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Jean-Luc Raharimanana / Thierry Bedard

47


mardi
21 octobre
2008
Théâtre de Cavaillon

Ce spectacle est l’occasion de rencontrer un immense auteur malgache. Thierry Bedard, un habitué de la Scène nationale de Cavaillon ("Un Musée des langues", "Eloge de l’analphabétisme") créera "47", une adaptation théâtrale du roman "1947", année de la grande insurrection sur l’île natale de Jean-Luc Raharimanana.


47 @ Interrogatoire au micro. Tournée du Haut-Commissaire, près (...)

Le spectacle, le livre

"1947" de Jean-Luc Raharimanana
[ note d’intention de Thierry Bedard ]

47 @ Patrick Fabre Pour commencer, on dira que les faits ont réellement existé, que les sagaies ont volé, que les balles ont sifflé, que les cadavres ont jonché la terre. Rire. Des rires en masque de douleur. Des rires sur l’absurdité de ces lignes cherchant à comprendre pourquoi je devrais me justifier pour revendiquer ma mémoire. (…) De quoi parlons-nous en fait ? De 1947, mars 1947 et de tout ce qui s’ensuivit. Insurrection contre la colonisation française. L’oppression pendant près de deux ans. Je parlais comme d’une évidence : le chiffre même de 47 sonne douloureux sur la Grande Île, la fin d’un monde, la perte et la défaite, le silence lourd d’une période qui n’en finit pas de nous ronger, de nous hanter…

Raharimanana dans un court texte incisif revient sur une période de l’Histoire, entre Madagascar et la France. C’est un document, publié [1], qui “nous interroge sur les rapports entre colonisés et colonisateur, entre pouvoir actuel et passé, sur le silence de part et d’autre, sur l’écriture de l’histoire par le Nord et la nécessité d’interroger cette histoire par le Sud.”

Et ce très grand écrivain raconte une “histoire” poignante, chargée d’une incroyable émotion. C’est l’introduction dans ce texte de témoignages qui m’a donné, dès la première lecture, la nécessité de mettre en scène ce texte, et avec un partage des voix. Avec la langue malgache, avec le “son” malgache, celui que j’ai aimé dès un premier voyage dans la Grande Île rouge. Avec la langue française, certainement
accompagnée de la langue quelquefois châtiée des “côtiers”, où au contraire de la langue de certains Malgaches âgés qui ont une langue d’une noblesse étrange, de plus en plus inusitée en France. Car il est probable, que de même que pour un précédent travail [2], je questionne et enregistre des témoins directs de l’insurrection malgache. Et je souhaite, sur ce même sujet, poursuivre dans le sens du document publié, en éditant quelques photographies commentées du Fonds Charles Ravoajanahary, images de guerre oubliées mais matériel dramaturgique, et “scénique”, d’une très grande valeur artistique.

Raharimanana questionne dans son oeuvre un monde que je ne cesse de révéler sur les plateaux : un monde de violence extrême, insensé - au premier sens du terme, qui n’a plus aucun sens -, et un espoir de grâce pour chaque victime de ce monde-là, présent en autre en Afrique.

L’Histoire racontée de cette manière par un artiste - le “je ” est assumé -, a une dimension universelle, et l’idée est bien de porter un spectacle au delà des strictes frontières de nos deux pays d’origine, mais il est juste de créer cette /Leçon d’Histoire / à Madagascar, au Centre Culturel Albert Camus à Tananarive, ce qui nous importe l’un et l’autre, comme pour assumer ensemble notre pensée.

- [ source : www.dihychaussee.org ]

Thierry Bedard

Céramiste de 1974 à 1980, il reprend des études d’Histoire de l’art et de sémiologie au début des années 80 et développe une activité de plasticien indépendant et au sein de la coopérative d’artistes Cairn (expositions, performances, installations vidéo). Après avoir coordonné plusieurs manifestations culturelles (événements, festivals, fêtes politiques), il est nommé directeur des services généraux de la fête de l’Humanité (1982 à 1985). En 1985, il devient régisseur général du Théâtre de Genevilliers (direction : Bernard Sobel) et membre du Théâtre du Radeau. Il est ensuite membre du Studio Théâtre de Vitry (direction : Alain Ollivier) où il occupe pendant trois ans la fonction de régisseur général et de scénographe (1986 à 1988). Il travaille ensuite avec Pierre Guyotat (1987-1989) et Claude Régy (1988). En 1988, il co-signe avec Lucien Marchal la mise en scène de " Pour en finir encore " de Tchekhov.

En 1989, il fonde l’Association Notoire avec des comédiens et des musiciens et met en scène des textes de Leiris, Foucault, Littré, Nodier. Trois cycles de " Pathologies verbales " seront ainsi présentés sur deux années au cours desquelles il adaptera aussi Caillois, Kassner, Blecher, Bierce, Parain, Paulhan et Daumal pour la scène. La direction artistique est alors collégiale. En 1991, il fonde la compagnie Maranges, lieu de recherche distinct de la structure thématique qui sous-tend Notoire, et crée " L’Afrique fantôme " de Michel Leiris. Il recentre ensuite l’ensemble de ses activités autour de l’Association Notoire, dont il prend la direction artistique à partir de 1992 en devenant metteur en scène associé au CDN des Alpes / Le Cargo à Grenoble (jusqu’en 1994). A l’occasion du cycle " Minima Moralia " il conçoit des spectacles à partir de textes de Broch, Ramuz, Gide, Le Clézio, Carlo-Maria Cipolla..., ainsi que des spectacles d’intervention, des fausses leçons...

