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Folk Talk, l’album


Chronologiquement, Folk Talk est la suite de Soleil du soir, le précédent album de Dick Annegarn, qu’il avait enregistré à New York avec le guitariste franco-californien Freddy Koella.

Voyage initiatique. De New York, les pieds sur terre et les mélodies
côtoyant les gratte-ciels, Dick Annegarn s’était ramené un beau souvenir, un vibrant petit bout de mythologie américaine : une guitare Gibson de 1931, le genre d’instrument qu’empoignaient les bluesmen incunables du delta du Mississippi, poursuivis par les chiens de l’enfer.

C’était au printemps 2008. Quelque temps plus tard, le 10 janvier 2009 pour être précis, Barack Obama devenait président des Etats-Unis d’Amérique. Lors de la cérémonie d’investiture à Washington, deux hommes chantaient en l’honneur du nouveau président : Bruce Springsteen et Pete Seeger, qui reprenaient notamment le This Land Is Your Land de Woody Guthrie. Cet instant symbolique et historique, voire révolutionnaire (une chanson gauchiste en l’honneur d’un président noir, mais dans quel monde vivions-nous en janvier 2009 ?), Dick Annegarn l’a pris de plein fouet, en plein cœur.

C’est le point de départ de Folk Talk, un album de reprises de classiques du folk-blues américain. Les chansons d’hier pour le monde d’aujourd’hui, et des rêves à transmettre, des histoires à raconter. Dick Annegarn : Obama a voulu être président d’une
Amérique nouvelle, nivelée, post-raciale. Président du village global, d’une somme d’identités. C’est comme le folk, qui n’a pas d’époque, pas de pays, pas de race. C’est une musique de transmission, on ne connaît plus les auteurs des chansons, le folk demande que chaque interprète apporte sa touche personnelle.

Folk Talk est un projet un peu humaniste, et une vraie histoire d’hommes. Pour enregistrer Folk Talk, Dick Annegarn a pris sa vieille Gibson, et il est parti à Los Angeles chez l’ami Freddy Koella, réalisateur de l’album et musicien sur une paire de chansons.
Complètement à l’ouest, Folk Talk est donc la suite de Soleil du soir. Mais ce n’est pas la nuit. Plutôt un voyage sous la lune ronde, à la rencontre des premières lueurs de la musique, à l’aube du folk. Les quatorze chansons de Folk Talk sont des pépites inoxydables du grand songbook américain, extirpées au limon de la « deep river of songs » dont parlait l’ethnomusicologue Alan Lomax.

Des chansons composées au XIXe siècle, ou avant, ou après, on ne sait plus et ça n’a pas d’importance – la plus
récente, signée Dylan, date de 1962. Fever, Saint James Infirmary, Down In The Valley, The Rising Sun, Black Girl, Georgia, Love Me Tender… Des chansons jadis interprétées par Louis Armstrong, Woody Guthrie, la Carter Family, Leadbelly, Big Bill Broonzy, les Staples Singers, Ray Charles, les Animals, Elvis Presley ou Kurt Cobain

Rien que ça, juste ça : des chansons magiques, universelles, qu’on se passe de génération en génération, plus grandes que ceux qui les chantent.

Vous croyiez les connaître par cœur ? Vous n’en attendiez plus rien ? Vous pensiez que personne ne pouvait chanter Love Me Tender après Elvis Presley ? Ecoutez Folk Talk : dans le grand gosier rocailleux de Dick Annegarn, voix tendre et rude à la fois,
reconnaissable entre un million, ces chansons dépassent leur intimidant statut d’immortelles. Elles reviennent à la pureté de leur origine, à la vie. Elles redeviennent berceuses pour grands enfants cabossés. Dick Annegarn les chante le plus simplement possible, pour un maximum d’effet. Parfois à quasi cappella, avec deux choristes de La Nouvelle-Orléans, un harmonica, un peu de guitare et un gros cœur tout bleu. Dick Annegarn les a prises pour ce qu’elles sont : quelques notes, des histoires et ce merveilleux mystère du folk, vieille magie black & white qui transforme le plomb de l’expérience humaine en transcendance spirituelle, en œuvres d’arts éternelles.

« Do, sol, la mineur : avec ces notes, on peut faire des milliers de combinaisons. Pourquoi ces notes là ? Pourquoi certaines chansons restent ? J’ai beaucoup de respect pour les chansons qui durent, pour la force de ces mélodies. Ces chansons viennent du fin fond de la cave, et elles me transportent à vingt centimètres au-dessus du sol. C’est un bonheur », s’emballe Dick Annegarn.

S’il les chante aussi bien, c’est aussi parce qu’il les connaît intimement. Ces chansons antiques sont un peu ses bébés adoptifs : il les porte en lui depuis toujours, il les connaît depuis l’adolescence, comme des amours de jeunesse dont on chérit le souvenir, sur lesquels on construit une vie, un destin, un chemin. « A 16-17 ans, la blue note m’a explosé la tête. Ces chansons, je les chantais à 16 ans, à 24 ans, à 35 ans. Je les chante dans la salle de bains, en traversant le Maroc ou la Cambodge. Je ne suis pas un bluesman dans le style, mais dans la vie : la terre, les douleurs, les odeurs, l’argent, la santé, l’amour. Mes moments de bonheur sont gagnés, arrachés à la terre. »

Depuis plus de 35 ans, Dick Annegarn tourne autour de la note bleue. De Bruxelles (ma belle) à Lafitte-Toupière (où on peut le croiser au
volant de son tracteur), de Liège (depuis l’automne 2009, il est docteur honoris causa de l’université) à l’Amérique en passant
par le Maroc, Dick Annegarn est un troubadour, authentique ramblin’ man inspiré par la terre, l’humanité et le pouvoir sacré de l’art. En peinture, il y a un bleu Klein. En musique, il y a un bleu Dick, dont les plus profondes nuances éclatent sur Folk Talk.