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CCE Note d’intention


" Enfant, je passais mes vacances d’été dans
les colonies de vacances de la Commission
Centrale de l’Enfance (CCE), cette association
créée par les Juifs Communistes français
après la Seconde Guerre mondiale, à l’origine
pour les enfants des disparus. Elles
existèrent jusqu’à la fin des années 80. Mon
père y était allé aussi.

J’ai voulu m’en souvenir, sans nostalgie, et
raconter par bribes cette histoire, qui me
revient par flashes de souvenirs inconscients,
parfois confus, parfois étonnamment
distincts : il y est question de conscience
politique, de l’usure d’un espoir, de règles
strictes, d’idéologie tenace, de transgressions
en tous genres, d’éveil des sens.

J’en ai fait une sorte de petit poème épique,
scandé, chanté, qui fait le va-et-vient entre
les temps de l’origine et ceux de l’extinction,
entre la petite et la grande histoire.

Lorsque la SACD et France Culture m’ont
commandé un texte en 2005 pour le Festival
Nîmes Culture, et qu’ils m’ont averti que l’auteur
le lirait lui-même, en public, j’ai pensé
que le moment était venu d’écrire à la première
personne, à tous les sens du terme, ce
que je n’avais jamais fait auparavant. J’ai vite
ressenti le regard des anciens par-dessus
mon épaule, une sorte de responsabilité intimidante.
Puis des voix se sont mêlées à la
mienne, le texte se faisait tantôt subjectif, tantôt
choral, tantôt dialogique. La vérité des
sensations et des souvenirs ne devait rien
céder à la justesse historique. Et je n’avais
qu’une heure. Il m’a semblé que seule la
musique pourrait donner à ce texte son unité,
et comme j’étais seul, j’ai décidé de m’accompagner.
Je suis tombé sur une magnifique
guitare électrique tchécoslovaque
rouge des années 60 (autant dire rare), et je
me suis dit qu’elle ferait l’affaire.
Un projecteur ou deux, dans les teintes
chaudes du music-hall, une bascule pour
passer à la nuit (on verra que les nuits étaient
très animées à la CCE).

Ce sera donc un cabaret minimaliste. Pour
une voix, porteuse d’autres voix. Une sorte
de ballade, ou de rhapsodie, de revue parlée-
chantée. Parce qu’on chantait beaucoup
à la Commission centrale de l’Enfance. Des
choses comme « nous bâtirons des lendemains
qui chantent », ou « nous voulons
chasser la guerre pour toujours », ou encore
« nous marchons dans la nuit profonde… ». "

David Lescot