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Archives saison 2013 - 2014

 
 

Extraits du texte  

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« (…) des fois beaucoup de lettres, des fois plus rien, et il y avait une chose étrange qui se passait entre nous, j’avais jamais connu ça avant. C’était même pas de l’amitié, je croyais ça au début, mais non, c’était autre chose

(…) Je le voyais toujours assis à sa table, et que sa table soit sur un balcon d’un hôtel du Caire, dans une chambre d’hôtel à Grenoble, dans un jardin d’une maison du Sénégal, c’était toujours la même table, le même type penché, que je ne connaissais pas.
Je ne comprenais pas pourquoi il restait dans sa chambre à m’écrire, au lieu d’aller boire une bière à une terrasse de café !
Je lui écrivais ça, dans mes lettres, que ça ne voulait rien dire toutes ces pages d’écriture, sans jamais se voir, sans rien, juste s’écrire, des mots et rien que ça. Mais il me répondait, d’une humeur égale, et nos liens se resserraient.
Une lettre commençait à l’endroit où avait fini la précédente, comme ça, tranquillement, comme une rivière qui coule devant une maison. Les phrases se suivaient les unes derrière les autres, j’avais ça devant moi, une feuille blanche avec de petits signes noirs, et pendant que je lisais, je pensais à ça : je me disais que j’avais appris à lire, et à écrire.

Je pense jamais à ça d’habitude, mais là, je sais pas, ce drôle de type me ramenait en arrière… Je sais plus à quel âge tu apprends à lire : 4, 5, 6, 7, par là. Je me retrouvais assis sur le lit de la cellule, et je me sentais comme un enfant qui ouvre les livres et qui commence à déchiffrer les histoires, lentement, je me retrouvais dans ce corps de 6 ans, ça me plaisait pas trop, c’était comme un vertige, je comprenais pas ce qui se passait…
Les mots ils étaient là, devant moi, sur la page, je les lisais et… Je ne
pourrais pas expliquer ça autrement : je me retrouvais plongé dans le
corps de ce type qui était en train de m’écrire… »

François Cervantes

 

 
 
 
 
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