La culture, non essentielle ? #1

 

jeudi 17 décembre 2020

La Garance, comme beaucoup de théâtres et lieux culturels, appelle à la réouverture des lieux d’art, de création et de diffusion du spectacle vivant dans sa diversité. Pour appuyer cette démarche, La Garance a initié un recueil de témoignages auprès de partenaires et du public. Car la culture c’est l’affaire de tous.


©Maud Hufnagel

1 : aller chercher des définitions, puis des citations, pour avoir l’air renseignée, informée, cultivée (justement).
2 : tenter de parler de la situation actuelle sans redire ce qui a déjà été mieux dit ou écrit, par des personnes plus fines et plus légitimes.
3 : trouver ça nul. Raturer, couper, changer d’angle, réécrire, s’énerver, pleurer.
4 : quand les étapes 1, 2 et 3 ont été suffisamment répétées, garder le peu qui tient encore la route et envoyer. Sans relire.

Je ressens une grande injustice devant la récente décision de garder les lieux de culture et de vie sociale fermés. Pourtant, je travaille tous les jours comme artiste dans les écoles et collèges, les crèches, les centres sociaux. En militant pour l’ouverture des théâtres, des médiathèques, des musées, je ne supplie pas pour mon gagne-pain. Je demande simplement que l’on cesse de penser les besoins humains avec le filtre d’un corps physiologique basique.

Nous avons besoin de sensations, de vibrations, de beauté, de contact. Sans émotions, sans affection, notre cerveau s’atrophie, nos vies rétrécissent. Nous ne pouvons fonctionner repliés sur nous même, sans espaces collectifs ouverts à l’inconnu, à la différence, aux singularités. Ce n’est pas seulement la culture qui est en danger aujourd’hui, c’est le partage social des émotions. Celui qui se fait au théâtre mais aussi au troquet du coin ou à la maison pour tous.

J’ai l’impression depuis des mois de vivre le monde comme du fond d’un étang. Les signaux que je perçois sont assourdis par le brouhaha des informations et des opinions. Je veux pouvoir sortir la tête de l’eau et m’emplir au contact des autres. Retrouver mes sens.

Je ne suis pas un être larvaire qui ne sait prendre soin de sa santé et de celle des autres. Le partage d’émotions avec des inconnu.e.s n’est pas dangereux pour ma santé physique, il est au contraire indispensable à ma santé mentale.

Tout cela est mal écrit : trop de virgules, de mots trop proches ou de synonymes.
Retour inévitable à l’étape 1 : "L’essentiel est toujours menacé par l’insignifiant" René Char

Claire Latarget, artiste (Marseille)