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08
09

François Cervantes

Une île


vendredi
27 mars
2009
Théâtre de Cavaillon

Avec Une île, François Cervantes nous emmène dans un territoire de légendes, entre passé et présent, morts et vivants, art et vie. A la mort d’un peintre, ses amis partent en mer pour ramener chez elle la jeune femme silencieuse qui était son modèle. Ils découvrent alors une île, une histoire.


Une île @ Christophe Raynaud De Lage
Une île @ Christophe Raynaud De Lage
Une île @ Christophe Raynaud De Lage
Une île @ Christophe Raynaud De Lage
Une île @ Christophe Raynaud De Lage
Une île @ Christophe Raynaud De Lage
Une île @ Christophe Raynaud De Lage
Une île @ Christophe Raynaud De Lage
Une île @ Christophe Raynaud de Lage

Le spectacle

Une île @ Christophe Raynaud de Lage

Le travail de recherche sur le théâtre de masques, commencé en 1992, et qui aboutit aujourd’hui à la création de Une île, est né de la rencontre entre François Cervantes et Didier Mouturat, sculpteur de masques. Pour ce spectacle, une famille de douze masques a été réalisée. Douze essences de l’humanité. Douze portraits écrits, puis sculptés : le Kamikaze, l’Adolescente, la Mère, le Commerçant, la Beauté, le Joueur, le Fou, le Sage, l’Architecte, le Veilleur, le Voleur, le Vieux.

" Le masque donne à l’acteur une responsabilité immense, il le place comme maître de cérémonie du spectacle. En retour, il lui donne une liberté immense, qui touche à la mort et à l’éternité, il lui fait approcher quelque chose de sacré dans l’art. Le masque éclaire le rapport entre l’acteur et le spectateur, entre la fiction et la réalité, entre le théâtre et le monde. "

François Cervantes

Entretien Didier Mouturat

Dans notre « théâtre de masques », les masques sont proches du masque absolu. Du visage de l’acteur, seule la bouche reste visible. Les masques possèdent leur propre regard, c’est essentiel. L’inscription du regard dans le masque c’est à la fois l’âme du masque et celle de l’être humain. C’est absolument majeur et cela a d’ailleurs d’immenses conséquences sur l’acteur, le métier d’acteur, et aussi sur l’écriture de ce théâtre, induite, forcée en quelque sorte par le regard du masque.
Le métier d’acteur de masque est autre que celui de l’acteur, au sens où nous l’entendons habituellement. Pour l’acteur de masque, le masque est un vrai personnage en latence et tout son travail consiste à révéler le masque. A lui donner sa chair, sa vie. A l’incarner pourrait-on dire.

Didier Mouturat

:: :

Didier Mouturat : Je veux d’abord préciser, quand on parle de « théâtre de masques », qu’il ne faut pas confondre « théâtre de masques » et « théâtre masqué », sinon c’est tout de suite l’auberge espagnole…
Le « théâtre de masques » proprement dit, correspond à la tradition du théâtre oriental, comme par exemple le théâtre No au Japon ou le théâtre balinais. C’est un théâtre où le masque n’est pas un costume mais un Accessoire. (Un Accessoire avec un grand A, au sens où il est celui qui permet à l’acteur d’accéder au théâtre). Le masque dicte entièrement sa loi à l’acteur. L’acteur est au service du masque. Plus près de chez nous, avec la tradition de la commedia dell’arte, on se rapproche du « théâtre masqué », au sens où les masques de la commedia dell’arte laissent ouverts les yeux de l’acteur. Pour moi, c’est là que se joue la séparation, la grande différence : dans la question du regard du masque.

Comment naît le personnage dans ce théâtre ?

En tant que sculpteur de masque, j’ai le projet de personnage. Je l’ai en tête, en imagination à partir d’une feuille écrite par François Cervantes. Une feuille par personnage, je pars de là. Je ne taille pas mes masques dans le bois, comme font les orientaux et comme le faisait Cyrille Dives. Je suis là, devant mon morceau de terre et je suis – au sens de suivre, je suis conduit.
Chronologiquement, plusieurs moments sont nécessaires à la fabrication du masque : la sculpture proprement dite puis la fabrication du moule, du contre-moule, le tirage de la sculpture dans un matériau plus léger que le bois, puis la peinture du masque avec une technique proche de la laque et enfin le maquillage du masque.
Quand le masque est terminé, une forme apparaît, et c’est la surprise du personnage !

Sa naissance ?

Oui. Puis il y a comme son baptême ; c’est quand le masque est « découvert » par l’acteur. Quand l’acteur trouve le prolongement corporel du masque : son âge, son histoire, son vécu, dans son corps, son rythme respiratoire, sa gestuelle, son énergie juste et sa plastique. Par exemple comme il peut déplacer le sens des rides du masque dans d’autres parties de son corps, dans ses mouvements… Cela peut prendre des heures, des jours, des mois, mais quand cela a lieu, tout le monde le voit au même moment. Tout à fait au même moment, on voit quelqu’un apparaître, quelqu’un qui se révèle. C’est incroyable. D’un coup on devient tous des témoins objectifs de cette révélation. On peut dire « là c’est juste ! Là c’est vivant ! ». C’est ça, la vraie naissance du personnage : quand le masque prend vie.
Et c’est à partir de là, de cette incorporation du masque par l’acteur, de cette transmutation ou de cette sorte d’incarnation (oh, ces heures magiques d’improvisation !) que naît véritablement le personnage. Et c’est à partir de lui, à nouveau, que s’ouvre le chemin de l’écriture pour ce théâtre.

