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Joël Jouanneau, l'enfance tête haute

vendredi 29 novembre 2013, par publication

« Dans la chambre de l’enfant, le jeu vidéo et le jouet électronique
ont aujourd’hui pris la place du cheval à bascule, c’est un constat. Je n’en éprouve pas de nostalgie, je n’ai pas eu de cheval à bascule. J’avais mieux : le vrai poulain dans le pré. Et surtout et plus encore que tout, cette chance que furent ces heures de vide et d’ennui dans la nature, et qui conduisent à des jeux qu’on s’invente.

Si les enfants qui habitent mes textes sont toujours placés, adoptés ou trouvés, ils ne portent pas plainte pour autant. Ils ont été mis au monde, comme on dit, et c’est précisément de ce monde, plus encore que de l’absence de leurs parents, qu’ils sont orphelins.

Deux impératifs résonnent pour moi comme des interdits dès que je leur écris : le rejet de l’infantilisation ainsi que le refus de les conduire vers le découragement, bref je ne veux être ni le marchand de sable ni le joueur de flûte qui les conduit à la rivière, et j’espère, qu’au travers de mes textes, ils entendent le oui immense et illimité de Nietszche,
puisque oui, cela doit rester, toujours et malgré tout, un beau cadeau que la vie.

Je me dois cependant, du moins je le vis ainsi, de ne pas tricher avec lui, l’enfant, sur ce qu’il va devoir vivre, l’attend et s’annonce redoutable, mais face à l’obstacle et à l’adversité j’essaie d’ouvrir son imaginaire plutôt que le fermer. C’est une question d’angle d’attaque. De langage aussi.

Si, en refermant le livre ou à l’issue d’une représentation, l’enfant est autre ou différent de ce qu’il était, et s’il est bien déterminé à poursuivre le chemin complexe de son destin dans le monde, ce n’est pas rien, c’est même déjà beaucoup, et s’il y va tête haute, c’est encore mieux. J’ai d’ailleurs ce beau titre devant moi : Tête haute, mais c’est tout pour l’instant.

L’écriture de Tête haute, amorcée depuis deux mois sous formes de notes de lectures, lectures de carnets de notes, ruines ou bribes de dialogues, a trouvé sa source dans le questionnement du titre. C’est lui qui me sert de guide et que je m’efforce de suivre.

J’ai besoin, toujours, d’un plus ancien que moi en parallèle à l’écriture d’une pièce pour enfants. Un expert en papillons, le professeur Nabokov, accompagna Mamie Ouate en Papoâsie. Un stoïcien, si lointain que ses nombreux livres ont depuis oublié son nom, me rendait visite durant le voyage de L’Ébloui. Cette fois c’est un homme de la pampa, un vrai desdichado qui est à mes côtés : José Luis Borges, cet aveugle qui aimait dans la nuit compter les syllabes des sonnets qu’il écrivait le jour, et qui, nommé directeur de la bibliothèque de Buenos-Aires, soulignant l’ironie des dieux qui lui avaient accordé la même année la cécité et huit cent mille ouvrages à lire, déclara que tout à fait sans y penser il avait passé sa vie à se préparer pour ce poste. En voilà un qui sut dire oui à son destin, et l’écrivit tête haute.

J’ai besoin aussi, toujours d’une bougie pour la route quand il fait trop noir la nuit, et cette bougie, Borges me l’a donc offerte, la voici : “Tout existe, sauf l’oubli !” »

Joël Jouanneau - notes pour Tête haute
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