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Gildas Milin

L’homme de février


mardi
18 décembre
2007
l’Homme de février
mercredi
19 décembre
2007
l’Homme de février
Théâtre de Cavaillon

Christal rêve de chanter depuis toujours.
Mais une timidité dévorante, virale, la possède, l’empêche de s’accomplir. Elle ingurgite alors toutes sortes de substances et devient son propre laboratoire.
Pour extraire cette douleur, Christelle, son amie, lui invente une fiction, l’Homme de février, censé soutenir Christal, être près d’elle, à chaque seconde de sa vie.
Une fable entre science, poésie et musique jouée en direct.

L'homme de février

Comédie Rock’n’roll

Cristal a toujours rêvé de chanter. Chanter de simples chansons. Très jeune, elle doit faire face à une impossibilité. Sa timidité a toujours été si grande, son incapacité à gérer ses émotions a toujours été si forte, qu’elle ne peut tout simplement pas se tenir devant un public sans être couverte de plaques rouges, sans se mettre à gonfler, sans s’évanouir, sans perdre la voix, sans vouloir disparaître. Des dizaines de fois en quelques années, elle renonce à son rêve, puis se mobilise à nouveau, puis se décourage encore.
Enfin, elle décide de devenir celle qu’elle croit être véritablement. Cristal devient son propre laboratoire. À coup de bêta-alpha bloquants, d’anti isthaminiques, de corticoïdes, de cocktails de dopants de toutes sortes, elle se forge à la fois une voix et une personnalité capable d’affronter le public.
Cristal a presque réussi sa mutation quand elle se livre à Christelle : une chanteuse légèrement plus jeune qu’elle, à qui la vie sourit et qui n’a jamais eu besoin pour chanter d’utiliser la moindre substance.
Une amitié naît entre les deux femmes, puis entre les différents musiciens qui les accompagnent.
Cristal est à nouveau dévorée par le doute.

Christelle invente une fiction pour sortir son amie de la douleur :
l’homme de février.

L’anecdote de L’Homme de février renvoie au travail du thérapeute américain Milton Erickson. Mis en échec face à des patients victimes de tels déficits de la capacité à être heureux, et après nombre de tentatives de suicide, ceux-ci s’enfermaient dans une sorte de mutisme total. Milton Erickson a recourt à la fiction.
Il propose à ces patients d’inventer un personnage fictif : de se dire qu’à partir de maintenant ce personnage fictif, cet « homme de février » sera toujours là auprès d’eux à les encourager, à les aimer. Milton Erickson utilise l’hypnose conversationnelle.
Au cours de séance d’autosuggestion, il demande à ces patients d’imaginer l’homme de février les accompagnant, les rassurant et constate de réels changements dans leur perception du monde et dans leur aptitude à communiquer.
Pour lui, la fiction est porteuse de réparation.

"L’homme de février" est paru aux Editions Actes Sud-Papiers

Distribution

partition pour 3 comédiens et 5 musiciens

texte, musique et mise en scène : Gildas Milin
assistants à la mise en scène : Kathrin Ahlgren, Jean-Pierre baro
avec : Jérôme Boivin, Flavien Gaudon, Olivier Guilbert, Deborah Marique, Gildas Milin, Samuel Pajand, Julie Pilod, Guillaume Rannou, Philippe Thibault, Vassia Zager.

lumières : Bruno Goubert
son : Samuel Pajand
costumes : Magali Murbach
intervention sur l’espace : Elise Capdenat
régie générale : Eric Da Graça Neves, Virginie Galas

production : Les bourdons Farouches

coproduction :
Théâtre National de la Colline, Maison de la Culture de Bourges, CDN de Franche-Comté Nouveau Théâtre de Besançon, Théâtre National de la Criée.

avec la participation artistique du Jeune Théâtre National, le soutien du Fonds d’Insertion pour les Jeunes Artistes dramatiques, DRAC et région Provence-Alpes-Côte d’Azur.

avec l’aide de la SPEDIDAM, et l’aide à la création d’oeuvre dramatique de la DMDTS.

production déléguée : lelabo

Notes

Retrouvez ci-dessous l’intégralité des notes adjointes au texte de présentation de L’homme de février, publié dans le Chut d’automne, p38/39 :

(*1) « Le Rock n’Roll est un simplificateur. Je me suis toujours dit qu’on pouvait entendre un acteur dire une page entière d’équations sans que ce soit trop indigeste pour peu qu’il en chante la mélodie. Le Rock n’Roll révèle de façon sensible que l’observation du chaos, de la créativité, de la vie nous ramène toujours à l’idée que le réel est un mélange d’ondes et d’ondes brisées. »
Gildas Milin, note d’écriture, février 2006.

(*2) “L’anecdote de L’homme de février renvoie au travail du thérapeute américain Milton Erickson. Alors qu’il était mis en échec face à des patients qui, après un certain nombre de tentatives de suicide, s’enfermaient dans une sorte de mutisme total, Milton Erickson a recours
à la fiction. Au cours des séances d’autosuggestion où il utilise l’hypnose
conversationnelle, il demande à ces patients d’inventer un personnage fictif, l’homme de février, qui sera toujours là auprès d’eux à les encourager, à les aimer. Il constate de réels changements dans leur perception du monde et dans leur aptitude à communiquer. Pour lui, la fiction est porteuse de réparation.”
Gildas Milin, note d’écriture, février 2006.

