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Guy Alloucherie

Base 11/19


Après Les Sublimes, spectacle accueilli à Cavaillon la saison dernière, c’est une nouvelle création sur la Base 11/19, le carreau de mine où se trouvent les puits 11 et 19, à Loos-en-Gohelle.
C’est aussi le lieu où sont installées la Scène nationale Culture Commune et la compagnie H.V.D.Z. Travailler à partir du 11/19, c’est raconter ce qu’on y fait et ce qui nous y a amenés. Une création où le cirque s’ouvre à la danse, au théâtre, à la vidéo, où la scène accueille le monde qui l’environne.
Un spectacle bariolé, impur, militant, énergique et aussi... un combat pour créer ensemble des nouvelles formes d’art.
(d’après Guy Alloucherie)
La Scène nationale coproduit cette création, qu’on pourra également voir cette saison au Théâtre national de l’Odéon à Paris.

« Que tous les arts frères de l’art dramatique soient donc invités ici, non pour fabriquer une « œuvre d’art totale » dans laquelle ils s’abandonneraient et se perdraient tous, mais pour que de pair avec l’art dramatique, ils fassent avancer la tâche commune, chacun selon sa manière, et leurs relations les uns avec les autres consisteront à se distancier mutuellement »
Bertold BRECHT, Petit organon pour le théâtre

Confronter le corps de l’artiste au corps de l’histoire, aux corps en devenir. Le comédien, l’acrobate et le danseur. Le texte, la danse et le cirque. L’histoire se déroule sur la scène. L’histoire se déroule sur la piste.

L’œuvre est dans la démarche. L’œuvre est dans ce qui nous a amenés à vouloir faire ce nouveau spectacle qu’on appelle « Base 11/19 » : nos travaux dans les quartiers et le travail acharné des acrobates et des danseurs, leur défi au temps et à la vie, leur rage au travail, leur volonté d’en découdre, leur manière de tenir tête, de mettre leur corps en travers. No passaran.

« Base 11/19 », c’est d’abord un nouveau spectacle de cirque. Un spectacle de cirque, danse, théâtre, vidéo. C’est dire qu’on va raconter ce qu’est le 11/19 entre danse, cirque, texte et vidéo.

Le site du 11/19, c’est le carreau de mine où se trouvent les puits 11 et 19, à Loos-en-Gohelle, dans le bassin minier du Pas de Calais. Le 11/19, c’est le lieu où sont installées la scène nationale Culture Commune et notre compagnie, H.V.D.Z. Faire un spectacle à partir du 11/19, c’est raconter ce qu’on y fait et ce qui nous y a amenés et tout... C’est un lieu très marqué, un lieu de présence ouvrière. Parler de l’histoire passée et présente. On sait très bien qu’on ne pourra pas tout dire. C’est parler d’un combat, d’une volonté de créer ensemble des nouvelles formes d’art, en lien avec les populations des cités ouvrières au centre desquelles se trouvent le 11/19.
« Pour changer le monde » comme dirait Marx et « changer la vie » comme dirait Rimbaud.

Appeler ce spectacle « Base 11/19 », c’est pour mieux faire encore du cirque, de la danse et parler de culture, de culture ouvrière, d’éducation populaire, d’action culturelle, d’action artistique.
L’idée de faire un spectacle sur le 11/19, c’est continuer sur notre histoire propre.

Tu peux pas savoir ce que ça m’a fait à moi. Faut savoir que mon père était mineur de fond. Je l’ai déjà dit, et j’ai passé un temps fou, un long temps fou de ma vie à vouloir fuir cette région, le bassin minier du Pas de Calais ; parce qu’on m’ avait dit qu’elle était maudite et sans avenir et que si comme on dit on voulait faire sa vie, réussir comme on dit, fallait eh ben s’en aller, fuir. Et me voilà à monter des spectacles sur un ancien carreau de mine. Mon père m’a toujours tenu éloigné le plus qu’il pouvait de la mine. Il m’en a très peu parlé comme à mes frères et sœurs. Il voulait être sûr qu’on n’y descende jamais ou quelque chose comme ça...Et voilà que je travaille sur un carreau de fosse...

« Base 11/19 », c’est dire qu’on n’aurait pas continué à faire du théâtre si on n’était pas tombé sur cette friche industrielle. Un spectacle en forme d’hommage et c’est pas plus mal par les temps qui courent (à l’heure où j’écris faute de moyens au 11/19, on licencie neuf personnes). Faut savoir que notre implantation à Loos-en-Gohelle a considérablement et en profondeur transformé les objectifs de nos actions. C’est raconter cette histoire extraordinaire, ce vaste site industriel transformé en centre d’art, de culture, de rencontres des publics et d’artistes qui s’engagent pour que la société bouge, pour plus de justice et d’égalité, contre la banalisation de l’injustice sociale, parce que nos vies valent mieux que leurs profits...

Guy Alloucherie - extrait de la note d’intention / nov. 2005