Emma, artiste compagnonne confi.née

 

par Emma

jeudi 9 avril 2020

Par où commencer ?
Je commence par notre voyage à Mayotte avec Corentin (Diana).
Nous y voilà depuis le 9 mars, on entend parler du virus qui avance. Autour de discussions avec des artistes présents à Mayotte pour travailler tout comme nous, on rigole, on ne se rend pas trop compte. Bref, on travaille la bas, on donne des cours aux jeunes danseurs d’Hip-Hop Evolution, on travaille avec le mât chinois, la jonglerie, l’acrobatie. On échange avec eux sur leurs danses, leurs façons de voir leur monde, leur île.

Le 16 mars, le confinement tant attendu tombe. Nous voilà à Mayotte en confinement, les gens ici ne saisissent pas vraiment ce qui se passe, nous non plus d’ailleurs. Les vendeurs de fruits et légumes en bord de route continuent leur job, quoique la police commence à être partout. Nos sujets de discussions ne tournent qu’autour de ce virus. Bla bla bla
On prospecte, sur comment, avec qui, dans quelles mesures ? On en sait rien !
Un peu comme un début de spectacle, un début de création, on ne sait rien. On ne vous le cache pas, notre confinement débute à Iloni, avec la piscine, confinés dans le plus beau cadre du monde. Quel paradoxe, face au bazar qui se joue !
Évidemment, tous les cours que l’on devait donner dans les collèges sont annulés, sans surprise. Nos discussions tournent maintenant autour de l’être humain, une fois tout ça passé, est-ce que nous allons reprendre notre vie comme si de rien n’était ?
On la joue pronostics, statistiques, et pourcentages.... Questions bien vastes nous direz-vous.

On avance, le temps passe, les jours passent, un départ le 19 nous attend pour la métropole... Le Covid est arrivé à Mayotte, et voici une semaine que tout le monde tombe malade ici, la dengue, les rhumes, la tourista (pas besoin de détails...). On quitte Mayotte non sans un soulagement, et notre arrivée en métropole nous confronte à un stress plutôt grandissant. Loin de là, nous étions sous les cocotiers et à la plage. Nous sommes le 20 mars et on doit attaquer une résidence avec Corentin le 23... Que faire... ? La décision tombe, on ne pourra la faire.
Retour chacun de notre côté, le cœur serré de ne pas savoir quand on va se revoir...

Après tout ce temps passé ensemble, avec tous ces gens, et l’impression de vivre un truc surréaliste, nous voilà dans les RER, pour un retour dans nos familles. Je rentre au Mans, Corentin à Auch. Depuis j’escalade les émotions. Retour chez mes parents, à la campagne. Le changement est rude mais je me rends compte de la chance que j’ai.

Depuis j’enchaîne les entraînements, je profite de ce temps pour prendre le temps. On avait beaucoup parlé de ça avec l’équipe de la Garance. Je m’y colle, pour chercher dans mon mouvement. Je me retrouve aussi à faire du Yoga par vidéo avec des copines, j’avais jamais fait ça de ma vie. Ben d’un coup je trouve que Messenger à une vrai utilité.
C’est marrant je vois mes parents qui travaillent depuis 30 ans complètement perdus, de ne plus savoir quoi faire, ne plus savoir comment s’occuper d’eux-mêmes.
Une étrange sensation de ne plus avoir de but. C’est aussi ce que je ressens, d’être impuissante, bien sûr je pourrais écrire à tout va, mais le corps ! On a besoin d’écrire avec le corps, de créer avec lui . Alors je m’invente à danser dans mon salon, faire des petits films dans les champs environnants. Et avant tout je crois que c’est le bon moment pour me retrouver et faire une mise au point (comme Jackie Quartz le dit).

Et j’apprends a faire du mât chinois !

Emma Verbeke et Corentin Diana sont artistes compagnons de la Garance. Circassiens, ils devaient être en résidence ici durant les deux semaines des vacances de Pâques, avec une restitution publique de leur future création, A nos vertiges. Cette dernière sera présentée en janvier 2021 à Cavaillon.