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FAIRY QUEEN

THEATRE


Une jeune femme... artiste ?... fée ?... écrivain ? est invitée à déjeuner chez Gertrude Stein. La poétesse américaine et grande figure de l’intelligentsia parisienne d’avant-guerre est curieusement ressuscitée pour l’occasion avec sa compagne, secrétaire, cuisinière, Alice Toklas, dans leur célèbre appartement de la rue de Fleurus.

Fairy queen achève de faire exploser le passé dans le présent. Et comporte une invitation à déjeuner chez Gertrude Stein.
Tenue correcte exigée ?

“Déjeuner jeudi - stop - on dansera - stop - Gertrude”

En ce début du 20ème siècle, dans un Paris qui est encore celui du 19ème, parmi les toiles de Picasso, Cézanne, Matisse et Braque, et alors que Gertrude Stein expérimente et invente le répétitif avant tout le monde, notre héroïne va donner une performance devant hôtes à la manière de ces jeunes poètes américains qui faisaient le voyage à Paris pour consulter celle qu’on appellera par la suite la papesse de l’Avant-Garde.

La jeune femme, Fairy queen, s’enfonce dans un délirant monologue intérieur, hommage au langage, fée électrique et portrait fixé d’une femme en mouvement... Cours de cuisine, conseil chaleureux, théorie littéraire, enguelade Royale, surprise-partie, musique indienne, etc... une réception copieuse attend la jeune femme.

Elle traverse à toute vitesse, cette journée où se télescopent les époques et s’invente la modernité en accéléré, comme sur le capot d’une vieille Rolls, “un bouchon de radiateur en plein vent”.

La phrase d’Olivier Cadiot, c’est celle de Marcel Proust qui aurait fusionné avec celle, malade, du Henry James “Des ailes de la colombe” : un désir de totalité et de simultanéité, d’une pluralité de mouvements spatiaux, temporels, de sensations, de réflexion. Elle brasse tout : les images, les sons, les idées, les rêves, le réel. Aussi mutante que le texte lui-même, texte composé de strophes où se cache un poème en anamorphose.

Nelly Kaprièlan