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Archives saison 2013 - 2014

 
 

Extraits du texte  

Italie – Brésil 3 à 2 Ressources documentaires

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"Il y avait un climat de tension dans toute l’Italie... Imaginez un peu qu’à Palerme il faisait 45 degrés... qu’on ne comprenait plus rien...
Ensuite... à l’occasion du mondial de football justement, en économisant les billets de mille lires l’un après l’autre, ma mère réussit à acheter un nouveau téléviseur : un Sony Black Trinitron... un beau téléviseur... gros... mais surtout : en couleurs !
C’est qu’un téléviseur couleurs au début des années quatre-vingts à Palerme, c’était une nouveauté absolue... si bien que tout le monde venaient à la maison pour regarder le match : les amis, la famille... Et en effet quand les joueurs entraient sur le terrain et se mettaient en place : chez moi on adoptait aussitôt une autre formation, parallèle à celle des joueurs mais tout aussi importante : celle de nous autres les supporters !
Au milieu du terrain de la pièce, dans son fauteuil : mon père, la jambe gauche croisée sur la droite. Les doigts qui tambourinent sur les bras du fauteuil. Mon père doit dire : « oh con ! » selon un rythme totalement aléatoire. Assis à côté de mon père il y a mon oncle Peppe, son frère. Maillot blanc. Pantalons de couleur claire. Chaussettes vertes. Les mêmes vêtements pour tous les matchs où joue l’Italie. Toujours les mêmes. Mais seulement pour les matchs où joue l’Italie. Et surtout, jamais lavés : « Parce que sinon, la chance, elle reste dans la machine."

"...
Quand soudain, du néant, apparaît dans le Sony Black Trinitron : un joueur maigre maigre maigre maigre numéro 20 sur le dos il s’appelle Paolorossi né à Prato dès qu’il apparaît nous nous demandons tous à la maison :
« Mais qui c’est celui-là ? mais d’où qu’il sort putain ? »
Mais ce qui est le plus important c’est que ce joueur Paolorossi, il n’a rien à faire parce que : la balle tirée par Marco Tardelli va se jeter sur lui et partira mathématiquement vers les cages du gardien du Brésil pour marquer immanquablement un but comme un éclat violent et meurtrier.
« Paolo attention : ne bouge pas... là, immobile. Et en fait : qu’est-ce qu’il fait ?... Il se déplace ! Il se déplace !... Il met le pied gauche en arrière pour tirer tandis que le pied droit reste là où il était avant : là, bien planté sur le sol, à servir de pivot à tout son corps ; son maigre corps de footballeur qui se penche vers l’arrière, la balle qui arrive à toute vitesse, il se prépare à tirer, la balle devant lui : Paolorrossi né à Prato prêt à envoyer un coup de tireur d’élite.
Et il a tiré Palorrossi né à Prato, il a tiré. Avec le pied gauche. Le gauche. Il a tiré Paolorrossi, il a tiré. Pour tirer, putain, il a tiré. Mais la balle : il ne l’a pas attrapée
il a raté le ballon il ne l’a même pas effleuré. Loupé de Paolorrossi. Un loupé : total, absolu, immense. L’idée platonicienne du loupé."

Davide Enia

 

 
 
 
 
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