(*3) “Il est impossible de connaître à la fois la position d’une particule et sa vitesse de façon exacte. Plus l’on détermine avec précision la position d’une particule moins on en connaît la vitesse. A l’échelle de l’infiniment petit, la mesure de la grandeur est une variable aléatoire
(avec une espérance) de nature probabiliste. Les mesures qu’on peut effectuer expriment non pas des certitudes mais seulement des probabilités. L’objet quantique est en fait complètement décrit par sa fonction d’onde c’est-à-dire par des amplitudes de probabilité, l’onde étant un phénomène non localisé.” Ainsi peut se résumer le principe
d’incertitude d’Heisenberg qui, de manière plus générale, pose que l’univers n’est ni prévisible ni déterministe, ce que bon entendeur, Gildas Milin salue !

(*4) la Scène nationale n’a pas souhaité conserver la note prévue sur la constance de Planck de crainte de voir s’égailler son public.

(*5) « DECOHERENCE : Quand on quitte un univers pour aller dans un autre univers, il y a un moment où les lois de cohérence de l’univers qu’on quitte ne fonctionnent plus et où celles de l’univers dans lequel on va entrer ne fonctionnent pas encore. Cette zone dans laquelle on est obligé de passer pour aller d’un univers à un autre et où aucune loi ne semble plus fonctionner est une bande de décohérence. Quand les mesures opérées par les scientifiques indiquent que Cristal entre dans une bande de décohérence, l’un d’entre eux annonce : DECOHERENCE. » _ Extraits de l’Avant-propos à l’Homme de février, publié chez Actes Sud-Papiers.
Notule : le principe de la décohérence a été exprimé, scientifiquement, par le fameux paradoxe du « Chat de Schrödinger ».

Portrait

Gildas Milin

Homme tout aussi multidirectionnel que ses spectacles, Gildas Milin, né en 68, touche et a touché à tous les arts (plastiques, musicaux, dramatiques).
Comédien issu du Conservatoire national d’Art dramatique,en 1992, il travaille avec les plus grands metteurs en scène (P.Adrien, S.Seide, B.Sobel, J.Brochen, M.Didym, A.Françon). Metteur en scène, il monte Brecht et Copi avant de s’attaquer à ses propres textes. Fondateur de la compagnie Les Bourdons farouches en 1995, il en est l’écrivain, le metteur en scène et en musique, et l’un des comédiens. Depuis qu’il a prononcé l’Ordalie (édition 1994 - création 1995) il n’a cessé de poursuivre, avec rage et talent, ce théâtre scientifico-poétique qui taraude notre (post)modernité.

Ses titres parlent d’eux-mêmes : Le Triomphe de l’échec (1994) Anthropozoo (2003), Lenz et la fabrique scientifique pour un théâtre du ressenti (2004) L’Homme de février et Ghosts (2006) Machine sans cible (2007).

Il y a déjà plus de dix ans, Brigitte Salino disait dans Le Monde : « Gildas Mildin a le talent fiché au ventre, le goût de parler d’aujourd’hui, la rage de ne pas se dédire. Il fait du théâtre sous la lumière de Genet. »

Préambule scientifique en guise de lumière et d’introduction à L’Homme de février :
« On ne peut observer quelque chose qu’en l’éclairant avec de la lumière. Or à l’échelle de l’infiniment petit, cela pose un problème tout à fait nouveau. Le moindre photon qui percute ou interagit avec un électron va modifier la trajectoire initiale de ce dernier ou le faire changer d’orbitale. A cette échelle, le photon devient un projectile qui pourra déterminer la position de l’électron, mais qui aura en même temps modifié sa vitesse et sa trajectoire ; celle ci ne pourra donc pas être connue en même temps. La moindre mesure interfère avec l’objet de la mesure et la change ! » Théorisé par Werner Karl Heisenberg en 1927 sous le nom de principe d’incertitude.

Extrait

" N’importe qui aurait laissé tomber n’importe qui aurait lâché l’affaire mais pas lui non lui il ne lâche pas Pourquoi pas ? Pourquoi ? C’est ça que je veux savoir je veux ce calcul et un jour il finit par en déduire que s’il s’endort au moment où il va toucher le photon ça veut dire qu’au moment où il va toucher le photon il dit au moment où je vais toucher le photon je vais toucher le photon je touche le photon je deviens moi-même le photon s’il s’endort au moment où il va toucher le photon lui il en déduit qu’au moment de toucher le photon il devient le photon il devient lui même le photon et après par extension il dit que toute matière qui atteint la vitesse de la lumière devient à la fois crépusculaire et ondulatoire elle devient elle-même de la lumière donc ça il faut déjà avoir sacrément confiance en soi pour laisser émerger un truc pareil de soi une intuition fondamentale pareille et se jeter à partir de ça et lui il se jette il se jette il passe et moi je veux ça "

Extrait de L’Homme de février (paru aux Editions Actes Sud-Papiers)