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Extraits du texte

Il n’y a pas de coeur étanche


JULIE
Je me souviens de toi le premier jour. Tu étais en jean, debout contre une rambarde. Un homme nous a demandé son chemin. Nous étions au milieu des pavillons. Il t’a demandé une cigarette. Tu la lui as donnée. Il a souri et il t’a serré la main. A moi, il a dit : « Bonne journée madame ». Je n’ai pas l’habitude qu’on m’appelle madame mais je sais que je dois m’y faire : ce n’est pas donné à tout le monde d’avoir autant de cheveux blancs à trente quatre ans. Ta cigarette finie, nous sommes entrés dans le hall. Quelqu’un nous attendait déjà. Nous avons bu un café et tout a commencé.

ARNAUD
Ça a duré un an comme ça. Les apprivoiser. Nous laisser apprivoiser. Et parler. De tout, de rien, de la vie, de nos vies. Et chercher, tous les deux, ce que nous étions venus chercher...

VIRGILE
Si vous êtes venue à l’hôpital, c’est que vous avez marché sur le fil, vous aussi. Tous ceux qui viennent là ont marché sur le fil.

JULIE
Le fil ?

VIRGILE
Le fil. Vous voyez très bien ce que je veux dire. Personne ne va à la guerre s’il n’a pas une bataille à mener.

JULIE
Vous pensez que j’ai une bataille à mener ?

VIRGILE
Et vous ?

JULIE
Je dirai plutôt un chemin à poursuivre.

VIRGILE
C’est mieux les chemins. Ça suppose que la guerre est finie. Elle est finie ?