Est alors clairement défini un "cahier des charges" Notoire : oeuvrer sur des essais d’auteurs de ce siècle, présenter les travaux en cycles thématiques plus ou moins contradictoires, travailler sur des formes déjà codées : séminaire, communication publique, expériences pédagogiques...

A partir de 1994, Thierry Bedard est seul à signer les mises en scènes de Notoire. A l’issue du travail à Grenoble, il s’engage auprès du Cdn jeunes publics Le Grand Bleu à Lille avec le spectacle Lecture Pratique et de la Scène Nationale La Halle aux grains à Blois avec A la foire et sur un projet de "résidence" (annulé). En 1996, le "cahier des charges" de Notoire est modifié car s’établit une distinction entre les spectacles conçus pour être joués sur un plateau, structurés à partir de textes contemporains de fiction (romans, nouvelles, textes dramatiques, etc) ou d’oeuvres musicales... et autres traités comme spectacles d’intervention ou évènements liés à l’action culturelle formalisés encore d’après l’ancien "cahier des charges" de 1992.

De 1996 à 1998, Notoire travaille un cycle de travail sur la violence politique nommé "argument du menteur" et crée Les lions mécaniques de Danilo Kis, Guerre au troisième étage, une comédie de Pavel Kohout, Encyclopédie des morts de Danilo Kis, et Les arguments, trois spectacles d’intervention. En 1999, Notoire ouvre un nouveau cycle sur le travail musical intitulé " L’envers de l’harmonie ", et crée notes contre notes, concert pour piano et voix de soprano, " Acheminement(s) " du compositeur Jean-Christophe Feldhandler et prépare un oratorio avec ce compositeur, " La fosse " d’après l’oeuvre de Robert Antelme.

En 2000, Notoire ouvre un cycle de travail intitulé " la Bibliothèque Censurée ", en hommage et en soutien au Parlement International des Écrivains. Le Parlement, au-delà de la dimension politique de solidarité active envers les écrivains persécutés dans le monde entier (réseau de Villes Refuges), est un lieu de questionnement sur la place de la littérature et de la fiction dans le monde. Trois spectacles seront créés : " La Bibliothèque Censurée " (2000-2001), spectacle déambulatoire avec des textes de Brodsky, Tabucchi, Nadas, Manganelli, Pomerantsev ; " Cours de narratologie à l’usage des juges et des censeurs " (2002) de Christian Salmon et " la Bibliothèque Censurée : en enfer " (2003) d’après Reza Baraheni. De multiples formes pour les bibliothèques et rencontres publiques sont présentées, sur des textes de Rushdie, Paz, Vargas Llosa, Curnier, ainsi qu’un spectacle jeune public, La Presse d’après Hrabal.

Un ensemble de spectacles d’intervention, les " Eloges de l’analphabétisme ", axé sur la question des langues du monde, est réalisé à l’intention des publics scolaires : Rencontre avec Howard Marshall pour les terminales et universités, Conférence sur l’analphabétisme dans le monde pour les collèges, et une Exposition sur l’analphabétisme dans le monde pour les lycées professionnels, présentée dans un semi-remorque d’exposition.

Le Parlement International des Écrivains s’étant dissout au printemps 2003, notoire persiste en compagnie de Reza Baraheni et initie un nouveau cycle avec une deuxième version du spectacle " En enfer " et la commande à Baraheni de trois « leçons de poétique », " QesKes 1 / 2 / 3 ". La collaboration avec cet écrivain d’exception se poursuit, avec une importante commande autour de la figure de Lilith.

En 2006,Thierry Bedard initie une recherche au long cours dont un fondement est la rencontre délibérée d’écrivains qui pensent le monde de manière radicalement autre. Sous le signe de l’étranger(s),ce cycle débute en mai 2006 par un (faux) " Musée des langues du monde pour les enfants ".

- [ source : www.theatre-contemporain.net ]

Distribution

texte : Jean-Luc Raharimanana, d’après Madagascar 1947, essai et photographies du Fonds Charles Ravoajanahary (Vents d’ailleurs / Tsipika 2007)

mise en scène : Thierry Bedard

avec : Romain Lagarde, Sylvian Tilahimena

création sonore : Jean Pascal Lamand
(d’après des conversations enregistrées pendant les reportages réalisés à Madagascar au printemps 2008)

lumières : Jean Louis Aicchorn

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production : notoire/de l’étranger(s) - Paris, Centre culturel Albert Camus Tananarive, Culturesfrance

notoire est conventionnée par la Drac Ile de France

Thierry Bedard – notoire est artiste associé à Bonlieu Scène nationale d’Annecy dans le cadre du centre d’art et de création.