Pour l’accoucher, en accoucher ?

Plutôt pour répondre à l’injonction donnée par le personnage. De la même façon que l’acteur se met au service du masque pour servir le personnage, l’auteur se met alors au service du personnage pour servir le théâtre. C’est là qu’il se met véritablement à écrire…

Ce n’est donc pas l’auteur le démiurge originaire ? Le démiurge, ce serait l’acteur de masque alors, ou le sculpteur ?

Nous sommes plusieurs ! (rires) Mais une chose est certaine, c’est que ce théâtre possède et transmet un mystère fondamental et que ce mystère est très exigeant !
Pour l’acteur, c’est une voie redoutable. François vous le dirait mieux que moi, mais il y a beaucoup d’acteurs qui sont passés par le masque et qui ne s’en sont pas remis, qui ont soufferts au point de quitter ce métier. Car ce qui est requis de l’acteur de masque, c’est d’effacer tout ce qu’il a de personnel, c’est de s’effacer, de disparaître. La seule chose que le masque lui demande c’est de se débarrasser le plus possible de ce qu’il est subjectivement, de renoncer à soi-même, à sa propre subjectivité. C’est la seule chose, mais elle est énorme, terrible ! Et en ce sens, je crois que Catherine Germain possède complètement cette intuition, cette obédience, pourrait-on dire. Elle est quelqu’un d’immensément rare, c’est plus une chamane qu’une artiste.

De la création de Masques, il y a 15 ans à celle d’Une île aujourd’hui, qu’est-ce qui s’est transformé ? L’écriture, les masques ?

Les masques sont restés les mêmes. Il y en a deux qui ont disparus de la distribution. Pourquoi ? soit parce qu’ils sont trop faibles, soit parce qu’ils n’ont pas été trouvés. J’ai plutôt tendance à opter pour la deuxième formulation : on n’a pas réussi à les rencontrer. Au fil des années, l’écriture de François a beaucoup évolué et merveilleusement. Elle s’est beaucoup épurée, s’est débarrassée des scories d’une littérature trop bavarde et s’est rapprochée de l’essentiel.

Quel est, selon vous, l’essentiel ?

C’est le langage du masque. Le masque possède son propre langage, tout comme chaque individu possède son langage personnel. C’est de cela qu’il faut se rapprocher, et c’est de cela que François n’a cessé de se rapprocher au cours des années, un peu comme un archéologue qui à partir de la découverte d’un masque peut décrypter toute l’histoire d’une vie et l’enchanter toute entière…

Et vous-même qu’est-ce-qui vous enchante ?

Ce qui m’a toujours enchanté dans mon travail de sculpteur de masques, c’est la surprise ! Au début il y a seulement une page d’écriture à côté d’un bloc de terre, et puis, ça devient une forme ; un bout d’œil qui apparaît dans la terre, mes doigts suivent, je me laisse conduire. Et quand la forme a pris entièrement forme, ma surprise, en regardant le masque, en revenant à la page d’écriture de François, c’est de voir qu’il y a correspondance … Et ça c’est le mystère !
Mon grand enchantement, c’est que ce mystère dure et que j’en sois le passeur. Tenir cette place de passeur entre l’enseignement de Cyrile Dives et le théâtre de François Cervantes. J’aime souvent rappeler que Cyrille disait que « nous devons être capables de retrouver la forme d’un nez ou d’une bouche en partant de la forme d’un orteil ». Ce dont est capable le théâtre de L’Entreprise c’est de retrouver l’essence de la forme théâtrale à partir de la forme du masque : en lui donnant vie !
Il n’y a qu’avec François que j’ai rencontré cette même radicalité -que possédait Cyril- sur l’exigence absolue qu’impose le masque à l’acteur, sur le travail et sur le temps de recherche que le masque nécessite pour trouver sa justesse, son exactitude, ce que j’appelle son âme. L’âme du masque qui conduit à l’âme du théâtre, par épuration. C’est un travail immense, c’est un théâtre parfaitement rare.

Distribution

écriture et mise en scène : François Cervantes

avec : Nicole Choukroun, Catherine Germain, Stephan Pastor, Laurent Ziserman

sculpture des masques : Didier Mouturat
musique : Philippe Foch
regards attentifs : Thierry Niang

régie générale et son : Xavier Brousse
création et régie lumière : Nanouk Marty
décor et accessoires : Arnaud Obric
costumes : Catherine Lefebvre, Marie-Cécile Winlig, assistée de Catherine Sardi

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production : L’Entreprise

partenaires de production : Théâtre Massalia, Friche La Belle de Mai - Marseille, Théâtre Paul Eluard, Choisy-le-Roy