ET DEMAIN LE CIEL, une création partagée...
interview de Marie Levavasseur et Gaëlle Moquay

 

vendredi 17 décembre 2021

Bonjour Gaëlle, Bonjour Marie,
Durant la saison 20-21, vous avez proposé à La Garance le projet un peu fou de co-construire un spectacle autour des croyances et des utopies avec un groupe de jeunes entre 13 et 21 ans de Cavaillon et des alentours. La première étape était d’inviter ces jeunes à La Garance pour participer à une ou plusieurs rencontres avec différents interlocuteurs et/ou des ateliers. En septembre 2021, l’enjeu était de constitué un groupe fixe prêt à s’engager et à participer à la création artistique du spectacle Et demain le ciel sur ces thèmes.

Pourquoi aborder le thème des croyances et utopies ?
Pourquoi avec des jeunes ?

Nous partons du principe que nous avons besoin de croire pour vivre, d’être « relié.e.s ». La période particulièrement sensible que nous traversons depuis bientôt 2 ans nous met toutes et tous à l’épreuve. Les enjeux à la fois sociétaux et politiques à venir nous plonge également dans un climat particulièrement anxiogène. Il nous paraissait donc évident de nous interroger et de chercher comment réussir à « faire société » en donnant la parole à la jeunesse. Nous sommes convaincues de leur capacité à proposer, inventer, résister et de la nécessité de (re)nouer le dialogue, de réunir les générations.
Notre désir était donc de réussir à comprendre comment les adolescent.e.s trouvent leur place dans ce monde, comment ils.elles réussissent à s’engager, espérer, croire, se projeter, rêver ? Comment pensent-ils.elles collectivement ? Quelles sont les croyances auxquelles ils.elles se rattachent (ou non) ? Les valeurs qui les inspirent ? De quelle société rêvent-t-ils.elles ? Il s’agit ici pour nous de prendre le temps de réfléchir ensemble aux directions nouvelles que nous voulons insuffler, de renoncer à la fatalité d’un modèle que l’on nous impose comme unique et impossible à faire évoluer, de faire confiance à notre intuition et à notre créativité pour « vibrer » et « résonner » ensemble autrement. Dès les premiers échanges avec les jeunes, nous avons ressenti une urgence extrême à dire et à être. Un désir brûlant de faire entendre leurs voix et de s’emparer de cette invitation à prendre la parole sur un plateau de théâtre. Notre rôle est de les accompagner artistiquement, au plus proche de leur vérité.

Vous parlez de création participative.
Qu’est ce que ça implique pour vous (processus d’écriture à la représentation) ?

Nous préférons parler de création partagée car les jeunes font bien plus que « participer » au projet. Il s’agit en effet d’un processus de recherche très impliquant et qui prend différentes formes. Il y a d’un côté bien sûr le volet spectacle, qui sera l’aboutissement du parcours que nous aurons vécu ensemble, mais il y a également tous les échanges, débats, rencontres, que nous avons avec eux.elles. Les jeunes sont donc co-créateurs.trices du spectacle, les multiples échanges avec eux.elles, les improvisations ont nourri de façon profonde l’écriture du spectacle. De leur côté, ils.elles ont de plus en plus pris leur place au plateau et dans le théâtre. Il s’agit autant de leur spectacle que du nôtre.

Comment avez-vous constitué le groupe ? Et comment avez-vous choisi la place attribuée à chacun ?
Le groupe au départ a été constitué par Nicolas et Ophélie, médiateur.trice.s à La Garance. Ils se sont appuyé.e.s sur le Groupe jeunes déjà existant au sein du théâtre, mais principalement sur les structures relais (centres sociaux, établissements scolaires…). Notre souhait était de constituer un groupe hétéroclite en âges (jeunes et grands ados) et en parcours de vie. Finalement, la composition du groupe s’est faite un peu d’elle-même, au fur et à mesure. Certain.e.s n’ont pas pu ou pas souhaité continuer le projet (c’est un engagement important), d’autres sont arrivé.e.s en cours de route. Suite au stage de juillet 2021, nous avons constitué le groupe d’interprètes principalement en fonction du besoin très fort que nous sentions chez eux.elles d’être sur scène et de prendre la parole. En parallèle, nous avons proposé à ceux.celles qui ne seraient pas au plateau, d’occuper une autre place dans le projet en fonction de leur profil et de leurs envies (assistanat à la mise en scène, renfort régie plateau, création de capsules vidéo…).

Comment avez-vous commencé à récolter la matière avec les jeunes pour créer le spectacle ?
Le collectage a pris différentes formes. Il y a eu des temps plus classiques comme des moments d’interviews individuelles ou en groupe, des improvisations, des temps avec des échanges à distance, notamment via un groupe Instagram, avec des commandes d’écriture ou de photos que nous leur demandions, mais aussi de façon plus indirecte par des débats et des rencontres avec des intervenants extérieurs, et notamment une philosophe (Alicia Gauduel)… Tous ces temps d’échanges, plus ou moins formels, ont nourri de façon directe l’écriture de la pièce ainsi que notre chemin de réflexion.

Durant un week-end d’octobre, la chorégraphe Bérénice Legrand et le musicien Benjamin Collier sont venus rencontrer les jeunes. Pouvez-vous nous parler de cette rencontre ?
C’était une première rencontre particulièrement stimulante pour le groupe ! L’énergie qu’apporte un musicien en live dans le travail de mouvement ou de prise de parole est très puissante. Le spectacle est pensé comme une fresque, avec une articulation de différents tableaux. Certains axes dramaturgiques se raconteront en mouvements pour apporter plus de force évocatrice, une plus grande dimension sensible. Sur ce week-end, les jeunes ont donc pu appréhender cette autre forme de langage qu’est la danse et nous avons pu expérimenter avec la chorégraphe la matière possible pour certains tableaux. Nous avons été surpris.e.s par la capacité de certains d’entre eux.elles à s’exprimer à la fois de façon très libre et très maîtrisée physiquement. L’énergie de leurs corps en mouvement raconte vraiment cette énergie de la jeunesse.

Des premiers extraits de texte écrits par Marie Levavasseur et Mariette Navarro ont été partagé avec les jeunes. Comment les ont-ils accueillis ?
Pour le moment, les jeunes ont découvert seulement quelques extraits et les ont très bien accueillis. Le texte sera finalisé d’ici début janvier, ils.elles le découvriront vraiment lors de la prochaine résidence des 8 et 9 janvier ! Ils.elles ont hâte !