targuer de cette expression de lutte sociale ? Etait-ce légitime ?

Je me souviens d’un incident navrant lors d’un festival.

Alors qu’un spectacle d’un opéra de Mozart avait comblé des spectateurs enthousiasmés. A la fin de la représentation, profitant de la présence du public, le directeur du lieu avait réservé une scène libre aux intermittents qui venaient de jouer, afin de sensibiliser les spectateurs à ce problème et peut être surtout parce que les lieux du spectacle vivant sont des lieux de partage… de nos joies mais aussi de nos souffrances.

Pour donner une vision brutale de la situation, la porte-parole des artistes décida de montrer ce qu’il resterait sur scène, l’an prochain, après la disparition des intermittents. Sous les huées d’une partie du public, la majorité des comédiens et des musiciens se retirèrent en coulisse pour ne laisser que trois personnes, créant une situation extraordinaire : alors que les spectateurs jusqu’alors semblaient heureux, tout à coup, l’animosité s’était installée dès que le mot « intermittent » avait été prononcé. Sans honte, certains spectateurs donnèrent leur conception de la culture : « Amusez-nous et fermez vos gueules ». Paradoxe qui est celui d’aimer l’art tout en méprisant les artistes. Comment peut-on applaudir une musique sans apprécier, voire se soucier, de ceux qui viennent de la jouer ? Cette crise des intermittents m’avait éclairée et questionnée sur le fondement même de notre civilisation : la vie en communauté, l’enrichissement de notre identité individuelle et collective par l’échange.

Spectateurs grossiers ou artistes maudits, c’est l’histoire de nos chagrins personnels quand notre engagement est de ne jamais renoncer à la vie… culturelle. Certains réclament un monde sans les autres ou à leur service quand les autres passent leur vie à défendre des œuvres qui n’excluent personne de l’humanité.

Max Péguret, gérant chez Absys Informatique (Cavaillon)