Communiqué de l'équipe de la Scène nationale

 

mardi 24 juin 2014, par Nicolas

Cavaillon, le 18 juin 2014

Nous, salariés de la Scène nationale de Cavaillon, acteurs du secteur public des arts et de la culture, attachés à la politique culturelle française, nous déclarons solidaires et apportons notre soutien à l’ensemble des équipes artistiques, artistes et techniciens, et autres travailleurs précaires, qui dénoncent le dernier protocole d’accord sur l’assurance chômage en date du 22 mars dernier, et demandent au gouvernement de Manuel Valls de ne pas agréer cet accord afin d’obliger les partenaires sociaux à revenir autour de la table de négociation.

Héritiers de plusieurs décennies de politique culturelle qui contribuent à la réputation de la France à travers le monde, nous ne pouvons accepter que la culture soit stigmatisée comme un secteur économique déficitaire, évaluée sur un seul critère de rentabilité économique, quand bien même ce critère ne nous est pas toujours défavorable : ainsi, la culture contribue sept fois plus que l’industrie automobile au Produit Intérieur Brut de la France, et représentait 3,2% du PIB en 2011, avec 670 000 personnes employées (donnée étude conjointe récente des ministères de la culture et de l’économie).

Tous les acteurs culturels sont conscients de la nécessité de faire évoluer les règles régissant notre secteur d’activité. Nous ne sommes pas hostiles au changement, mais dans la concertation. Des propositions constructives de réforme des annexes 8 et 10 ont été élaborées au cours de ces dix dernières années par un Comité de suivi réunissant les organisations représentatives du secteur culturel (syndicats d’employeurs et de salariés, coordinations, fédérations), des chercheurs, des économistes, des parlementaires (476 députés et sénateurs ont validé ces propositions). Celles-ci n’ont même pas été considérées, alors qu’elles proposaient des pistes d’économies supérieures au protocole contesté, tout en protégeant les salariés les plus précaires. Agréer le protocole d’accord de réforme de l’assurance chômage en l’état représenterait pour l’ensemble des acteurs culturels un déni de démocratie, qui entérinerait le principe qu’il serait possible de décider d’une réforme des accords appliqués aux intermittents avec quelques interlocuteurs non représentatifs de la profession (MEDEF, FO et CFDT), au mépris des institutions représentatives du secteur ayant conduit un véritable travail de concertation et de délibération démocratique, apportant de plus des solutions pérennes et acceptables.

Aujourd’hui, dans un monde ou l’emploi précaire dans une flexibilité toujours plus grande devient la règle, ou le CDD supplante le CDI, il s’agit de travailler à construire un système qui permette d’assurer « une continuité des revenus dans une discontinuité de l’emploi », pour les salariés, du secteur culturel et des autres secteurs de l’économie. Le régime de l’intermittence a permis au secteur culturel de se développer en prenant en compte les spécificités de notre activité. Le projet actuel va accroitre encore plus la précarité de bon nombre d’artistes et de techniciens, en particulier par l’allongement du délai de carence. C’est pourquoi, nous demandons qu’un moratoire soit appliqué pour les annexes 8 et 10 et qu’une renégociation soit immédiatement engagée.

Aujourd’hui plus que jamais, dans une situation de crise, de perte de valeurs, c’est de culture dont la société a besoin. Pour retrouver l’envie et les conditions du « vivre ensemble », rêver et inventer un avenir commun.

Nous appelons le public fidèle de la Scène nationale, acteurs de la vie culturelle au même titre que les professionnels, à se joindre à la lutte engagée par les intermittents pour l’avenir de la culture.