La culture, non essentielle ? #12

 

jeudi 1er avril 2021

La Garance, comme beaucoup de théâtres et lieux culturels, appelle à la réouverture des lieux d’art, de création et de diffusion du spectacle vivant dans sa diversité. Pour appuyer cette démarche, La Garance a initié un recueil de témoignages auprès de partenaires et du public. Car la culture c’est l’affaire de tous

Je ne suis pas capable de quantifier le bonheur qu’offre l’art à chacun mais une chose dont je suis sûr, c’est que dans un théâtre, face à un tableau ou dans un cinéma, je me sens profondément et entièrement humain. Je me souviens de ces longues heures à attendre pour voir la chapelle Sixtine ou de cette attente interminable pour voir les premiers dessins qui ornent les cavernes, mais aussi de l’espoir de trouver un billet à la dernière minute pour assister à Café Müller de Pina Bausch.

Voilà des milliers d’années que nous représentons le monde et que notre humanité se lit sur les murs dans les tableaux ou dans une danse. C’est la chose essentielle qui nous accompagne. Et au fond ce qui est important c’est de rêver ensemble, d’imaginer ensemble, de rire de pleurer ensemble, pour faire humanité.

Je crois profondément que la culture concerne la communauté et je reste frappé de constater avec quel désir chacun tisse une relation singulière au monde et aux autres grâce à la puissance de l’art. Élément essentiel, constitutif, et ce dès notre plus jeune âge, notre lien à l’Art concerne en premier lieu notre communauté, car il structure la société en profondeur. Et c’est parce que l’homme ne peut vivre en étant réduit à une seule activité quantifiable par les biens matériels, le degré de consommation, le degré de dépenses, l’argent… que l’art nous est essentiel. Parce qu’il nous dépasse et en cela il trouve son sens.

Essayer d’intégrer cette façon de concevoir la vie des hommes, et le leur rendre accessible sans que cela les détruise, c’est ça la civilisation. Faire de la culture cette chose si particulière qui porte avec force, ce constant refus d’enfermement dans un style unique ou de privation de liberté, dans l’espoir que chaque personne se construise librement.

Le risque de faire prévaloir la sécurité sur la liberté a existé de tout temps, et notre période en joue beaucoup pour restreindre la liberté. Nous avons un gouvernement très soucieux d’encadrer, et c’est contraire à l’esprit de liberté, et donc à la liberté de la culture aussi. La culture doit être libre et, si elle l’est, c’est qu’elle n’oublie personne qu’elle cherche et accompagne chacun pour fabriquer notre société.

Je crois profondément que nous sommes des êtres de culture et laisser les lieux qui la diffusent fermés, c’est nier une des parts les plus belles de notre humanité.

Alors je crois, comme l’écrit Stéphane Hessel, qu’il faut :
« Allez plus loin, allez ailleurs ; ne restez pas encadrés comme vous l’êtes. Ayez de l’imagination, même violente s’il le faut, car la culture peut être violente. »

Notre société se situe dans cet équilibre entre notre sécurité et la liberté et par conséquent la culture. C’est cela notre civilisation, Il n’y a pas d’autre mot. Alors et parce qu’il suffit parfois de peu, dessinons, dansons, jouons partout et surtout regardons le monde et mettons-le à l’envers.

Marc Lacourt, artiste de MA Compagnie