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LAUREL ET HARDY VONT AU PARADIS

THEATRE


Création 2006 de la compagnie Moitié Raison-Moitié Folie
C’est bien dans l’univers de Paul Auster que sont projetés Laurel et Hardy, et nous avec...
Un environnement étrange, une tâche unique à accomplir et qui n’est pas anodine - construire un mur - une sensation d’oppression diffuse, d’enfermement...

Nos deux héros n’ont que leurs codes pour évoluer dans ce monde qui n’est pas le leur et c’est pour cela que
l’on rit souvent à les voir se débattre dans ces questions existentielles que l’auteur leur met en bouche ; c’est
pour cela aussi que l’on est ému. Parce qu’à la fin la seule question qui vaille, celle que pose Paul Auster, celle que se posent Laurel et Hardy, et celle que nous nous posons tous, ressemble à peu près à ceci : « C’EST
QUOI LA VIE ? ».

Le rapport au travail dans ma mise en scène de « Laurel et Hardy vont au Paradis »

C’est en partant d’un constat sur mon propre épuisement au travail que le sens profond de cette mise en scène a surgi. Sont venus s’ajouter en couches successives et désordonnées le sentiment constant de la précarité, la fragilité de l’être humain, la pression constante, l’obligation de faire et la révolte qui va avec, la résignation qui nous gagne, la solitude...

La pièce de Paul Auster parle de ça aussi (l’épuisement au travail) mais de façon plus existentielle et sur un mode qui résonne du côté de chez Beckett. Même si cette pièce de jeunesse(1977) antérieure à l’œuvre romanesque n’a pas la densité d’écriture qui viendra exploser dans les romans, tout Paul Auster est là en germe avec ses fausses pistes, ses changements de direction, ses histoires dans l’histoire et cette sensation étrange de marcher sur un fil entre réalité et fiction.

Le « scénario » est mince : Laurel et Hardy sont quelque part au milieu de nulle part cernés par de gros blocs de pierres qu’ils doivent empiler pour construire un mur sans outils et sans aide, avec des instructions très précises et un temps imparti pour le faire. Ils sont seuls mais surveillés et peuvent être inspectés à tout moment.

Les personnages induisent la forme du texte construit comme un scénario de leurs films, avec leurs codes relationnels, leur façon de bouger, leurs gags visuels... Le décalage vient de la situation, de la fatigue grandissante...

Car ce qui se dégage de cette fable est là : on a sous les yeux deux hommes qui triment et leur fatigue est implacable. J’avais envie de montrer l’effort au travail, la distorsion des corps, et rendre beau l’effort physique.

C’est de cette seule façon que je pouvais parler de ma solitude face au travail de création qui est le mien.

Nathalie Chemelny

Nathalie Chemelny

A partir de 1982, Nathalie Chemelny anime des ateliers de théâtre près de Marseille, puis elle monte à Paris rejoindre Antoine Vitez. Assistante-stagiaire en 1986 sur son spectacle « Electre » de Sophocle, elle devient son assistante à l’Ecole du Théâtre National de Chaillot, et entoure les comédiens dans ce « cercle de l’attention » si cher à Vitez.
Quand il est nommé administrateur de la Comédie Française en 1988, elle le suit, et sert de répétitrice à Jeanne Moreau pour « La Célestine » de Fernando Rojas.

Après la mort de Vitez (1990), elle crée la compagnie « Pied à coulisse » avec d’anciens comédiens de l’école et se lance dans la mise en scène avec « L’impromptu de Versailles » de Molière et le « Théâtre de Clara Gazul » de P. Merimée.

En 1995, elle crée la compagnie Moitié Raison - Moitié Folie. Arrivée à Avignon en 1998, elle sera en résidence en 1999 au Théâtre du Bourg-neuf où elle met en scène et joue « Le carrosse du Saint Sacrement » de P. Merimée.
En 2000, elle met en scène « Phèdre, de mémoire » de Marie Vitez, spectacle autobiographique autour de son père.
En 2001, elle avance son projet de théâtre itinérant avec « Soifs ! », premier volet d’un diptyque sur les solitudes de bar, qui fera notamment le bonheur d’une vingtaine de bistrots de notre région. Le deuxième volet, « Miracle au Chargan » de Lioubomir Simovich, pièce inédite en France est créée en janvier 2003 au Théâtre de Cavaillon - Scène nationale.

En 2004, Nathalie Chemelny crée « Fait d’hiver... » d’après des textes de Maurice Blanchot et Stig Dagerman. Elle met également en scène « Aimer sa mère », théâtre d’appartement. Ces deux créations ont été présentées durant le Festival off d’Avignon cette même année.

Les comédiens

Jean-Luc Blaix débute le théâtre à Grenoble en 1987 au sein de l’ADAEP (Association d’Art et d’Expression Populaire) Il aborde le travail de clown, comedia dell arte et le théâtre brechtien. En 1994, il s’installe à Paris et suit des cours d’art dramatique au Studio Alain Debock. C’est là qu’il rencontre Nathalie Chemelny et rejoint dès sa création la compagnie Moitié Raison - Moitié Folie. Il jouera dans « Le songe d’une nuit d’été » de W. Shakespeare, « Micromegas » de Voltaire, « Le carrosse du Saint Sacrement » de P. Mérimée et « Miracle au Chargan » de L. Simovich.
Par ailleurs, il met en scène « Le baiser de la femme araignée » de Manuel Puig en 1997.

Laurent Provots, après une maîtrise « Conception et mise en oeuvre de projets culturels, option spectacle vivant », quitte rapidement l’administration de compagnies de théâtre pour se consacrer au plateau.
Formé en compagnie autour d’auteurs classiques et contemporains ( Molière, Synge, Tchekhov, Gabily, Abé Kobbo...) et lors de stages de formation d’acteurs (Sicco, Les Nouveaux Nez, Petit...) il collabore avec différentes compagnies pendant plusieurs années.
Il rencontre Nathalie Chemelny en 2000 et intègre la compagnie Moitié Raison - Moitié Folie pour la création de « Soifs ! » de S. Valletti et E. Caballero en 2001. Suivront « Miracle au Chargan » de L. Simovich en 2003 et « Fait d’hiver... » de M. Blanchot et S. Dagerman en 2004.

POUR EN SAVOIR PLUS...

- Profitez de la soirée en partenariat avec les Cinémas Utopia pour confronter cette pièce avec une autre oeuvre de Paul Auster : La Musique du hasard.

- Ecoutez l’interview de Nathalie Chemelny à propos de ce spectacle.